Tahiti, chère au cœur de Pierre Loti, Tahiti la patrie de la petite
Rarahu, a connu, elle aussi, les horreurs de la grande guerre. «Le 22
septembre, à 6 h. 45 du matin, nous écrit notre correspondant. M. L.
Gauthier, deux croiseurs allemands, les deux plus fortes unités de la
division de Chine (le _Scharnhorst_ et le _Gneisenau_, sans doute), se
présentèrent devant Papeete. Au coup de canon à blanc tiré par une
batterie de la côte, ils hissèrent leur pavillon, s'approchèrent de la
passe et envoyèrent leur premier obus. Le commandant de la marine à
Tahiti donna aussitôt l'ordre de détruire les balises et amers de la côte
et de mettre le feu aux approvisionnements de charbon. Un bombardement en
règle du port commença aussitôt. La petite canonnière la _Zélée_, bien
inapte à se défendre, paya cher les quelques prises quelle avait pu faire
au début de la guerre. La ville fut fort éprouvée aussi. Elle ne reçut
pas moins de deux cents obus en quatre heures de temps, à peu près. Dix
incendies éclatèrent sur divers points. A la fin de cette canonnade
terrible, les décombres de ses murailles légères, de ses toitures de tôle
ondulée, jonchaient le sol de toutes parts. On s'attendait à un
débarquement de marins allemands, et tous les hommes valides de la
colonie, mobilisés dès le début de la guerre et bien exercés,
s'apprêtaient déjà à résister jusqu'au bout. Ils n'eurent pas l'occasion
de combattre: leur brutale besogne achevée, les deux croiseurs reprirent
le large.
[Illustration: Les effets du bombardement de Papeete, capitale de Tahiti,
par deux croiseurs allemands.
_Phot. L. Gauthier._]