M. occid. M. orient. Adriatique.

Superficie. 920,000 1,300,000 130,000

Profondeurs

extrêmes.. 3,000 4,000 900

Profondeurs

moyennes.. 1,000 1,500 200

M. Égée. Mer Noire, Méditerranée.

etc.

Superficie. 157,000 480,000 2,987,000

Profondeurs

extrêmes.. 1,000 1,800 5,000

Profondeurs

moyennes.. 500 500 1,000

]

[Illustration: GIBRALTAR--VUE PRISE DE L'ISTHME DE LA LINEA. Dessin de

Taylor, d'après une photographie.]

Ce partage de la grande mer en étendues lacustres dont les

communications sont gênées par des seuils sous-marins, des îles et des

promontoires, explique le contraste que l'on observe entre les

phénomènes de l'Océan et ceux de la Méditerranée. Celle-ci, on le sait,

n'a, sur presque tous ses rivages, que des marées irrégulières et

incertaines. À l'est du goulet de Gibraltar et des parages qui

s'étendent entre la côte de l'Andalousie et celle du Maroc, le flux et

le reflux sont tellement faibles, les troubles qu'y apportent les vents

et courants sont d'une telle fréquence, que les observateurs ont eu la

plus grande peine à déterminer la véritable amplitude des flots et se

trouvent souvent en désaccord. Toutefois le gonflement et la dépression

de la marée sont assez sensibles pour que les marins de la Grèce et de

l'Italie en aient toujours tenu compte. Sur les côtes de la Catalogne,

de la France, de la Ligurie, du Napolitain, de l'Asie Mineure, de la

Syrie, de l'Égypte, les oscillations sont presque imperceptibles; mais

sur les rivages de la Sicile occidentale et dans la mer Adriatique,

elles peuvent s'élever jusqu'à plus d'un mètre; quand elles sont

soutenues par une tempête, la dénivellation des flots peut même, en

certains endroits, atteindre 3 mètres. Le détroit de Messine et l'Euripe

de l'Eubée ont aussi leurs alternances régulières de flux et de reflux;

enfin, dans le golfe de Gabès, le mouvement s'accomplit de la façon la

plus normale, avec le même rhythme que dans l'Océan. Le seul bassin de

la Méditerranée où l'on n'ait point encore observé de flux, est la mer

Noire; mais il est fort probable que des mesures de précision pourraient

y faire découvrir un léger frémissement de marée, car on croit l'avoir

reconnu dans le lac Michigan qui pourtant est de cinq à six fois moins

étendu.

[Illustration: Nº 7.--SEUIL DE GIBRALTAR.]

Différente de l'Océan par la faiblesse et l'inégalité de ses marées, la

Méditerranée l'est aussi par le manque de courant normal remuant avec

régularité la masse entière des eaux: les divers bassins maritimes sont

trop distincts les uns des autres pour que des courants d'un volume

considérable puissent entretenir, de Gibraltar aux côtes de l'Asie

Mineure, un mouvement constant de translation. Il faut donc voir, dans

les divers courants qui se produisent d'un bassin à l'autre bassin,

l'effet de phénomènes locaux ne dépendant qu'indirectement des grandes

lois de la planète. D'après l'hypothèse d'un géographe italien du siècle

dernier, Montanari, un courant côtier pénétrant dans la Méditerranée par

la porte de Gibraltar longerait les rivages des pays barbaresques, de la

Cyrénaïque, de l'Egypte, entrerait dans l'Archipel après avoir suivi les

côtes d'Asie, puis en refluerait pour contourner la mer Adriatique, la

mer Tyrrhénienne et la mer de France, et rentrer dans l'Océan, après

avoir accompli un circuit complet. Des cartes détaillées représentent

même ce courant supposé, mais les observateurs les plus autorisés ont

vainement cherché à en constater l'existence; ils n'ont reconnu que des

courants partiels, déterminés soit par l'afflux des eaux de

l'Atlantique, soit par la direction générale des vents, par un

trop-plein des eaux fluviales, ou par un excès d'évaporation. C'est

ainsi qu'un mouvement régulier de la mer se propage de l'ouest à l'est

en suivant le littoral du Maroc et de l'Algérie; un autre courant bien

marqué de l'Adriatique se porte le long des côtes de l'Italie, du nord

au sud, tandis qu'à l'ouest du Rhône le flot se dirige vers Cette et

Port-Vendres. D'ailleurs, un courant général de la Méditerranée, si même

il existait, ne pourrait être que tout superficiel, à cause du seuil

élevé qui rattache la Sicile à la Tunisie et sépare ainsi les deux

grands bassins de l'Orient et de l'Occident.

