LETTRE IV.

Paris, 19 mai 1673.

Je vais demain à Chantilli: c'est ce même voyage que j'avois commencé

l'année passée jusque sur le Pont-neuf, où la fièvre me prit; je ne sais

pas s'il arrivera quelque chose d'aussi bizarre, qui m'empêche encore de

l'exécuter: nous y allons, la même compagnie, et rien de plus.

Madame _du Plessis_ étoit si charmée de votre lettre, qu'elle me l'a

envoyée; elle est enfin partie pour sa Bretagne. J'ai donné vos lettres

à _Langlade_, qui m'en a paru très-content; il honore toujours beaucoup

madame _de Grignan_. _Montaigu_ s'en va: on dit que ses espérances sont

renversées; je crois qu'il y a quelque chose de travers dans l'esprit de

la nymphe[145]. Votre fils est amoureux, comme un perdu, de

mademoiselle _de Poussai_; il n'aspire qu'à être aussi transi que _la

Fare_. M. _de la Rochefoucauld_ dit que l'ambition de _Sévigné_ est de

mourir d'un amour qu'il n'a pas; car nous ne le tenons pas du bois dont

on fait les fortes passions. Je suis dégoûtée de celle de _la Fare_:

elle est trop grande et trop esclave; sa maîtresse ne répond pas au plus

petit de ses sentimens: elle soupa chez _Longueil_ et assista à une

musique le soir même qu'il partit. Souper en compagnie quand son amant

part, et qu'il part pour l'armée, me paroît un crime capital; je ne sais

pas si je m'y connois. Adieu, ma belle.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 161 / 267 题