LETTRE XIII.

_Madrid, premier mai 1680._

Tout ce que je puis vous dire de la reine, c'est qu'elle continue à bien

faire. Le roi fut mercredi à l'Escurial, et en revint vendredi. Il faut

des airs ici: la reine eut tous ceux qui étoient nécessaires pour

marquer une grande mélancolie de cette absence. Je ne serois pas bonne

comédienne; mais je sais bien comme il faut louer, et donner des avis à

propos, quand je me trouve dans l'occasion de le faire. Ils se sont

envoyé, pendant cette courte absence, des présens riches et galans.

Je reviens du palais. C'est aujourd'hui la fête de _Monsieur_. La reine

étoit belle comme le jour. Je ne sais pas comment elle peut être si

belle à Madrid. Elle étoit extraordinairement parée de très-grosses

perles, et de beaucoup de diamans. J'ai été quelque temps seule avec

elle. Nous avons chanté quelques airs d'opéra: car il n'est pas

question, dans nos conversations, de la gravité que comporteroit mon

âge. En vérité, si je dressois bien mon intention, je ne crois pas que

ce fût une oeuvre très-bonne que de la divertir. La vie du palais de

Madrid ne se peut guère comprendre. Le roi se trouva un peu mal hier: il

se porte bien aujourd'hui. J'ai laissé toute la maison royale aller à la

comédie; j'ai senti un grand plaisir de n'y point aller, et de revenir

chez moi. Je ne vous dis point tout ce que M. _de Villars_ voudroit que

je vous fisse entendre de sa part. On ne peut vous honorer ni vous

respecter plus qu'il fait, et ma fille aussi, qui aime M. _de

Coulanges_ de tout son coeur. Adieu, madame.

Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger · 第 33 / 267 题