_M._ DE SAINT-EVREMONT _à mademoiselle_ DE L'ENCLOS.
Le premier janvier 1701.
On m'a rendu dans le mois de décembre la lettre que vous m'avez écrite
le 14 octobre 1700. Elle est un peu vieille; mais les bonnes choses sont
agréablement reçues, quelque tard qu'elles arrivent. Vous êtes sérieuse,
et vous plaisez. Vous donnez de l'agrément à _Sénèque_, qui n'est pas
accoutumé d'en avoir. Vous vous dites vieille avec toutes les grâces de
l'humeur et de l'esprit des jeunes gens. J'ai une curiosité que vous
pouvez satisfaire: quand il vous souvient de votre jeunesse, le souvenir
du passé ne vous donne-t-il point de certaines idées aussi éloignées de
la langueur de l'indolence que du trouble de la passion? Ne sentez-vous
point dans votre coeur une opposition secrète à la tranquillité que vous
pensez avoir donnée à votre esprit?
Mais aimer et vous voir aimée,
Est une douce illusion,
Qui dans votre coeur s'est formée
De concert avec la raison.
D'une amoureuse sympathie
Il faut pour arrêter le cours,
Arrêter celui de nos jours;
Sa fin est celle de la vie.
Puissent les destins complaisans
Vous donner encore trente ans
D'amour et de philosophie!
C'est ce que je vous souhaite le premier jour de l'année 1701, jour où
ceux qui n'ont rien à donner, donnent pour étrennes des souhaits.
_Fin des lettres de mademoiselle de l'Enclos et de M. de
Saint-Evremont._