Je me tournai vers mon jardinier: «Rentrez bien vite, maintenant, et
réchauffez-moi cet enfant-là tout de suite.» Et je lui donnai quelques
conseils pour éviter, s'il en était temps encore, une fluxion de
poitrine.
L'homme promit d'exécuter mes recommandations, et il s'en alla avec sa
belle-soeur et la garde. Je suivis le prêtre dans la sacristie.
Quand j'eus signé, il me réclama cinq francs pour les frais.
Ayant donné dix francs au père, je refusai de payer de nouveau. Le curé
menaça de déchirer la feuille et d'annuler la cérémonie. Je le menaçai à
mon tour du Procureur de la République.
La querelle fut longue, je finis par payer.
A peine rentré chez moi, je voulus savoir si rien de fâcheux n'était
survenu. Je courus chez Kérandec, mais le père, la belle-soeur et la
garde n'étaient pas encore revenus.
L'accouchée, restée toute seule, grelottait de froid dans son lit, et
elle avait faim, n'ayant rien mangé depuis la veille.
--Où diable sont-ils partis? demandai-je. Elle répondit sans s'étonner,
sans s'irriter: «Ils auront été bé pour fêter.» C'était l'usage. Alors,
je pensai à mes dix francs qui devaient payer l'église et qui payeraient
l'alcool, sans doute.
J'envoyai du bouillon à la mère et j'ordonnai qu'on fît bon feu dans sa
cheminée. J'étais anxieux et furieux, me promettant bien de chasser ces
brutes et me demandant avec terreur ce qu'allait devenir le misérable
mioche.
A six heures du soir, ils n'étaient pas revenus.
J'ordonnai à mon domestique de les attendre, et je me couchai.
Je m'endormis bientôt, car je dors comme un vrai matelot.
Je fus réveillé, dès l'aube, par mon serviteur qui m'apportait l'eau
chaude pour ma barbe.