XVII.

Vous aimez Sténio! Cela n'est pas et ne peut pas être. Songez-vous aux

siècles qui vous séparent de lui? Vous, fleur flétrie, battue des vents,

brisée; vous, esquif ballotté sur toutes les mers du doute, échoué sur

toutes les grèves du désespoir, vous oseriez tenter un nouveau voyage?

Ah! vous n'y songez pas, Lélia! Aux êtres comme nous, que faut-il à

présent? Le repos de la tombe. Vous avez vécu! laissez vivre les autres

à leur tour; ne vous jetez pas, ombre triste et fugitive, dans les voies

de ceux qui n'ont pas fini leur tâche et perdu leur espoir. Lélia,

Lélia, le cercueil te réclame; n'as-tu pas assez souffert, pauvre

philosophe? Couche-toi donc dans ton linceul, dors donc enfin dans ton

silence, âme fatiguée que Dieu ne condamne plus au travail et à la

douleur!

Il est bien vrai que vous êtes moins avancée que moi. Il vous reste

quelques réminiscences des temps passés. Vous luttez encore parfois

contre l'ennemi de l'homme, contre l'espoir des choses d'ici-bas. Mais

croyez-moi, ma soeur, quelques pas seulement vous séparent du but. Il

est facile de vieillir, nul ne rajeunit.

Encore une fois, laissez l'enfant croître et vivre, n'étouffez pas la

fleur dans son germe. Ne jetez pas votre haleine glacée sur ses belles

journées de soleil et de printemps. N'espérez pas donner la vie, Lélia:

la vie n'est plus en vous, il ne vous en reste que le regret; bientôt,

comme à moi, il ne vous en restera plus que le souvenir.

Lélia · 第 31 / 110 题