LETTRE III.

Paris, 15 avril, 1673.

Madame _de Northumberland_ me vint voir hier; j'avois été la chercher

avec madame _de Coulanges_: elle me parut une femme qui a été fort

belle, mais qui n'a plus un seul trait de visage qui se soutienne, ni où

il soit resté le moindre air de jeunesse; j'en fus surprise: elle est,

avec cela, mal habillée; point de grâce; enfin, je n'en fus point du

tout éblouie; elle me parut entendre fort bien tout ce qu'on dit, ou,

pour mieux dire, ce que je dis; car j'étois seule. M. _de la

Rochefoucauld_ et madame _de Thianges_, qui avoient envie de la voir, ne

vinrent que comme elle sortoit. _Montaigu_ m'avoit mandé qu'elle

viendroit me voir; je lui ai fort parlé d'elle; il ne fait aucune façon

d'être embarqué à son service, et paroît très-rempli d'espérance. M.

_de Chaulnes_ partit hier, et le comte _Tot_ aussi; ce dernier est

très-affligé de quitter la France: je l'ai vu quasi tous les jours,

pendant qu'il a été ici; nous avons traité votre chapitre plusieurs

fois. La maréchale _de Grammont_ s'est trouvée mal; _d'Hacqueville_ y a

été, toujours courant, lui mener un médecin: il est, en vérité, un peu

étendu dans ses soins. Adieu, mon amie: j'ai le sang si échauffé, et

j'ai tant eu de tracas ces jours passés, que je n'en puis plus; je

voudrois bien vous voir pour me rafraîchir le sang.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 160 / 267 题