A défaut de détails biographiques plus complets sur l’illustre
laboureur, on nous saura donc gré de faire quelques emprunts à son
livre:
_Naturel des terres._ «Le fondement de l’agriculture est la
connaissance du naturel des terroirs que nous voulons cultiver...
«.... On remarque plusieurs et diverses sortes de terres; mais pour
éviter la confusion de ce grand nombre, nous les distinguerons en deux
principales; à savoir en argilleuses et sablonneuses, d’autant que ces
deux qualités-là sont les plus apparentes en tous terroirs et dont
de nécessité faut qu’ils participent. De là procède la fertilité et
stérilité des terroirs au profit ou détriment du laboureur, selon que
la composition des argiles et sablons s’en trouve bien ou mal faite.
Car comme le sel assaisonne les viandes, ainsi l’argile et le sablon
étant distribués ès terroirs par juste proportion, ou par nature ou
par artifice, les rendent faciles à labourer, à retenir et rejeter
convenablement l’humidité, et, par ce moyen, domptés, approvisionnés,
engraissés, rapportent gaiement toutes sortes de fruits. Comme au
contraire, importunément surmontés par l’une ou l’autre de ces deux
différentes qualités, ne peuvent être d’aucune valeur: se convertissant
en terres trop pesantes ou trop légères, trop dures ou trop molles,
trop fortes ou trop faibles, trop humides ou trop sèches; bourbeuses,
crayeuses, glaiseuses, difficiles à manier en tout temps, craignant
l’humidité en hiver et la sécheresse en été, et par conséquent presque
infertiles.»
N’est-ce pas là une langue excellente qui dit bien ce qu’elle veut
dire, nette, précise et cependant colorée?
_Le père de famille, bon ménager!_ «Pour un préalable doncques, notre
père de famille sera averti de s’étudier à se rendre digne de sa
charge; afin que sachant bien commander ceux qu’il a sous soi, en
puisse tirer l’obéissance nécessaire (ce qui est l’abrégé du ménage),
tâchant, pour en venir là, de changer, ou du moins d’adoucir les
humeurs qu’il pourrait avoir contraires à tout louable exercice, par
n’y être né. Moyennant ce, et la faveur du ciel, ne doutera de venir
très-bien à bout de ses desseins.
»... Le père de famille ajoutera à ses œuvres pies et charitables,
celle-ci, de s’employer à pacifier les différents et querelles d’entre
ses sujets et voisins, les gardant d’entrer en procès et les aidant à
en sortir s’ils y sont: à ce que la paix étant conservée parmi eux, il
participe lui-même à l’aise et repos qu’elle aura produit.
»... Sera véritable, continent, sobre, patient, prudent, provident,
épargnant, libéral, industrieux et diligent. Parties nécessaires à
l’homme qui désire bien vivre en ce monde, même au ménager; étant
leurs contraires ennemies formelles de notre profit et bonheur, Dieu
maudissant le labeur des vicieux et fainéants, et les hommes les ayant
en exécration.»
_La Poulaille; du Coq._ «Que le coq soit de moyenne taille, toutefois
plus grand que petit: de pennage (plumage) noir ou rouge obscur; ayant
les pieds gros, garnis d’ongles et de griffes avec les ergots forts et
acérés; les jambes fortes et tout cela de couleur jaune; les cuisses
massives et fournies de plumes; la poitrine large, le col élevé et
fort garni de plumes de diverses et variantes couleurs, comme dorées,
jaunes, violettes et rouges; la tête grosse et élevée; la crête rouge
comme écarlate, grande, redoublée, crépelue; le bec gros et court, les
yeux noirs et brillants, les oreilles larges et blanches, la barbe
longue et pendante; les ailes fortes et bien fournies de pennage; la
queue grande et haute, la portant redoublée par-dessus la tête, si
toutefois il a queue; car des esqueués (sans queue) s’en trouve de fort
bons. Sera aussi le coq éveillé, chaud, courageux, remuant, robuste,
prompt à chanter, affectionné à défendre ses poules et à les faire
manger.»
N’est-ce pas bien dit? Se peut-il une peinture plus vive et plus
franche et telle que Weenix ou tel autre Flamand pourrait l’avouer!
J’imagine que si La Fontaine connut ce passage, il dut en être ravi et
maintes fois le lire et relire.