... Le lendemain ils reprirent leur glissant voyage, et, doucement,
tandis que la frontière étonnait Antoine et faisait une raie sur son
coeur, ils se trouvèrent dans les Flandres.
L'air, au milieu d'août, avait l'allègre paix, le bleu vif des matinées
d'automne. Ils coururent sur des routes étroites, nettes, bordées de
gentils sapins, montantes et descendantes, et que de temps en temps, en
deux bonds, un petit lapin traversait. Les villages, les petites villes,
où les maisons, abattues sous leurs longs toits violets s'en
enveloppent, semble-t-il, comme d'une mante prudente, les charmaient par
la douce construction épaisse et blanche, par le soin donné aux aimables
fenêtres, voilées comme un visage de nonne, par le secret des minimes
jardins enclos dans la demeure: massif de géraniums qui fleurit entre
des dalles de porcelaine, auprès d'un fauteuil d'osier.
Dans l'antique Furnes, gagnés par la mélancolie mystique, ils pleurèrent
l'un sur l'autre, à l'_Hôtel de la Noble Rose_, où la jeune femme
pensait s'évanouir, lorsque le petit carillon de verre, toutes les dix
minutes, jetait du haut du beffroi sa romance.
Ils pleurèrent dans la vieille Ypres flamande, dure tourterelle que le
soleil n'échauffe pas, et Antoine, penché sur son amie, lui disait:
--O ma Vénus d'Ypres, ici et là, dans tout l'univers et partout, que
nous sommes loin du bonheur!
Un soir, se tenant par la main, étrangers silencieux, ils entrèrent dans
la Bruges de Charles-Quint. Ils entrèrent un soir d'août plus froid
qu'octobre dans cette ville qui ne connaît pas l'été.
Au travers de l'obscure nuit commençante on devinait l'eau glacée, le
désert des rues, la masse des hauts monuments, les deux maisons de bois,
le cygne, le saule solitaire et penché. Antoine sentait passer sur ses
lèvres et dans son coeur la paix unique, le silence dévotieux de cette
royale béguine. Témoin du monde, forte et dorée, épousée tour à tour par
le Flamand, le Frison, l'Espagnol et le Franc, étagée et crénelée, si
fière, si parée de dentelles qu'elle fit souffrir la jalouse reine de
Navarre, la voici maintenant muette, Châsse méditative, Hospice de paix
et d'or, Silence dans le silence, Automne où l'air vif ne pousse devant
soi que des ombres...
Impatient de la presser à son tour sur son coeur, dès l'aube, le
lendemain, sans éveiller sa compagne, Antoine quitta le paisible hôtel.
Dans la rue, sous les nuages mobiles, la vie commençait; une vie point
visible, que révélaient les petites fumées, leur parfum comestible. Il
se promena longtemps. Tantôt, il voyait les tours énormes, si
redoutables qu'on s'émeut qu'une race humble vive auprès d'elles comme
un scarabée près du lion; et tantôt des quartiers bas et pauvres,
maisons rangées et pareilles, jaunies sous leurs toits rouges, longues
petites étables humaines.
Peu à peu, dans la ville, quelques femmes se glissaient, passaient, âmes
frileuses, âmes emmitouflées.
Point d'hommes, des femmes.
Antoine les regarde passer. Ah! comme elles sont douces!
«D'ailleurs, pense-t-il, leur ville pourvoit à la perfection de leur
caractère. Le vent sans cesse les contrarie. Cette petite tempête des
rues détourne leur patient visage, refoule leurs jupes entre leurs
modestes genoux... Je les vois, sur le quai du Rosaire, butées, pliées,
malmenées... Comment, sans cette douceur, le supporteraient-elles?...»
Il les regardait, l'une là, l'autre là-bas, sèches, légères, dans la
noire mante gonflée, emportées comme des feuilles.
Il songea.
«Quelles peines, quels soucis ont-elles donc pour avoir toutes, et à
toute heure, cet air de se réfugier dans les églises?»
Mais non, elles n'ont point de peine elles courent à l'église doucement.
Tout les y porte, le vent, le poids de leur âme un peu penchée en avant,
et enfantine, déserte, gourmande de miel divin...
Antoine entre dans les églises où, même de si bonne heure, l'odeur de
l'encens est trop forte, incessamment renouvelée et emmêlée, surprenante
dans l'église silencieuse où passent une, deux de ces sèches petites
femmes noires.--Cet encens, cris de sultanes, coffret d'amour vers Dieu!
Antoine, l'âme enfermée dans un plaisir étroit, se dirige vers le
béguinage, petit enclos sur l'eau froide. Féerie dévote, miracle de
solitude. Rien. Pas une voix, pas un visage. De petites maisons se
suivent, forment une ronde maisons de pierres, maisons de bois, maisons
peintes, vitres voilées, portes loquetées, petits judas obscurs; royaume
de sécheresse, de menu labeur et de l'anneau qui rend invisible!
