Pont-de-Vesle, 1729.
Nous voilà enfin arrivés à Pont-de-Vesle. Jugez, Madame, de ma joie.
J'aurai donc le plaisir de vous voir et de vous embrasser bientôt:
j'ignore encore le moment où je jouirai de ce bonheur. J'attends que M.
_de Pont-de-Vesle_ soit ici, et les lettres de l'archevêque, pour
m'arranger. D'ailleurs madame votre fille est actuellement avec vous:
cela vous partageroit trop; je veux la laisser établir. Nous avons tous
eu bien du regret de ne l'avoir pas eue ici quelques jours. Monsieur son
mari me vint voir le lendemain de son départ. Il m'attendrit beaucoup;
je le trouvai si touché, et en même temps si raisonnable, si rempli de
considération et d'estime pour madame votre fille, que me connoissant,
vous devez juger si je fondis en larmes. Il faut dédommager cette
aimable femme de tous ses malheurs. Elle trouvera des parens, des amies
qui l'aiment bien tendrement. Mais, hélas! il en feroit plus de cas, si
elle revenoit avec une fortune brillante. On pense de cette façon à
Paris; et je crois que les hommes sont partout les mêmes. Pour vous,
Madame, votre tendresse et votre bonté vous la feront recevoir avec bien
de la joie. C'est une grande douceur pour une mère de vivre avec une
fille telle que la vôtre. Je vous la recommande comme ma soeur bien
aimée. Plaisante recommandation, penserez-vous! en a-t-elle besoin?
n'est-elle pas ma fille, et une fille que j'aime tendrement?
J'avois laissé ma lettre pour recevoir M. _de Pont-de-Vesle_ qui vient
d'arriver dans ce moment; il vous assure de ses respects. Je suis libre,
et je serai bientôt auprès de vous. Préparez-vous à me trouver changée;
je ne m'en soucie que pour vous que j'aime, et respecte de tout mon
coeur.