LETTRE XIV.

_Madrid, 26 mai 1680._

Vous dites, madame, que j'attire des louanges à la reine par le goût

qu'elle paroît avoir pour moi, et le désir qu'elle fait voir que je sois

presque toujours auprès d'elle. Elle en mérite, en vérité, d'autres, par

la manière dont elle supporte cette vie affreuse du palais. Elle joue

trois ou quatre heures par jour aux jonchets, qui est le jeu favori du

roi, sans lui marquer de chagrin. Il lui fait souvent des présens

qu'elle aime fort, et voilà par où il la console.

Le marquis _de Grana_ et sa femme sont arrivés. On dit que cette femme

parle cinq ou six sortes de langues; je serai bien simple auprès d'elle.

Je ne sais si elle verra souvent la jeune reine. Si cela est, nous

serons souvent ensemble; car il n'y a que les ambassadrices de France et

d'Allemagne, qui entrent dans la chambre des reines. Toutes les autres

femmes de ministres étrangers ne les voient que dans un lieu destiné

pour les cérémonies. Avec cette prérogative, peut-on ne se pas trouver

heureuse à Madrid?

M. _de Villars_ vous assure de mille très-humbles respects, et ma fille

aussi. Elle aime un peu mieux M. _de Coulanges_ que vous. Elle porta

hier à la reine la lettre et les chansons de M. _de Coulanges_. Elles

les chantèrent long-temps. N'avez-vous pas reçu une petite boîte par des

religieux?

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 34 / 267 题