Dans ces trop étroites maisons, entre la fenêtre et le mur, on devrait
apercevoir la béguine, papillon séché contre le verre; mais où
sont-elles, si prudentes, si discrètes qu'évanouies? Par instant,
pourtant, le linge blanc d'une coiffe effleure la vitre. Béguines trop
retirées! qui ne laissez pas même, derrière vous, comme la douce vierge
de Memling, une petite porte ouverte sur la prairie!...
Et Antoine Arnault pense:
«Elles ont le bonheur. Elles sont là, durcies dans leur confort
mystique. Leur petite âme de pierre a éteint leur corps. Chez elles
nulle ardeur. Petites cuisinières de Dieu, bonnes de Marthe, qui fut la
bonne de Marie! Leur armoire et leur oratoire, leur tasse en porcelaine
de Hollande et leur chapelet tintant prennent autant de leurs soins.
Elles brodent, font le ménage, reçoivent leur famille, se cachent... Ah
quand même elles auraient vingt ans, qui voudrait goûter à leur âme, qui
voudrait toucher et distraire ces coeurs dédiés à sainte Codelieve, à
saint Valère, à saint Odilon?...
»Petites lépreuses, murmurait Antoine, qui vivez dans votre blanche
léproserie au son du cliquet de bois; demoiselles mortes, fuseaux secs,
hirondelles aux ailes pliées, qu'aviez-vous à vous faire béguines, à
vous retirer encore davantage? Ne voyez-vous point que le béguinage est
dans toute votre ville? Vous eussiez été béguines dans la petite
mercerie, rue du Choeur-Saint-Gilles, ou bien rue des Corroyeurs-Blancs,
derrière la vitre de l'épicerie décorative qui mêle par petits paquets
les grains du café clair et du café brun; vous eussiez été béguines sur
le beau Marché-aux-Poissons, ou sur le Quai de la Main-d'Or en regardant
les cygnes tremper leur bec noir dans l'eau frisée; vous eussiez, comme
la douce Maria Matenka, la femme du bourgmestre d'Anvers, brodé
sagement, près de votre fenêtre fleurie, ces dentelles incomparables où,
dans le réseau trop fin, s'entassent le muguet et la forêt, la rose et
le raisin, la chasse, avec, à peine perceptibles, le gentilhomme, le
cerf, le chien, l'oiseau et le papillon. Petites béguines, vous eussiez
été des béguines partout où il n'est point d'amour, et il n'est pas
d'amour dans votre ville; on n'y voit pas de garçons, et à tous vos
petits coeurs de pierre, à vos désirs endormis, à votre charnelle
espérance, il suffit de voir rêver, immobiles sur les deux places rouges
et noires qui portent leurs noms chéris, le jeune homme Memling et
Maître Jean de Bruges...»
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Antoine Arnault découvrait peu à peu la futilité du coeur de sa
compagne. Quand elle le rejoignait, touriste aimable, toute parée, vive
et scintillante, elle se jetait sur les tendres chefs-d'oeuvre comme sur
un bon petit déjeuner.
Sans langueur, sans silence, sans humilité, elle portait son regard
actif, son choix, son amusement, sa fragile expertise sur des oeuvres
dont Antoine pensait: «Ce sont les fiancées immortelles. Les regards des
hommes les ont tant aimées, ont mis tant de soupirs, tant de prières
devant elles que je ne puis en approcher qu'en respirant des âmes, qu'en
remuant et en foulant des âmes, et cette petite fille s'élance sans
détours, avec son chapeau de paille, dans la précieuse atmosphère!» Et,
mécontent d'elle, Antoine l'enlevait à son puéril examen avant qu'elle
eût fini son plaisir.
Ils se disputèrent souvent.
Quand ils arrivèrent en Hollande:
--Mon amie, lui dit-il, je vous donne le paysage. Vous le voyez, voici
les plus longues prairies du monde. Que votre regard coure sur elles
comme une enfant en jupe courte. Voyez aussi ces innocents moulins: ils
tournent comme les enfants rient, comme les enfants crient, avec une
force qui les augmente.
La jeune femme, en effet, s'emparait avec amour de la Hollande verte et
vernie, jouet solide sur l'espace.
Las de ses petits émerveillements, Antoine dédaignait son amie; mais,
par instants, ivre de mélancolie, il la ramenait sur son coeur.
--Tu ne peux pas savoir, lui disait-il, comme les voyages blessent mon
âme, limitent ma chère puissance! Nos joies seront brèves, ô mon amie la
terre est petite; quand je le voudrai, j'aurai vu le monde. Et, un jour,
où irons-nous pour goûter encore cette excitation de la surprise dont
Edgard Poë a dit: «Être étonné c'est un bonheur!»
