LV.

Ma soeur, je ne puis vous porter cette bonne nouvelle moi-même, mais

réjouissez-vous, votre ami est sauvé, et désormais vous aurez facilement

de ses nouvelles. Vous pourrez aussi me remettre vos lettres pour lui.

Je pense qu'il vous sera doux de correspondre du fond de votre retraite

avec cet homme respectable.

Oui, Lélia, il m'a frappé de tristesse et de respect, cet infortuné qui

travaille pour la vertu et qui fuit la gloire avec autant de soin que

les autres en mettent à la chercher. Il a voulu me dire son secret, me

raconter sa jeunesse, son crime et son malheur. Admirable délicatesse

d'un coeur qui ne veut point accepter l'intérêt d'autrui sans

l'éprouver par d'austères aveux! Étrange et magnifique destinée d'un

pénitent qui confesse ce que tout autre voudrait tenir caché, et qui, au

contraire de tous les hommes dégradés par la société, fait de tels aveux

que nul ne se sent porté à les trahir! Oui, cet homme cherche la honte,

la souffrance, l'expiation avec une effrayante persévérance. Il n'est

point chrétien, et il a toute la ferveur, toute l'abnégation, tout

l'enthousiasme des premiers chrétiens. Il est un exemple vivant de la

profonde et inépuisable source de divinité qui jaillit des profondeurs

de l'âme humaine. Il est une énergique protestation contre la faiblesse

et la grossièreté des jugements humains. Il a abdiqué sa propre vie, et

il ne respire plus que dans l'humanité. Toutes ses pensées sont pour la

grande famille des malheureux. Il lui consacre ses travaux, ses

souffrances, ses veilles, ses désirs, tous les élans de son

intelligence, toutes les pulsations de son coeur; et la plus simple

récompense l'effraie, la plus légitime marque d'approbation ou d'estime

le trouble! Au premier abord, ou pourrait croire que c'est une manière

habile d'opérer sa réhabilitation sociale; quand on descend au fond de

ses pensées, on voit que l'excès de son humilité est un excès d'orgueil.

Mais quel orgueil noble et pieux! Il connaît les hommes; brisé

cruellement par eux, il ne peut plus estimer leur suffrage, ni désirer

leurs sympathies. Il les mépriserait s'il n'avait en lui un profond

sentiment d'amour et de pitié qui le porte à les plaindre. Alors il se

dévoue à les servir, parce qu'il trouve dans leur conduite à son égard

la preuve de leur égarement et de leur ignorance; et ce qu'ils ne

peuvent plus faire pour lui, il voudrait qu'ils apprissent à le faire

les uns pour les autres.--Eh bien! me disait-il tandis que nous

traversions rapidement les bois à la faveur des ténèbres, quand même

tout le travail de ma vie ne servirait qu'à amener dans quelques siècles

la réconciliation complète d'un criminel avec Dieu et avec la famille

humaine, ne serais-je pas bien assez récompensé? Dieu pèse dans une

balance équitable les actions des hommes; mais comme, dans les lois de

sa perfection, l'idée de justice implique celle de pitié et de

générosité, il a fait pour nos crimes un plateau infiniment plus léger

que celui qui doit porter nos expiations. Un grain de blé pur jeté dans

celui-là l'emporte donc sur des montagnes d'iniquités jetées dans

l'autre, et ce grain béni, je l'ai semé. C'est peu de chose sur la

terre, c'est beaucoup dans les cieux, parce que là est la source de vie

qui fera germer, fructifier et centupler ce grain.

