L'amiral Tréhouart est mort, le 8 novembre dernier, à Arcachon, où le
soin de sa santé l'avait conduit, il y a quelques mois.
Né à Vieuville dans l'avant-dernière année du XVIII siècle, il avait
débuté comme mousse dans la marine. C'est en assistant aux derniers
combats de l'Empire qu'il conquit ses premiers grades. En 1828, la
bataille de Navarin le fit lieutenant de vaisseau. Capitaine de corvette
en 1837 et de vaisseau en 1843, il fut alors appelé à commander la
station navale de la Plata.
Ici se place un des faits les plus remarquables qui ait illustré notre
marine de guerre.
De concert avec l'escadre anglaise, le capitaine Tréhouart força le
passage d'_Obligado_, défendu par une forte estacade et des batteries
formidables. Il avait son pavillon sur le _Fulton_. Son état-major fut
mis entièrement hors de combat et l'équipage réduit de plus de moitié.
Dans une situation si critique, le commandant restant maître de lui,
ordonna par signal à un des avisos de se porter sur l'estacade. Cette
manoeuvre décida du succès de la journée.
Sorti victorieux de ce combat, le capitaine Tréhouart nommé
contre-amiral le 15 février 1846 et appelé au commandement d'une
division navale lors de l'expédition de Rome. Vice-amiral le 2 avril
1851, préfet maritime du 2e arrondissement, un décret de l'Empereur
l'appela le 31 octobre 1855 au commandement de l'escadre de Crimée en
remplacement de l'amiral Bruat qui venait de mourir, et ce fut lui qui
fut chargé du rapatriement de l'armée d'Orient, tâche dans laquelle il
montra les plus hautes capacités.
Appelé en 1858 au conseil d'amirauté, Tréhouart fut élevé en 1809 à la
dignité d'amiral de France. Du 13 août 1859 au 4 septembre 1871, il
siégea au Sénat, et un décret impérial l'avait le 12 août 1860 nommé
grand'croix de la Légion d'honneur.
On sait que l'amiral Tréhouart avait été désigné pour présider le
premier conseil de guerre chargé de juger le maréchal Bazaine. L'état de
sa santé depuis longtemps affaiblie l'obligea de décliner cette mission.
Immédiatement après la mort de l'amiral, son corps a été transporté
d'Arcachon à Paris, où on le déposa dans la crypte de l'église
Saint-Louis des Invalides, en attendant la cérémonie des obsèques, qui a
eu lieu lundi dernier. C'est M. l'archevêque de Paris qui a donné
l'absoute. Les cordons du char funèbre étaient tenus par le maréchal
Canrobert, les vice-amiraux de Dompierre d'Hornoy et Larrieu et le
général Pélissier.
Parmi les personnages qui ont assisté à la cérémonie, citons MM. le
prince de Joinville, les vice-et contre-amiraux Lafont de Ladébat,
Touchart-Lafosse, Jurien de la Gravière, La Roncière le Nourry, Coupvent
des Bois, de Lapelin, Duperré, Pothuau, Jaurès, Saisset, Krantz et
Chopart; le ministre de la guerre; les maréchaux Canrobert et Leboeuf;
les généraux de Cissey, de Ladmirault, de Geslin, Frébault, Vinoy; le
colonel d'état-major d'Abzac, représentant le maréchal de Mac-Mahon; MM.
Léon Renault, Ferdinand Duval, F. Barrot, de Royer, Schneider, de
Quatrefages, Leverrier, etc.
Le défilé des troupes s'est effectué suivant l'ordre accoutumé devant la
grille d'honneur de l'esplanade des Invalides. A une heure et un quart,
une salve de onze coups de canon annonçait la fin de la cérémonie.