fonctionnaires, et, parmi ces ministres, un nombre remarquable qui,
tombant au pouvoir, comme tombent les pluies de crapauds,--ont fait,
font et feront comme les grenouilles dont parle Publius Syrus:
_Du trône, elles ressautent dans le bourbier._
Beaucoup n'existaient pas avant d'être ministres,--et n'existent plus
après.--Je n'irai pas aussi loin, au moins quant à la forme, que ce
vieux courtisan qui disait: «Je déclare à l'avance que je suis l'ami
et un peu le parent de tout homme qui arrive au pouvoir, décidé que je
suis, au besoin, à tenir le pot de chambre au ministre tant qu'il est
ministre, mais aussi prêt à le lui verser sur la tête aussitôt qu'il
est tombé du pouvoir.»
C'est d'abord parmi les ministres qui vont disparaître que vous
pourrez, en les effaçant proprement, trouver des places pour réparer
les oublis involontaires que, j'en suis certain, vous regrettez
amèrement;--et ainsi, en profitant de ces vacances et de quelques
autres dont je ne parle pas,--vous complèterez votre oeuvre, et vous
la rendrez digne de survivre à jamais à la circonstance qui vous l'a
fait évoquer.
Cela dit,--je vous renouvelle, Messieurs, et mes félicitations, et mes
remerciements, et vous adresse un salut cordial.
Autre chose.
Il s'est installé à Paris, depuis quelque temps, une entreprise qui
peut et doit être très agréable et utile à beaucoup de gens.
Écrivains, artistes, hommes et femmes du monde, hommes d'affaires,
etc., etc.,--l'abonné reçoit, par l'entremise du journal, tout ce
qu'on peut dire de lui dans tous les journaux du monde entier.
Le directeur, avec un désintéressement complet, et dans un but de
simple bienveillance, m'a adressé quelques-uns de ses numéros où il
était question de moi.
J'ai dû le remercier et lui écrire:
«Monsieur, je suis très reconnaissant de l'envoi que vous voulez bien
me faire de quelques extraits de journaux qui, par hasard, parlent de
moi--et, avec mes remerciements, je viens vous prier de ne plus
continuer cette gracieuseté.
»Depuis... presque toujours, je vis loin de tous et de tout, je ne
suis rien dans rien et de rien, je ne pense pas au public qui, de son
côté, ne pense pas à moi.
»Ce n'est pas pour lui que j'écris depuis plus d'un demi-siècle, c'est
pour un auditoire restreint mais fidèle, un petit auditoire d'amis
connus et inconnus que je me suis acquis dans ma longue
carrière;--tel de mes livres a été écrit pour une seule personne--que
parfois même je ne connais pas, qui ne me connaît pas et qui ne me
connaîtra jamais, comme je ne la connaîtrai pas;--parfois ce livre
s'adresse à une femme que, en passant, j'ai vue à sa fenêtre, qui ne
m'a pas vu, ne me verra jamais, et que je ne reverrai pas davantage.
»D'autre part, je suis convaincu que l'homme dont on dit le plus de
bien aurait grand avantage à ce qu'on ne parlât jamais de lui.
»Vous avez, jusqu'ici, eu la bonté de m'adresser quelques extraits de
feuilles bienveillantes ou endoctrinées par mon éditeur Calmann
Lévy.--Je ne cache pas que j'ai humé ces quelques grains d'encens;
mais, après les éloges, viendraient les critiques, sans doute même les
mauvais compliments--j'ai pensé que c'était le moment de vous
arrêter.--J'ai bu le breuvage agréable, je crains la lie,--et je ne
vide pas le verre.
»D'ailleurs, les éloges même les plus flatteurs ne satisfont que
rarement celui qui les reçoit: il lui semble que ce n'est que
justice--et il y manque toujours quelque chose;--on ne serait donc
tout à fait loué à son goût que par soi-même.--Les critiques, au
contraire, semblent facilement injustes, malveillantes,
hostiles.--Fontenelle montrait un jour à ses amis une grand malle
fermée. «Dans cette malle, dit-il, j'ai mis tout ce qu'on a écrit
contre moi--et je ne l'ai jamais lu;--peut-être dans le nombre se
trouve-t-il des louanges, mais je payerais trop cher celles-ci en
lisant les autres.» J'ajoute: à moins qu'on ne dise de moi que je suis
un voleur, un lâche ou un menteur, je m'inquiète peu du reste, et,
quant à mes assertions, j'attendrais, pour m'en occuper, qu'on vînt me
les dire, parlant à ma personne; ce qu'on n'a pas fait jusqu'ici, et
ce que je ne conseillerais de faire à personne.
»Agréez, avec mes remerciements, mes cordiales civilités--et une
poignée de main encore assez solide de pêcheur et de jardinier.»
TABLE
Pages
LA MAISON DE L'OGRE 1
A ERNEST LEGOUVÉ 46
KLMPRSK 72
LOGOGRIPHE 91
CONFÉRENCE SUR LE BONHEUR 139
LA STATUE DE JEAN JACQUES ROUSSEAU 163
ÉLOGE DE LA MORT 198
AFFAIRE BOULANGER 225
PRIX DE BEAUTÉ 250
UNE FEMME DANS UN SALON 276
UNE PROPHÉTIE 301
PANORAMA DU SIÈCLE 330
Tours, imp. E. Mazereau.