Je fus ainsi de l'opinion de tout le monde pendant trois semaines.
Parbleu! disoit-on, ce M. Yorick a, ma foi, autant d'esprit que nous...
Il raisonne à merveille, disoit un autre. On ne peut être de meilleure
compagnie, ajoutoit un troisième. J'aurois pu, à ce prix, manger dans
toutes les maisons de Paris, et passer ainsi ma vie au milieu du beau
monde... Mais quel métier! j'en rougissois. C'étoit jouer le rôle de
l'esclave le plus vil; tout sentiment d'honneur se révoltoit contre ce
genre de vie... Plus les sociétés dans lesquelles je me trouvois étoient
élevées, et plus je me trouvois forcé de faire usage du secret que
j'avois appris dans le cul-de-sac de l'opéra comique... Plus la coterie
avoit de réputation, et plus elle étoit fréquentée par les enfans de
l'art... et je languissois après les enfans de la nature. Une nuit que
je m'étois vilement prostitué à une demi-douzaine de personnes du plus
haut parage, je me trouvai incommodé... J'allai me coucher. Je dis le
lendemain de grand matin à La Fleur d'aller chercher des chevaux de
poste, et je partis pour l'Italie.