DU MÊME AUTEUR

Voyages au Pays du Soleil (Espagne, Italie, Égypte).

Paris.--Imp. E. CAPIOMONT et V. RENAULT, rue des Poitevins, 6.

Xavier de Maistre, qui avait du temps à lui, a exécuté en quarante-deux

jours un voyage autour de sa chambre, fécond en aventures et en

découvertes. C’est un genre d’excursion à la portée de tout le monde,

que j’ai répétée souvent moi-même, du matin au soir, quelquefois du soir

au matin, dans le court horizon borné au Nord par ma table de travail et

au Sud par ma bibliothèque, mais sans avoir la prétention de le raconter

au public. Plus on a lu Xavier de Maistre, moins la pensée peut venir de

le recommencer. Seulement, quand sonne l’heure désirée des vacances, le

journaliste, enfermé le reste de l’année dans sa chambre, comme

l’aimable ami de madame de Hautcastel, prend la clef des

champs,--suivant une bonne vieille métaphore qu’on néglige trop

aujourd’hui,--et s’en va faire l’école buissonnière aux quatre points

cardinaux de l’Europe, le plus loin qu’il peut,--et ce n’est pas

beaucoup dire,--de son cabinet qui le réclame et qui l’attend. Ce sont

quelques-unes de ces échappées presque furtives, dont aucune peut-être

n’égala en durée le _Voyage autour de ma chambre_, que je voudrais

conter rapidement au lecteur, comme je les ai faites, sans autre

prétention que d’esquisser des croquis au vol et de lui donner une vive,

mais juste impression des choses.

Ainsi donc, voilà qui est bien entendu: que les ombres de madame Ida

Pfeiffer et du docteur Livingstone dorment tranquilles. Les lauriers de

mon confrère Stanley ne m’empêchent point de dormir, et je lui dis comme

le berger de Virgile: _Non equidem invideo, miror magis._ Un critique,

d’ailleurs aimable, m’a traité jadis de «voyageur de banlieue»,

j’accepte la qualification, et je serais le premier à la revendiquer. Je

sais parfaitement que mes relations ne bouleverseront point les atlas et

que la Société de géographie ne songera jamais à me décerner sa grande

médaille d’or. C’est précisément pour bien marquer le caractère de ces

modestes promenades d’un casanier, d’un chroniqueur émancipé s’essayant

de loin en loin à jouer sur un théâtre bourgeois le rôle de touriste,

que je les intitule _Voyages hors de ma chambre_, en les adressant aux

lecteurs plus sédentaires encore, qui ne voyagent que dans leur chambre

même, avec un bon fauteuil en guise de wagon, les pieds sur les chenets

et un livre à la main.

Voyages hors de ma chambre · 第 2 / 42 题