Je pense que ce fut alors ma plus grosse terreur: jusque-là, je n'avais
craint que de mourir, mais devant ce gouffre céleste qui s'ouvrait sur
ma tête et qui nous aspirait, je crus, oui, tout d'un coup je crus que
nous y remontions pour l'éternité, et que durant tous les siècles des
siècles j'allais vivre avec ce cadavre. Frénétiquement, je me jetai sur
la corde. Nous descendîmes, et pour aller mourir ailleurs, loin du
spectre, j'escaladai le bord de la nacelle...
Alors, j'entendis des clameurs. Un navire était là, tout proche, et le
ballon courait dessus.
On me cria: «A l'eau! Saute!».
Je me jetai dans la mer. On me recueillit. Le ballon, délesté de mon
poids, s'était enlevé, m'a-t-on dit, comme une flamme immense: car le
soleil, dardant ses rayons sur lui, avait allumé de reflets l'enveloppe
luisante et plissée. Pour moi, je n'ai rien vu. On m'étendit, à demi
mort, sur le pont du navire, et couché sur le dos, j'aperçus mon père
qui s'enfonçait dans les derniers nuages.