Mais elle se plaignait qu'il ne voulût point trouver en elle une
suffisante distraction.
Il répondait, serrant le poignet de la jeune femme:
--C'est vrai, ici je n'ai que vous; vous seule me reflétez et gardez mon
image, comme le petit étang dort au pied du château... Mais quel étroit
étang que votre coeur! Un cygne y tiendrait à peine.
Elle boudait, se mettait à dormir, lasse de lui, rivée pourtant à ce
compagnon, qui était son seul semblable dans ce pays du nord.
Et Antoine, content de la dureté de son coeur, parcourait les belles
villes: Dordrecht, pathétique comme une romance sous le feuillage;
Harlem, qui tient prisonniers dans son petit musée plus assoupi qu'un
dimanche de province,--toujours brillants, toujours royaux, les beaux
chevaliers de Franz Hals; Rotterdam joyeuse et goudronnée, si aimable
avec sa paisible ardeur marchande, sa statue d'Erasme en courtois
professeur sur la place fruitière du marché, ses canaux luisants comme
des parquets d'eau, sa belle Meuse étincelante.
Sous les tilleuls de La Haye que le brusque vent effeuillait, Antoine
pensa mourir de la longueur d'un jour d'orage; et, devant la mer du
Nord, où la jeune femme l'avait entraîné, il regardait, avec un mépris
d'homme pour la colère animale, cette mer glaciale qui a la couleur et
la rage de l'hyène; qui envoie lentement, sur la côte, sa vague grise,
couchée, creusée comme la mort...
Amsterdam, dans la claire journée, au milieu de son vent et de son eau
lui apparut innocente, libre et forte, reluisante comme mille miroirs.
Il aima son éclat neuf et naïf de cuivre jaune, de faïence, de pierres
roses, de vitraux verts, et il aima son antique douceur, ses maisons de
briques noires rendues fragiles par un long espace de fenêtres glauques.
Le matin, il lui adressait des louanges, des flatteries. Il lui disait:
--Tu es robuste et marine, ruisselante, dorée, salutaire comme le
poisson divin que l'Ange donna au jeune Tobie!
Mais le soir, la ville qu'il aimait se renversait sur son coeur, il en
portait toutes les pierres avec un étouffant malaise.
Désolé, n'ayant que faire de sa compagne, il errait. Il appelait l'ombre
de Spinoza. Il eût voulu pouvoir entrer, la nuit, comme un ami favorisé,
dans le profond musée, et sangloter, âme amoureuse, sur les mains mortes
de Rembrandt.
L'énervante jeune femme, devant les Pierre de Hogue, détaillait:
--Ah! voyez, s'écriait-elle, la petite bassinoire de cuivre, ces deux
oreillers sur le lit! le chat est dans un carré de soleil; la petite
carafe fraîchit sur la fenêtre...
Si fatigué d'elle, Antoine se réjouit de la trouver un matin dans le
salon de l'hôtel, coquette et gaie, qui causait avec un ami retrouvé, un
jeune Anglais qu'elle avait connu à Paris, qui la regardait avec des
yeux éblouis. «Enfin, pensa-t-il, qu'un autre porte le poids de ses
aimables conversations!»
Au bout de deux jours, il fut jaloux. Sans tendresse pour cette femme,
sans violent désir, il la voulait voir isolée, triste et faible dans cet
hôtel, misérable comme son coeur à lui, son coeur ennuyé.
Qu'elle regardât avec bienveillance le jeune Anglais, c'était dire à
Antoine: «La gentillesse de ce jeune homme, sa courtoisie, son vif
intérêt me plaisent davantage que votre hostilité, votre humeur glacée,
votre insolence, votre inconstance», et cela, Antoine ne pouvait
l'admettre.
Il surprit la jeune femme un soir que, toute sérieuse et tout échauffée,
elle expliquait sa vie, son caractère, ses aspirations à son nouveau
camarade, toujours ébloui. Antoine affecta une telle stupeur à la pensée
qu'elle prenait la peine de parler d'elle-même, d'éclaircir quelque
chose de sa chétive personnalité, qu'elle s'arrêta, troublée, interdite,
anéantie, tandis que son visiteur, confus aussi, s'excusait et se
retirait.
Elle se laissa ramener à Paris par Antoine, et, sur une dernière
querelle, ils se quittèrent.
V
Il restait à Paris par lassitude; il n'avait pas de désirs; il ne
voulait rien. Il avait horreur de l'univers et de la vie, qui lui
paraissaient mornes, restreints, éclairés par ce triste jour d'en haut
qui tombe de l'étroite vitre du plafond dans les mansardes.
Le travail ne le tentait pas. Il savait avec quelle force et quelle
facilité il travaillait.
«Je n'ai pas peur, pensait-il, de la critique pour mes oeuvres. La
critique, dit Hello, il est temps qu'elle admire!» Il regrettait
seulement, son ouvrage fini, qu'il ne fût pas éternel.
