_Madrid, 26 mai 1680._
Vous dites, madame, que j'attire des louanges à la reine par le goût
qu'elle paroît avoir pour moi, et le désir qu'elle fait voir que je sois
presque toujours auprès d'elle. Elle en mérite, en vérité, d'autres, par
la manière dont elle supporte cette vie affreuse du palais. Elle joue
trois ou quatre heures par jour aux jonchets, qui est le jeu favori du
roi, sans lui marquer de chagrin. Il lui fait souvent des présens
qu'elle aime fort, et voilà par où il la console.
Le marquis _de Grana_ et sa femme sont arrivés. On dit que cette femme
parle cinq ou six sortes de langues; je serai bien simple auprès d'elle.
Je ne sais si elle verra souvent la jeune reine. Si cela est, nous
serons souvent ensemble; car il n'y a que les ambassadrices de France et
d'Allemagne, qui entrent dans la chambre des reines. Toutes les autres
femmes de ministres étrangers ne les voient que dans un lieu destiné
pour les cérémonies. Avec cette prérogative, peut-on ne se pas trouver
heureuse à Madrid?
M. _de Villars_ vous assure de mille très-humbles respects, et ma fille
aussi. Elle aime un peu mieux M. _de Coulanges_ que vous. Elle porta
hier à la reine la lettre et les chansons de M. _de Coulanges_. Elles
les chantèrent long-temps. N'avez-vous pas reçu une petite boîte par des
religieux?