O Lélia! l'exemple de cet homme m'a fait faire un singulier retour sur

moi-même; et moi, prince de la terre, moi qui bénis les hommes

prosternés sur mon passage, moi qui élève l'hostie sur la tête inclinée

des rois, moi qui vais par des chemins semés de fleurs, traînant l'or et

la pourpre comme si j'étais d'un sang plus pur et d'une race plus

excellente que le commun des hommes, je me suis trouvé bien petit, bien

frivole et bien ridicule auprès de ce proscrit qui se traîne la nuit par

les chemins, poursuivi, traqué comme un animal dangereux, toujours

suspendu entre l'échafaud et le poignard stipendié du premier assassin

qui reconnaîtra son visage. Et cet homme porte l'idéal dans son âme,

l'humanité dans ses entrailles! Et moi, je ne porte en mon sein que des

sentiments d'orgueil, le tourment d'une ambition vulgaire et la

souillure de mes vices!

O Lélia! vous m'avez confessé. Vous avez bien fait, je vous en remercie.

Il me semble que je serai purifié de mes taches si je puis vous ouvrir

mon âme tout entière. Voyez: nous nous mettons à genoux devant un simple

prêtre, et nous lui racontons nos péchés; mais nous ne nous confessons

pas pour cela. Nous ne pouvons oublier, nous puissants, que si nous

sommes là pliés sur nos genoux devant ce subalterne, il est, lui,

prosterné en esprit devant l'éclat de nos titres. Il écoute en tremblant

ce que nous lui disons avec arrogance; il a peur d'entendre l'aveu de

nos fautes, car il craint d'être forcé par son ministère à nous

réprimander; si bien que c'est le juge qui se trouble et s'effraie,

tandis que le pénitent, souriant de son angoisse, est le véritable juge

et le contempteur superbe de l'humaine faiblesse. Ou bien, si nous nous

confessons à nos égaux, nous ne sommes occupés qu'à écarter de nos aveux

toute circonstance particulière qui pourrait servir d'aliment à

l'intrigue ou d'arme à la jalousie. Au milieu de ces préoccupations

étroites, quelle âme assez pieuse, quel repentir assez fervent

pourraient s'élever vers Dieu, dégagés de toute pensée terrestre? Non,

Lélia, je ne me suis jamais confessé en esprit et en vérité; et

pourtant, nul plus que moi n'est pénétré de la grandeur et de la

sublimité de ce sacrement, qui eût sauvé Trenmor de l'horreur du bagne

si l'esprit de la pénitence chrétienne et la sainteté de l'absolution

religieuse eussent porté quelque lumière dans les lois sociales. Oh!

oui, je comprenais l'importance et le bienfait de cette auguste

institution! J'eusse voulu pouvoir y retremper mes forces affaiblies, et

renouveler mon âme dans les eaux salutaires de ce nouveau baptême! Mais

je ne le pouvais pas, car il m'eût fallu un confesseur digne de mon

repentir, et je ne l'ai pas trouvé. J'ai toujours rencontré dans le

clergé l'intelligence unie à l'orgueil ou à l'intrigue, la candeur

jointe à la superstition ou à l'ignorance. Quand le pénitent est à la

hauteur du sacrement, le confesseur n'y est pas; et réciproquement,

quand le confesseur est digne de délier l'âme de ces chaînes impures, le

captif ne mérite pas sa délivrance. C'est que, pour consacrer le mystère

sublime de l'absolution, il faudrait l'association de deux âmes

également croyantes, également remplies du sentiment divin. Eh bien,

Lélia, il me semble qu'à défaut d'un prêtre, à défaut d'un homme saint,

je puis invoquer une soeur, une mère, si vous voulez; car, quoique

vous soyez la plus jeune de beaucoup d'années, vous êtes la plus forte

et la plus sage de nous deux, et je me sens, moi dont le front commence

à se dévaster, tremblant et soumis comme un enfant devant vous.

Confessez-moi. Puisque vous n'avez pas craint de me dire en face que

j'étais un pécheur, consentez à descendre au fond de ma conscience, et

si vous y trouvez une douleur et des remords sentis, absolvez-moi! Il me

semble que le ciel ratifiera votre sentence, et que pour la première

fois mon âme sera purifiée.