La durée limitée du papier et la faible intelligence des hommes lui
paraissaient un empêchement sérieux à cette dépense d'énergie.
«Je ne pourrais être sensible qu'à l'éloge du plus illustre, pensait-il,
et le plus illustre est occupé de soi.»
Un soir, il passa chez madame Maille. Elle était là, repartant le
lendemain pour la campagne. Il se fit annoncer, et entra comme madame
Maille hésitait encore à faire répondre si elle voulait, ou non, le
recevoir.
Mais, dès qu'elle vit le jeune homme qu'elle avait tant aimé, elle eut
ce visage sans résistance, cette bonté résignée qu'Antoine, dans son
orgueil, avait prévus. Il s'assit près d'elle comme s'il la revoyait
après une longue absence, et que, tout naturellement, leurs attitudes
fussent changées. Elle, d'ailleurs, plus timide qu'une fille de douze
ans, restait dans cette humilité qui précède ou suit le droit à l'amour.
Mais, d'un doux regard brisé, elle étreignait encore cet enfant léger,
qui lui semblait si plaisant, si tentant, si savoureux, qu'elle se
tenait un peu en arrière pour ne point tomber sur lui en tournoyant,
comme la grive lasse dans le champ de blé.
Il ne savait que lui dire. Il essayait d'expliquer que l'affection, la
profonde entente sont immortelles, mais il sentait bien que le passé et
l'amour de cette femme étaient un vêtement devenu trop étroit, qu'il ne
remettrait pas. Ils se séparèrent, ne s'étant pas fait de bien.
Un matin, Antoine Arnault vit que Paris, tout orné de drapeaux aux
couleurs de deux nations, s'emplissait de bruit, d'allégresse, de
décorations, s'échauffait sous le froid d'une journée de novembre. Il se
souvint que son pays recevait ce jour-là un hôte royal.
Il pensa d'abord éviter cet embarras, cette fête importune. Mais, tout
au contraire, il se dirigea vers la maison d'un de ses amis, avenue du
Bois de Boulogne, et s'établit au balcon. La large avenue ne donnait
plus le sentiment du dehors et du plein air, tant elle était nette,
rangée: long tapis spacieux, silencieux, désert, bordé d'une double haie
de cavaliers, cerné par la foule respectueuse. On attendait le passage
du souverain.
Un coup de canon, la musique tumultueuse, et l'on vit avancer--petit
point noir et solitaire dans cette avenue qu'encombre d'habitude le
va-et-vient national,--la voiture officielle.
Comprimée par les soldats à cheval, la foule curieuse débordait
pourtant, et des cris tendres, un long salut, une clameur uniforme et
douce enlaçait ce roi en costume éclatant, accueillait cette divinité.
Indifférent et appliqué, plus haut que tout ce peuple, il recevait sans
délire cet hommage.
Par l'avenue lisse et soignée comme un salon, il entrait dans la
capitale auguste, dans la ville dont Antoine Arnault pensait: «Il entre
dans ma ville et chez moi.»
«Du haut de ce balcon, pensait Antoine, ignoré, perdu, je tremble
pourtant de cette ardeur sacrée que donne l'éclat de l'or et du laurier!
La folie d'être le premier et l'unique, d'être celui pour lequel
s'établit soudain une paix inaccoutumée, une vassalité totale et
rigoureuse, m'enivre et m'attendrit comme la volupté, et il me faut voir
jouir ainsi ce faible César, qui ne pâlit même pas de plaisir... Il a ce
que nul ne peut avoir, une telle gloire, que l'honneur de mon pays est
intéressé à ce qu'aucun promeneur ne se trouve sur le passage de ses
lents chevaux lustrés. Il ne faut pas qu'il voie les hommes autrement
que dans des conditions et des positions qui le dégoûtent de ces timides
créatures... Hélas! soupirait Antoine Arnault, ils sont les êtres du
monde qui ont le moins de génie, le moins d'ivresse et de sensibilité,
et ce qui se presse autour d'eux, ce qui les entoure et baise l'ombre de
leur voiture, ce qui s'écrase contre leur frêle poitrine bariolée, c'est
de l'amour, et l'amour des mâles, plus enivrant que les pleurs des
femmes passionnées. Être le groupe et l'unité, la nation et le maître de
la nation, être celui en qui est incluse la sainte beauté de son siècle,
la découverte du chimiste, le chant du poète et du musicien! être celui
dont on pourrait dire: «Il a Beethoven, il a Byron ou Raphaël!...» Ah!
puissance que j'exècre et que j'adore, que je repousse et dont je suis
insatiable, ne vous connaîtrai-je point un instant, et, ivre de
domination, ne sentirai-je pas s'abattre et se pâmer la Marseillaise sur
mon coeur?