LETTRE DE POUSSIN AU COMMANDEUR DEL POZZO.

«14 mars 1642.

«Telles sont les variations de ce climat. Il y a quinze jours, la

température était devenue extrêmement douce: les petits oiseaux

commençaient à se réjouir dans leurs chants de l’apparence du

printemps; les arbrisseaux poussaient déjà leurs bourgeons; et

la violette odorante, avec la jeune herbe, recouvraient la terre

qu’un froid excessif avait rendue, peu de temps auparavant, aride

et pulvérulente. Voilà qu’en une nuit un vent du nord, excité par

l’influence de la lune rousse (ainsi qu’ils l’appellent dans ce pays),

avec une grande quantité de neige, viennent repousser le beau temps qui

s’était trop hâté, et le chassent plus loin de nous certainement qu’il

ne l’était en janvier. Ne vous étonnez donc pas si j’ai abandonné les

pinceaux, car je me sens glacé jusqu’au fond de l’âme.»

Malgré les égards dont il était toujours l’objet de la part de ses

illustres protecteurs, Poussin commença à tourner les yeux vers

Rome, où il avait joui tant d’années d’une paix profonde et de la

pleine liberté d’un travail selon son goût et à ses heures. Aussi ne

tarda-t-il pas à solliciter la permission, qu’il n’obtint pas sans

peine, de faire un voyage en Italie, pour en ramener sa femme qu’il y

avait laissée peut-être avec intention. Tout probablement aussi qu’il

partait avec l’arrière-pensée, s’il était possible, de rester là-bas;

ce qui n’eût pas été facile, cependant, après les bienfaits et les

honneurs dont l’avaient comblé le roi, comme le cardinal. Mais les

évènements se chargèrent, bientôt après, de lui rendre sa liberté.

Poussin arrivait à Rome vers la fin de septembre 1642. Un mois après,

il apprenait la mort de Richelieu, que le roi suivit de près dans la

tombe, et M. de Noyers était éloigné des affaires. Poussin s’affermit

complètement dans sa résolution de ne plus quitter sa petite maison du

_monte Pincio_; ce ne fut pas pourtant sans quelques combats.

Car qui n’a dans la tête

Un petit grain d’ambition?

«Je vous assure, écrit-il à M. de Chantelou, que, dans la commodité

de ma petite maison et dans le peu de repos qu’il a plu à Dieu de me

prolonger, je n’ai pu éviter un certain regret qui m’a percé le cœur

jusqu’au vif; en sorte que je me suis trouvé ne pouvoir reposer ni jour

ni nuit; mais à la fin, quoi qu’il m’arrive, je me résous de prendre le

bien et de supporter le mal.»

[67] _Vidas de los Españoles célebres._

[68] _Histoire de Poussin_, 2e édit., Didier, éditeur.

[69] Bouchitté, _Histoire de Poussin_.

[70] Maria Graham, _Mémoires sur la vie de Poussin_.

[71] Conseiller maître d’hôtel du roi, depuis intendant de la maison,

domaines et finances de Monsieur, frère de Louis XIV.

Les Rues de Paris, tome deuxième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 55 / 122 题