«... Il me paraît par votre lettre que vous portez un peu d’envie à
Mademoiselle de La Chapelle de ce qu’elle a lu plus de comédies et plus
de romans que vous. Je vous dirai, avec la sincérité avec laquelle
je suis obligé de vous parler que j’ai un extrême chagrin que vous
fassiez tant de cas de toutes ces _niaiseries_ (le mot est dur), qui
ne doivent servir tout au plus qu’à délasser quelquefois l’esprit,
mais qui ne devraient point vous tenir autant à cœur qu’elles font.
Vous êtes engagé dans des études très sérieuses, qui doivent attirer
votre principale attention; et, pendant que vous y êtes engagé et que
nous payons des maîtres pour vous instruire, vous devez éviter tout
ce qui peut dissiper votre esprit et vous détourner de votre étude.
Non seulement votre conscience et la religion vous y obligent, mais
vous-même devez avoir assez de considération pour moi et assez d’égards
pour vous conformer un peu à mes sentiments pendant que vous êtes dans
un âge où vous devez vous laisser conduire.
»Je ne dis pas que vous ne lisiez quelquefois des choses qui puissent
vous divertir l’esprit, et vous voyez que je vous ai mis moi-même entre
les mains assez de livres français capables de vous amuser; mais je
serais inconsolable si ces sortes de livres vous inspiraient du dégoût
pour des lectures plus utiles et surtout pour les livres de piété et
de morale, dont vous ne me parlez jamais, et pour lesquels il semble
que vous n’ayez plus aucun goût, quoique vous soyez témoin du véritable
plaisir que j’y prends préférablement à toute autre chose. Croyez-moi,
quand vous saurez parler de comédies et de romans, vous n’en serez
guère plus avancé pour le monde, et ce ne sera point par cet endroit-là
que vous serez plus estimé.... Vous jugez bien que je ne cherche pas à
vous chagriner et que je n’ai autre dessein que de contribuer à vous
rendre l’esprit solide et à vous mettre en état de ne me point faire de
déshonneur quand vous viendrez à paraître dans le monde. Je vous assure
qu’après mon salut, c’est la chose dont je suis le plus occupé.»
Ce langage dans la bouche de l’auteur _d’Andromaque_ et de _Phèdre_ est
assurément bien digne d’attention.