Interrogeons de nouveau ici l’histoire, l’histoire contemporaine.
Je viens de nommer la révolution de février: croit-on, par exemple,
qu’elle n’ait eu pour auteurs que les organisateurs des banquets
réformistes, et les pauvres gardes nationaux qui criaient _Vive la
réforme!_ Ce serait une naïveté étrange de le penser. D’autres, qui
n’attendaient pour se montrer que le moment favorable, l’avaient
préparée dans l’ombre, et, la victoire remportée, se hâtèrent d’en
revendiquer l’honneur; ce furent eux qui lui imprimèrent son vrai
caractère, cet esprit socialiste, qui bientôt épouvanta la France et le
monde, et fit couler dans Paris des flots de sang: au premier rang de
ces ouvriers-là, étaient les francs-maçons.
«Les combattants, écrivait le journal _le Franc-maçon_, n’ont eu besoin
que de quelques heures de lutte pour conquérir _cette liberté que la
Maçonnerie prêche depuis des siècles_. NOUS, OUVRIERS DE LA FRATERNITÉ,
NOUS AVONS POSÉ LA PIERRE FONDAMENTALE DE LA RÉPUBLIQUE[137].»
[137] Cité par M. Neut, t. I, p. 333.
On les vit, en effet dès les premiers jours qui suivirent la catastrophe
de février, dès le 10 mars 1848, se lever, marcher dans Paris bannière
déployée, se rendre à l’Hôtel-de-Ville, et là, au nombre de 300
francs-maçons de tous les rites, représentant toute la Maçonnerie
française, offrir cette bannière au gouvernement provisoire de la
république, et réclamer hautement la part qui leur revenait dans cette
glorieuse révolution.