Les courants locaux le mieux constatés de la Méditerranée sont ceux qui

entraînent les eaux de la mer d'Azof dans la mer Noire par le détroit de

Iénikalé, et le surplus de la mer Noire dans la mer Égée par le détroit

de Constantinople et les Dardanelles. Là nous avons affaire à de

véritables fleuves. Le Don, qui par ses apports liquides compense

très-largement l'évaporation de la mer d'Azof, se continue par la porte

de Iénikalé; de même, le Dniester, le Dnieper, le Kouban, le Rion, les

fleuves du versant septentrional de l'Asie Mineure, et surtout le

Danube, qui à lui tout seul verse dans la mer Noire autant d'eau que les

autres affluents réunis, doivent se prolonger par le Bosphore et

l'Hellespont. C'est là une conséquence nécessaire de l'équilibre des

eaux entre les deux bassins communiquants. De leur côté, l'Archipel et

Marmara renvoient au Pont-Euxin, par des contre-courants profonds et des

remous latéraux, une certaine quantité d'eau saline, en échange de l'eau

douce qu'ils ont reçue en surabondance: on ne pourrait s'expliquer

autrement la salure de la mer Noire, car depuis les âges inconnus où

cette mer a cessé d'être en libre communication avec la Caspienne et

l'océan Glacial, ses eaux seraient devenues complètement douces, grâce

au Danube et aux autres fleuves, si un afflux d'eau saline plus pesante

ne s'opérait pas dans la partie profonde des lits des Dardanelles et du

Bosphore. Un simple calcul démontre qu'en mille années les affluents de

la mer Noire l'auraient purifiée de toutes ses molécules de sel.

A l'autre extrémité de la Méditerranée proprement dite, se produisent

des phénomènes analogues. En effet, l'évaporation est très-forte dans

cette mer fermée, qui s'étend au midi de l'Europe, non loin de la

fournaise du Sahara et du désert de Libye, et que parcourent librement

les vents, en absorbant les vapeurs et en dispersant l'embrun des

vagues. Cette déperdition de liquide ne peut guère être inférieure à 2

mètres par année, puisque déjà dans le midi de la France la quantité

d'humidité qui se perd dans l'espace est presque aussi considérable.

L'eau restituée par les pluies étant évaluée à un demi-mètre seulement,

et la tranche annuelle représentée par les fleuves tributaires

atteignant à peine 25 centimètres, il en résulte que l'Atlantique doit

fournir chaque année à sa mer latérale une couche d'au moins 1 mètre

d'épaisseur, soit approximativement une masse liquide de beaucoup

supérieure à celle du fleuve des Amazones pendant ses crues. Cet afflux

de l'Océan, qui pénètre par le détroit de Gibraltar, est assez puissant

pour se faire sentir au loin dans la Méditerranée et peut-être même

jusque sur les côtes de Sicile. D'ailleurs il est, comme tous les

courants, bordé de remous latéraux qui se portent en sens inverse. Aux

heures de reflux, toute la largeur du détroit est occupée par les eaux

provenant de l'Atlantique; mais quand la marée s'élève, la Méditerranée

lutte plus énergiquement contre la pression de l'Océan, et deux

contre-courants se produisent, l'un qui longe le littoral d'Europe,

l'autre, deux fois plus large et plus puissant, qui suit les côtes

africaines, de la pointe de Ceuta au cap Spartel. En outre, un

contre-courant profond emporte vers l'Atlantique les eaux plus salées,

et par conséquent plus lourdes, du bassin méditerranéen.

Le mélange produit dans la Méditerranée par la rencontre des eaux

appartenant aux divers bassins ne se fait pas assez rapidement pour leur

donner une salinité qui soit sensiblement la même. La teneur en sels y

est en moyenne supérieure à celle de l'Atlantique, à cause de l'excès

d'évaporation, principalement sur les côtes d'Afrique; mais dans la mer

Noire elle est de moitié moindre et varie beaucoup suivant le voisinage

des fleuves. qui s'y déversent[4]. De même pour la température, les

seuils et les détroits qui empêchent le mélange intime des eaux donnent

aux profondeurs sous-marines de la Méditerranée des lois toutes

différentes de celles de l'Atlantique. Dans l'Océan, le libre jeu des

courants amène sous toutes les latitudes des couches liquides de

diverses provenances, les unes chauffées par le soleil tropical, les

autres refroidies par les glaçons polaires; mais ces couches d'inégale

densité se superposent régulièrement en raison de la température: à la

surface sont les eaux tièdes; au fond celles de la température

approchent du point de glace. Dans la Méditerranée on n'observe une

superposition analogue des couches liquides que sur une épaisseur

d'environ 200 mètres, précisément égale à l'épaisseur du courant qui

pénètre de l'Atlantique dans le détroit de Gibraltar. A une profondeur

plus grande, le thermomètre, plongé dans les eaux de la Méditerranée, ne

constate plus aucun abaissement de température: l'énorme masse liquide,

presque immobile, se maintient uniformément entre 12 et 15 degrés

centigrades; de 200 mètres jusqu'aux abîmes de 3 kilomètres, les

observations donnent le même résultat. M. Carpenter croit seulement

pouvoir affirmer que, dans le voisinage des régions volcaniques, l'eau

du fond est plus chaude de quelques dixièmes de degré que dans les

autres parties du réservoir méditerranéen: il faudrait peut-être

rattacher ce fait au travail de la fusion des laves qui s'opère

au-dessous du lit marin.

[Note 4:

Salinité de l'Atlantique 36 millièmes.

» moyenne de la Méditerranée 38 »

» moyenne de la mer Noire 16 »

]

Nouvelle géographie universelle (1/19) I L'Europe meridionale (Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal) · 第 21 / 153 题