[3 Illustrations:
Train blindé de l'armée belge, armé de canons, dont un contre les
aéroplanes et les dirigeables, et percé d'embrasures pour les fusils.]
Voici plus de quinze jours que se poursuit entre la mer du Nord et les
bords de la Scarpe, près d'Arras, la plus violente bataille de cette
terrible et sanglante campagne. Peut-être durera-t-elle une semaine
encore, tant les Allemands mettent d'acharnement à tenter la rupture de
nos lignes, afin de faire une trouée grâce à laquelle ils pourraient
réaliser leur rêve: assiéger Dunkerque et Calais.
Dans ce but, ils procèdent plus que jamais à la ruée par des masses
énormes, se renouvelant à mesure que le fusil et l'obus renversent les
rangs qui accourent comme les flots sur la plage. Le littoral de la mer
du Nord, les dunes, les rives de l'Yser, les villes de Nieuport, Dixmude
et Roulers offrent le terrifiant spectacle de milliers et de milliers de
cadavres, sans que tant de vies sacrifiées en vain aient brisé la volonté
des chefs qui espèrent, à force de violence, enfoncer sur quelque point
la vivante muraille offerte par les armées des alliés.
La grande bataille commença vers le 13 par le balayage du territoire
français au Nord de la Lys. La cavalerie allemande qui l'avait envahi fut
rejetée sur la rive droite de la rivière. Nous avons dit, la semaine
dernière, comment, jusqu'au 20, se succédèrent les événements.
Ce jour-là et le 22 furent marqués par des rencontres très violentes sur
tout le front, sans que nous ayons fléchi. Le 23, seulement, les alliés
perdaient un peu de terrain au Nord de Dixmude et autour de la Bassée;
partout ailleurs nous progressions, surtout sur la côte et entre Ypres et
Roulers. L'Yser ne pouvait être forcé par les Allemands qui, le 24,
cependant, réussissaient le passage sur un point. Le 25, tentative
générale jusqu'à la Somme, par des attaques de nuit que les alliés
repoussaient. Le 26, effort non moins violent de Nieuport à Lens. En même
temps, aux mêmes heures, en Picardie, en Champagne, en Argonne, sur la
Meuse, en Woëvre, les divers corps allemands, obéissant à un évident mot
d'ordre, essayaient de reprendre l'offensive. Sur tous les points cette
attaque a échoué.
Le communiqué du 28 signalait une sorte d'apaisement dans tes attaques
allemandes au Nord, par contre sur les points où nous avions l'offensive
nos progrès continuaient.
Voyons maintenant, sur chaque partie du front, comment les événements de
cette tragique semaine se sont déroulés.