Dites-moi toute votre pensée, et condamnez-moi suivant la rigueur de

votre justice. Parce que je cède à des entraînements dont je rougis

comme homme, et que, comme prêtre, je suis forcé de cacher, suis-je donc

un hypocrite? Si je le croyais, je me ferais horreur à moi-même; mais,

en vérité, il ne me semble pas que ce rôle odieux puisse m'être

attribué. Au temps où nous vivons, cette conduite que je tiens et que je

suis loin de vouloir justifier en elle-même, est-elle celle de Tartufe

au dix-septième siècle? Non, je ne puis le croire! Le faux dévot des

siècles passés était un athée, et moi je ne le suis pas. Il se raillait

de Dieu et des hommes: moi, pour n'avoir peur ni de l'un, ni des autres,

je n'en révère pas moins l'Éternel, je n'en aime pas moins mes

semblables. Seulement, j'ai examiné le fond, j'ai analysé l'essence de

la religion chrétienne, et je crois l'avoir mieux comprise que tous ceux

qui s'en disent les apôtres. Je la crois progressive, perfectible, par

la permission, par la volonté même de son divin auteur; et, quoique je

sache bien que je suis hérétique au point de vue de l'Église actuelle,

je suis pénétré, dans ma conscience, de la pureté de ma foi et de

l'orthodoxie de mes principes. Je ne suis donc pas athée quand je viole

les commandements de l'Église; car ces commandements me paraissent

insuffisants pour les temps où nous vivons, et l'Église a le droit et le

pouvoir de les réformer. Elle a mission de conformer ses institutions

aux droits et aux besoins progressifs des hommes. Elle l'a fait de

siècle en siècle depuis qu'elle s'est constituée; pourquoi s'est-elle

arrêtée dans sa marche providentielle? Pourquoi, elle qui fut

l'expression des perfectionnements successifs de l'humanité, et qui

marcha si glorieusement à la tête de la civilisation, s'est-elle

endormie à la fin de sa journée, sans songer qu'elle avait un lendemain?

