Le bel esprit est bien dangereux dans l'amitié! Votre lettre en auroit
gâté une autre que moi. Je connois votre imagination vive et étonnante,
et j'ai même eu besoin de me souvenir que _Lucien_ a écrit à la louange
de la Mouche, pour m'accoutumer à votre style. Plût à Dieu que vous
pussiez penser de moi ce que vous en dites! je me passerois de toutes
les nations. Aussi est-ce à vous que la gloire en demeure. C'est un
chef-d'oeuvre que votre dernière lettre. Elle a fait le sujet de toutes
les conversations que l'on a eues dans ma chambre depuis un mois. Vous
retournez à la jeunesse: vous faites bien de l'aimer. La philosophie
sied bien avec les agrémens de l'esprit. Ce n'est pas assez d'être
sage, il faut plaire; et je vois bien que vous plairez toujours tant que
vous penserez comme vous pensez. Peu de gens résistent aux années. Je
crois ne m'en être pas encore laissé accabler. Je souhaiterois, comme
vous, que madame _Mazarin_ eût regardé la vie en elle-même sans songer à
son visage, qui eût toujours été aimable, quand le bon sens auroit tenu
la place de quelque éclat de moins. Madame _Sandwich_ conservera la
force de l'esprit en perdant la jeunesse, au moins le pense-je ainsi.
Adieu, Monsieur, quand vous verrez madame la comtesse de _Sandwich_,
faites-la souvenir de moi; je serois très-fâchée d'en être oubliée.