_Madrid, premier mai 1680._
Tout ce que je puis vous dire de la reine, c'est qu'elle continue à bien
faire. Le roi fut mercredi à l'Escurial, et en revint vendredi. Il faut
des airs ici: la reine eut tous ceux qui étoient nécessaires pour
marquer une grande mélancolie de cette absence. Je ne serois pas bonne
comédienne; mais je sais bien comme il faut louer, et donner des avis à
propos, quand je me trouve dans l'occasion de le faire. Ils se sont
envoyé, pendant cette courte absence, des présens riches et galans.
Je reviens du palais. C'est aujourd'hui la fête de _Monsieur_. La reine
étoit belle comme le jour. Je ne sais pas comment elle peut être si
belle à Madrid. Elle étoit extraordinairement parée de très-grosses
perles, et de beaucoup de diamans. J'ai été quelque temps seule avec
elle. Nous avons chanté quelques airs d'opéra: car il n'est pas
question, dans nos conversations, de la gravité que comporteroit mon
âge. En vérité, si je dressois bien mon intention, je ne crois pas que
ce fût une oeuvre très-bonne que de la divertir. La vie du palais de
Madrid ne se peut guère comprendre. Le roi se trouva un peu mal hier: il
se porte bien aujourd'hui. J'ai laissé toute la maison royale aller à la
comédie; j'ai senti un grand plaisir de n'y point aller, et de revenir
chez moi. Je ne vous dis point tout ce que M. _de Villars_ voudroit que
je vous fisse entendre de sa part. On ne peut vous honorer ni vous
respecter plus qu'il fait, et ma fille aussi, qui aime M. _de
Coulanges_ de tout son coeur. Adieu, madame.