--Soyez tranquille, mon père, mon mal n’est pas de ceux qui se
communiquent par l’odorat ou par le goût; il n’est pas d’origine
humaine, du reste.
Dom André, confus, se tut; puis feignant un courage qu’il n’avait point,
il s’écria: Plaise au ciel, Lydwine, que je vive assez pour assister à
votre trépas!
--Vous n’y assisterez point, répliqua gravement la sainte; ce sera moi
qui verrai le vôtre et puisque nous en sommes sur ce sujet, écoutez-moi;
mettez au plus vite ordre à vos affaires; soyez prêt à paraître devant
Dieu.
Il fronça le sourcil et, suivant son habitude, se moqua d’elle; mais
quelques jours après, il tomba malade et se rappela la prédiction de sa
pénitente. Épouvanté, il députa quelqu’un auprès d’elle pour lui
demander pardon de ses railleries.
--Je lui pardonne de tout cœur, répondit Lydwine, mais qu’il ne
s’illusionne pas, il est condamné; dites-lui qu’il se confesse et
restitue sans tarder le bien d’autrui qu’il s’est approprié, car la mort
le talonne.
Au mot de restitution qui lui fut rapporté, Dom André eut un accès de
rage et envoya déclarer à la sainte qu’il n’avait rien à se reprocher,
attendu qu’il n’avait jamais rien dérobé.
Elle fut effrayée par la méchanceté et par l’aveuglement de ce prêtre;
néanmoins, elle voulut essayer encore d’une tentative pour le sauver;
elle appela une personne de confiance, lui spécifia les objets volés
jadis par cet homme et la dépêcha près de lui pour l’inviter à s’en
dessaisir; mais cette sommation ne fit que l’exacerber et il mourut, la
bave aux lèvres, dans une crise de colère contre la sainte.