Se croit-elle donc finie? Est-ce le vertige de l'orgueil ou l'épuisement

de la lassitude qui l'entrave ainsi? Ah! je vous l'ai dit souvent, je

songe à son réveil, je le pressens, j'y crois, j'y travaille, je

l'attends avec impatience, je l'appelle de tous mes voeux! Aussi, je

ne veux pas sortir de son sein, je ne veux pas être exclu de sa

communion, parce que je ne pense pas qu'un schisme sorti d'elle et

arborant un nouvel étendard puisse être dans la véritable voie du

progrès religieux. Pour faire schisme ouvertement, il faut se séparer du

corps de l'Église, faire scission avec son passé comme avec son présent,

conséquemment perdre tous les bénéfices, tous les avantages, tous les

fruits de ce passé riche, glorieux et puissant. L'humanité, habituée à

marcher dans la voie large et droite de l'Église, ne peut se détourner

dans les sentiers que par fractions et par intervalles. Toujours elle

sentira, dans ses institutions religieuses comme dans ses institutions

civiles, le besoin irrésistible de l'unité. Il faut un culte à la

société, un seul et indivisible culte. L'Église catholique est le seul

temple assez vaste, assez antique, assez solide pour contenir et

protéger l'humanité. Pour toutes ces nations éparses sur la face de la

terre, qui n'ont encore qu'une foi incertaine et des rites grossiers, le

catholicisme est la seule morale assez nettement rédigée et assez

simplement formulée dans sa sublimité, pour adoucir des moeurs

farouches et illuminer les ténèbres de l'entendement. Aucune philosophie

moderne, que je sache, ne s'est constituée au point où est l'Église, et

n'est en droit de porter sur l'enfance des nations une lumière aussi

pure. Je crois donc à l'avenir et à l'éternelle vie de l'Église

catholique, et je ne veux pas me séparer des conciles (quoique je

regarde ce qu'ils ont fait comme insuffisant et inachevé), parce que

nulle autorité nouvelle ne pourra jamais revêtir un caractère aussi

sacré. Malgré mon admiration pour Luther et ma sympathie pour les idées

de réforme, je ne me serais point enrôlé sous cette bannière, eussé-je

vécu à la grande époque de cette insurrection généreuse. Il me semble

que j'aurais compris dès lors qu'en consommant son divorce avec ces

grands pouvoirs consacrés par les siècles, le protestantisme signait son

arrêt de mort dès le jour de sa naissance. Oui, je crois que l'Église,

décrépite et agonisante en apparence, cache sous ses cendres attiédies

une étincelle d'éternelle vie, et je veux que tous les travaux et tous

les efforts de la foi et de l'intelligence tendent à ranimer cette

étincelle et à faire de nouveau éclater la flamme sur l'autel. Je veux

conserver l'omnipotence du pape et l'infaillibilité du concile, afin que

de nouveaux conciles se rassemblent, revisent l'oeuvre des conciles

précédents et rajustent le vêtement du culte à la taille des hommes

grandis et fortifiés.

Entre autres réformes que je voudrais voir discuter et consacrer, je

vous citerai une de celles qui m'a le plus occupé depuis que je suis

prêtre: c'est l'abolition du célibat pour le clergé. Et ne croyez pas,

Lélia, que j'aie été influencé par mes passions individuelles, ou par

les sourdes réclamations du jeune clergé. Nous ne gardons pas assez

fidèlement notre voeu, nous autres, qui le trouvons difficile et

terrible, pour que nous ayons absolument besoin d'une sanction publique

à nos infidélités. J'ai cherché plus haut la cause des dangers et des

inconvénients funestes attachés au célibat des prêtres, et je l'ai

trouvée dans l'histoire. J'ai vu la puissance, l'intelligence et les

lumières se conserver dans les castes sacerdotales des antiques

religions, à cause du mariage des prêtres et de l'éducation particulière

qui créait aux pères de dignes successeurs dans la personne de leurs

fils. J'ai vu l'Église chrétienne garder la royauté intellectuelle

au-dessus de celle des monarques de la terre, tant qu'elle s'est

recrutée dans son propre sein; mais, en prononçant l'arrêt du célibat,

pour ses membres, elle a mis son existence en un danger où il est

merveilleux qu'elle n'ait pas déjà succombé, mais où elle succombera si

elle ne se hâte de retirer cette loi fatale. Elle le fera, je n'en doute

pas; elle comprendra qu'en recrutant ses lévites indistinctement dans

toutes les classes, elle introduit dans son sein les éléments les plus

divers, les plus hétérogènes, les plus inconciliables: partant, plus

d'esprit de corps, plus d'unité, plus d'Église. L'Église n'est plus une

patrie où l'héritage enchaîne les âmes et baptise les initiations; c'est

un atelier où chaque mercenaire vient recevoir le paiement de son

travail, sauf à mépriser secrètement ses engagement. Et de là,

l'hypocrisie, ce vice abominable dont la seule idée répugne à toute âme

honnête, mais sans lequel le clergé n'eût pu se maintenir jusqu'ici

comme il l'a fait tant bien que mal, à travers mille désordres, mille

mensonges et mille bassesses dont l'Église a été forcée de garder le

secret, au lieu de rechercher et de punir: grand témoignage de faiblesse

et de dissolution!

