En 1818 Hokousaï illustre _Hokousaï Gwakiô_, LE MIROIR DES DESSINS
D'HOKOUSAÏ ou _Dénshin Gwakiô_, MIROIR DES DESSINS QUI VIENNENT DE
L'ÂME.
Ce livre qui contient cinquante pages de dessins est avec le _Shashin
gwafou_ l'album où Katsoushika Hokousaï se montre le plus magistral, le
plus en possession de tout son talent.
La préface dit: «Les anciens ont dit que pour faire un grand peintre, il
fallait trois conditions:
L'élévation de l'esprit;
La liberté du pinceau (l'exécution);
La conception des choses.
Et généralement il est difficile de trouver un artiste qui possède une
de ces conditions. Eh! bien, il y a un homme de Yédo, appelé Hokousaï,
adonné depuis de longues années à la peinture, et qui remplit ces trois
conditions.»
Et la préface n'exagère pas.
D'abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, représentant des
_oni_, des mauvais génies:--un encadrement qui a l'air de la première page
d'un de nos beaux livres du XVIe siècle.
Alors une série d'images du plus puissant dessin anatomique, où tous les
muscles sont indiqués dans la chair comme par une calligraphie savante où
se voit, dans le carré de leur forme, le rondissement des mollets, où dans
les pieds, dans les mains, transperce l'ossature du squelette: du nu qui
a quelque chose d'un Mantegna animé par une fièvre de la vie. Et défilent,
sous vos yeux, ces anatomies bossuées et ressautantes de Bénkéi, le
représentant de la force, montant une cloche au haut de la montagne
Ishiyama; tuant à coups de hache un ours; de Momotaro écrasant sous lui
un diable; de ces deux aveugles se battant à coups de bâton, etc., etc.
Et le mouvement et la trépidation des muscles chez Hokousaï s'étend aux
vêtements, ainsi que dans cette aérienne apparition d'un Darma au haut
d'un rouleau de papier et chez lequel, de la courbe de son corps sous sa
tête rejetée en arrière, sous ses pieds en retraite, l'envolée derrière
lui de sa robe ressemble à des lanières de fouet.
Et à côté de ces représentations de la force, en sa tourmente musculaire,
les jolies images de la grâce des enfants, de la gentillesse éveillée de
ces petits Japonais aux figures rondelettes, aux trois houppes de cheveux
sur le front et les tempes. Il y a une charmante planche d'enfants faisant
de la musique, une autre délicieuse planche d'enfants jouant à une espèce
de jeu de dames; mais la planche qui est tout à fait un chef-d'oeuvre
est la réunion de quatre gamins japonais faisant du trapèze après les
traverses d'une barrière et dont l'un, la tête en bas, a son petit
derrière à l'air: un dessin qui est le vrai dessin de la grâce gymnastique.
Une autre composition intéressante est un gras Hôteï renversé sur le dos
et riant aux larmes, et qui fait danser au haut de ses pieds levés, ainsi
que dans la _Gimblette_ de Fragonard, un petit Japonais. Au milieu de ces
dessins de l'humanité petite ou grande, des croquis d'animaux, comme ces
deux grues penchées sur l'eau, comme ce groupe d'une poule et d'un coq,
où le croquis n'a jamais été plus loin, par cette connaissance qu'a
maintenant Hokousaï de ce qu'on doit mettre et de ce qu'on doit omettre
dans un dessin, pour que ce dessin ait tout son effet. Et encore des
planches de poissons de toutes les formes, au milieu desquels un cuisinier
est renversé, cul sur tête, par la décharge d'un poisson électrique.
Et la grandeur et la puissance du dessin du maître, conservées dans des
riens, comme une tige d'iris.