Quoique je n'aime point les salutations en public, cependant, lorsque
nous fûmes au milieu de la place, je m'arrêtai pour faire mon dernier
adieu à Marie.
Marie n'étoit pas grande, mais elle étoit bien faite. L'affliction avoit
donné à sa physionomie quelque chose de céleste. Elle avoit les traits
délicats, et tout ce que le cœur peut désirer dans une femme... Ah! si
elle pouvoit recouvrer son bon sens, et si les traits d'Eliza pouvoient
s'effacer de mon esprit, non-seulement Marie mangeroit de mon pain et
boiroit dans ma coupe... Je ferois plus, elle seroit reçue dans mon
sein, elle seroit ma fille.
Adieu, fille infortunée; imbibe l'huile et le vin que la compassion d'un
étranger verse en passant sur tes blessures... L'être qui deux fois a
brisé ton cœur, peut seul le guérir pour toujours.