J'ai dû vous donner ces explications pour me justifier sous un certain

rapport. Je ne crois pas à la sainteté absolue du célibat. Notre

Seigneur le Christ en a prêché l'excellence, sans en consacrer

l'obligation; et il en a prêché l'excellence aux hommes abrutis par

l'abus des jouissances grossières, aux hommes qu'il est venu instruire

et civiliser. S'il a investi ses apôtres d'une éternelle autorité, c'est

que, dans les prévisions de sa sagesse infinie, il savait qu'un jour

viendrait où le célibat serait dangereux à son oeuvre divine, et où

les successeurs des apôtres auraient mission de l'abolir. Ce jour est

venu, j'en suis certain, et l'Église ne tardera pas à le proclamer. En

attendant, nous manquons à nos voeux. Sommes-nous excusables? Non,

sans doute; car notre doctrine sainte est la doctrine d'une perfection

idéale vers laquelle nous devons tendre sans cesse, quoi qu'il nous en

coûte; et ici la vertu, la perfection consisteraient, dans la position

difficile où nous sommes, à sacrifier nos penchants et à vivre

irréprochables dans l'attente d'une sanction à nos instincts légitimes.

Cette faiblesse misérable qui m'empêche d'agir ainsi, je la réprouve, je

m'en accuse. Condamnez-la, ma sainte! mais, ô mon Dieu! ne me confondez

pas avec ces impudents vulgaires qui s'en vantent, ou avec ces lâches

menteurs qui s'en défendent. Cette sorte de fourberie n'est plus

possible aujourd'hui qu'aux derniers des hommes. Pour peu que nous nous

sentions quelque chose dans l'âme, nous savons bien que la partie

importante de notre oeuvre en ce monde n'est pas de promener par les

rues une face pâle et des regards abaissés vers la terre, afin de

frapper les hommes de terreur et de respect, comme les fanatiques de

l'Inde ou les moines du moyen âge. Nous faisons bon marché de ces

austérités, et surtout de la crédule vénération dont elles étaient jadis

l'objet. Nous avons d'autres travaux à accomplir, d'autres enseignements

à donner, un nouveau développement à imprimer. Nous sommes, ou du moins

nous devons être les instigateurs à la vie, et non pas les gardiens de

la tombe.

Et cependant nous taisons nos faiblesses, direz-vous! Nous n'avons pas

le courage de proclamer ce droit que nous nous arrogeons

individuellement et dont l'exercice hardi serait un énergique appel à de

nouvelles institutions. Mais cela, nous ne pouvons pas le faire, puisque

nous ne voulons pas nous séparer du corps de l'Église, et perdre nos

droits de citoyens dans les assemblées de la cité sainte. Nous subissons

la souffrance et la gêne de cette position fausse où nous place

l'obstination ou l'incurie de notre législation. Et nous ne sommes pas

des fourbes pour cela; car nous trouverions aujourd'hui plus

d'encouragement à nos désordres que nous ne rencontrions jadis

d'antipathie et d'intolérance pour nos faiblesses. Oui, je vous

l'assure, moi qui connais bien le monde et les hommes dispensateurs des

arrêts de l'opinion, on aime mieux chez nous les moeurs faciles,

dissolues même, que l'austérité farouche; parce que nos égarements

marquent l'ivresse du progrès, tandis que leur vertu ne témoigne qu'une

opiniâtreté rétrograde.

Ne m'accusez donc pas de lâcheté, au nom du ciel! ma soeur, car il

faut plus de courage aujourd'hui pour se taire que pour se dévoiler.

Accusez-moi de faiblesse sous d'autres rapports, j'y consens. Oh! oui,

blâmez-moi de n'être pas le disciple pratique de l'idéal, et de vivre

ainsi en contradiction avec moi-même. Il me semble que vous pouvez me

ramener à la vertu; car vous me la faites chérir chaque jour davantage,

ô noble pécheresse, retirée à la thébaïde pour contempler et pour

prophétiser! Hélas! parlez-moi, donnez-moi du courage et priez pour moi,

vous que Dieu chérit!

Adieu! Je reçois à l'instant même l'autorisation de vous proposer pour

abbesse à votre communauté. Cette proposition équivaut à un ordre. Vous

voilà donc princesse de l'Église, Madame. Il faut maintenant servir

l'Église. Vous le pouvez, vous le devez. Tout votre sexe a les yeux sur

vous!

Lélia · 第 92 / 110 题