_Madrid, 15 mai 1681._
Je ne suis point encore partie; les pluies ont été si excessives et si
continuelles ici, que les carrosses ni les litières ne peuvent se mettre
en chemin. Présentement que le temps se met au beau, et qu'on nous fait
espérer que nous apprendrons par le premier courrier, que le roi a nommé
le successeur de M. _de Villars_, je partirai plus volontiers avec la
certitude qu'il ne demeurera pas long-temps ici après moi. Leurs
majestés Catholiques revinrent samedi d'Aranjuez. La reine a eu la bonté
de me dire qu'elle eût été au désespoir d'en revenir sitôt, sans la joie
qu'elle avoit de me revoir. Elle n'a pas pourtant engraissé dans ce
charmant séjour. Je l'ai trouvée changée. J'ai vu la reine mère ces
jours passés, dont j'ai tous les sujets du monde de me louer, par toutes
les choses obligeantes qu'elle dit de la conduite de M. _de Villars_ et
de la mienne, quant à l'union de sa belle-fille avec elle; et je suis
bien persuadée qu'elle en écrit conformément à la reine en France. Je
suis à vous, ma chère madame, plus que je ne puis vous le dire.
_Fin des Lettres de Madame de Villars._