Hokousaï publie en 1819, avec la collaboration de ses élèves d'Osaka,
Senkwkoutei, Hokouyô, Sekkwatei Hokoujoû, Shungôtei, Hokkei (un autre
que le Hokkei connu), publie _Hokousaï Gwashiki_, MÉTHODE DE DESSIN PAR
HOKOUSAÏ, un volume aux dessins en noir teintés d'une coloration rose et
bleuâtre.
À côté du gros et gras Yébis ou pêchant à la ligne, c'est une assemblée
de Rakans, de prêtres bouddhiques, dont l'un fait sortir de sa coupe
une vapeur qui se change en un gigantesque dragon; c'est le malheureux
prince Ohtô en sa noire prison, dans une anfractuosité de rocher; c'est
l'hallucination de Yorimitso devant cette gigantesque araignée dont
la toile ferme la sortie d'une pièce; c'est la lutte corps à corps de
Kawazou-no-Sabouro et de Matano-no-Gorô, ces deux formidables guerriers du
XIIe siècle, c'est Bishamon tuant un diable. Et ce sont des pêcheurs de
crabes, des laveurs d'ignames, des bûcherons, des portefaix, des humains,
si vivants, si parlants, si gesticulants, qu'il y a chez eux comme une
ivresse de la vie et une joie gaudriolante, non seulement des physionomies
aux bouches fendues en tirelire, mais encore des torses, des bras, de
toute la musculature qui semble remuée, agitée, secouée par un rire
comique[17].
[Note 17: En 1849, a paru un recueil en trois volumes de _Hokousaï
Gwashiki_, avec les planches réduites et teintées grossièrement
de rose et de bleu: chaque volume précédé d'un prêtre du culte Kami.]
Et de cette mimique du dessin, parfois un peu caricaturale mais qui n'est
pas absolument particulière à Hokousaï, mais presque générale chez tous
les peintres japonais, il est une explication. Le Japon est le pays où
le masque d'Okamé, la déesse de la grosse joie, figure dans le vestibule
de toutes les habitations: où le proverbe: «Le sourire est la source du
bonheur et de la fortune» est à l'état d'axiome; où l'on n'entend jamais
pleurer un enfant; où la femme est la seule femme de l'Orient qui ait une
nature rieuse; où la bataille de la vie n'est pas âpre; où, dans ce pays
de gais paysages et de ciel bleu, la mélancolie ne semble pas exister;
enfin où les atteintes prolongées de chagrins chez les peuples
septentrionaux ne sont que momentanées.