14 octobre, 1700.

Le bel esprit est bien dangereux dans l'amitié! Votre lettre en auroit

gâté une autre que moi. Je connois votre imagination vive et étonnante,

et j'ai même eu besoin de me souvenir que _Lucien_ a écrit à la louange

de la Mouche, pour m'accoutumer à votre style. Plût à Dieu que vous

pussiez penser de moi ce que vous en dites! je me passerois de toutes

les nations. Aussi est-ce à vous que la gloire en demeure. C'est un

chef-d'oeuvre que votre dernière lettre. Elle a fait le sujet de toutes

les conversations que l'on a eues dans ma chambre depuis un mois. Vous

retournez à la jeunesse: vous faites bien de l'aimer. La philosophie

sied bien avec les agrémens de l'esprit. Ce n'est pas assez d'être

sage, il faut plaire; et je vois bien que vous plairez toujours tant que

vous penserez comme vous pensez. Peu de gens résistent aux années. Je

crois ne m'en être pas encore laissé accabler. Je souhaiterois, comme

vous, que madame _Mazarin_ eût regardé la vie en elle-même sans songer à

son visage, qui eût toujours été aimable, quand le bon sens auroit tenu

la place de quelque éclat de moins. Madame _Sandwich_ conservera la

force de l'esprit en perdant la jeunesse, au moins le pense-je ainsi.

Adieu, Monsieur, quand vous verrez madame la comtesse de _Sandwich_,

faites-la souvenir de moi; je serois très-fâchée d'en être oubliée.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 212 / 267 题