Parmi tous les romans illustrés par Hokousaï de 1805 à 1808,
l'illustration du RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD eut un immense succès, succès
dont se montra jaloux le romancier, et un refroidissement se fit entre
Bakin et Hokousaï et, avec ce refroidissement, la volonté chez chacun
d'eux de ne plus travailler ensemble. Toutefois les éditeurs furent si
habiles à ménager les amours-propres des deux hommes qu'ils obtinrent
d'eux de collaborer encore pour la fin de l'ouvrage qui parut en 1811.
Mais quand les dessins furent terminés et communiqués à Bakin, il trouva
que les dessins ne correspondaient pas avec le texte, demanda qu'ils
fussent modifiés, et Hokousaï, auquel on fit part de cette prétention de
l'écrivain, répondit que c'était le texte qui avait besoin d'être modifié.
Et les éditeurs ayant fait graver le texte et les dessins tels qu'ils leur
avaient été livrés, une brouille éclata entre les deux hommes.
Du jour de ce dissentiment entre Hokousaï et Bakin, il entra dans la
pensée du peintre de publier des dessins se passant du texte d'un
littérateur, et d'une vente égale à un volume où avait associé à son nom
le nom de Bakin.
C'est dans cette disposition d'esprit qu'à quelques années de là, prit
naissance la MANGWA, dans des circonstances jusqu'ici tout à fait
inconnues, et que nous révèle la préface de Hanshû en tête du premier
volume, et que j'ai eu l'idée de faire traduire par Hayashi: «Hokousaï,
le peintre d'un talent si extraordinaire, dit Hanshû, après avoir voyagé
dans l'Ouest, s'est arrêté dans notre ville (à Nagoya), et là il a fait
connaissance avec notre ami Bokousén, s'est amusé à s'entretenir du
dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessiné plus de trois cents
compositions. Or, nous avons voulu que ces leçons profitassent à tous ceux
qui apprennent le dessin et il a été décidé d'imprimer ces dessins en
un volume, et quand nous avons demandé à Hokousaï quel titre il fallait
donner au volume, il a dit tout simplement: _Mangwa_, que nous avons
couronné de son nom,