PAR T. DE WYZEWA.

J’ai conservé un souvenir très présent de l’impression que nous a

produite, — à moi-même et à un bon nombre d’autres hommes de lettres de

ma génération, — la première lecture de ce _Disciple_ de M. Bourget, il

y aura vingt et un ans le prochain été. C’était par-dessus tout, une

impression de surprise, à tel point que nous en oubliions presque

d’admirer, comme il convenait, l’éminente valeur littéraire de l’œuvre,

la forte et savante simplicité de l’intrigue, le relief des figures et

leur profonde vérité humaine, la beauté poétique de tels paysages

d’Auvergne qui demeurent aujourd’hui encore, je crois bien, ce que M.

Bourget nous a donné en ce genre à la fois de plus personnel et de plus

parfait : toutes qualités que j’avoue humblement n’avoir découvertes,

pour ma part, qu’en relisant le _Disciple_ quelques années après. Mais

c’est qu’en vérité toute notre attention, à la date déjà lointaine de ce

milieu de l’année 1889, s’était trouvée aussitôt concentrée sur deux

choses également imprévues et singulières, dont avec nos idées et nos

sentiments d’alors nous ne pouvions manquer d’être stupéfaits : sur la

nature même de la thèse morale expressément soutenue par le romancier,

et, en second lieu, sur le fait qu’une thèse de ce genre nous fût

présentée par le jeune écrivain dont le nom se lisait en tête du livre.

M. Paul Bourget était devenu, depuis longtemps déjà, l’un de nos maîtres

les plus écoutés et les plus aimés : depuis la première apparition, dans

la _Nouvelle Revue_, de ces mémorables _Essais de Psychologie

contemporaine_, où, à l’expression merveilleusement délicate et nuancée

de notre commune façon de juger l’œuvre et le génie d’un Stendhal ou

d’un Baudelaire se joignait encore, pour nous séduire, l’attrait plus

intime d’une philosophie toute désenchantée et mélancolique, appropriant

aux exigences secrètes de nos jeunes cœurs le « pessimisme » un peu gros

de Schopenhauer et de son école. Sans compter que la même doctrine nous

avait été offerte aussi par M. Bourget en des recueils de vers d’une

fantaisie et d’une grâce exquises, sous l’élégante douceur musicale de

leur forme. _La Vie Inquiète_, les _Aveux_, _Edel_, le souvenir de ces

chants de tristesse ou de rêverie nous avait habitués à reconnaître,

jusque dans les études critiques de leur auteur, l’écho frémissant d’une

âme de poète, — et rien d’autre ne pouvait alors constituer, pour un

écrivain, un titre plus précieux et plus sûr à notre sympathie : car

avec tous ses défauts, chèrement payés par la suite, notre génération

pouvait du moins se glorifier d’avoir grandi dans le culte respectueux

et passionné de la poésie, se refusant toujours à tenir celle-ci pour un

simple genre littéraire égal en espèce comme en portée esthétique à la

prose même la plus émouvante ou la plus « artiste ».

Et ainsi notre affection, dès le premier jour, avait été acquise aux

romans et nouvelles de M. Bourget. Par-dessous — un ensemble de

procédés narratifs et pittoresques qui tout de suite nous avaient révélé

un héritier authentique de l’art vénéré de notre grand Balzac, ces beaux

récits ne nous ravissaient pas seulement par la discrète et profonde

pénétration de leur analyse psychologique : depuis _Cruelle Enigme_ et

_Un Crime d’Amour_ jusqu’à l’admirable _Mensonges_, chacun d’eux nous

parlait une langue qui aurait suffi à nous empêcher de le confondre avec

les meilleurs produits de cette école « naturaliste » que nous voyions,

à ce moment, achever parmi nous sa brève floraison, en attendant que

bientôt un souffle de mort l’anéantit toute entière presque d’un même

coup. A la différence d’un Zola ou d’un Maupassant, le romancier de

_Mensonges_ était pour nous un poète résigné à traduire en prose une

pensée et des rêves qui, sous leur déguisement, n’en restaient pas moins

plus proches de nous que les fortes visions, trop rudement étalées, de

ces prosateurs. Nous lui savions gré de choisir à dessein ses sujets et

ses personnages dans les milieux sociaux plus raffinés, et d’insister

plus volontiers sur les mouvements intérieurs des âmes, et puis surtout

de relever l’intérêt « esthétique » des touchantes tragédies mondaines

qu’il évoquait devant nous en les imprégnant, à leur tour, d’un léger et

subtil parfum de pessimisme qui, de page en page, excellait à les

dépouiller de ce qu’une reconstitution trop réaliste de la vie avait

immanquablement pour nous de banal, de grossier, et d’antipathique.

Mais aussi, en échange de la tendre et fidèle admiration littéraire

qu’avait trouvée chez nous M. Paul Bourget, entendions-nous qu’il

partageât toutes les opinions qui nous étaient chères, et au premier

rang desquelles figurait une foi absolue dans la supériorité de l’œuvre

d’art sur le reste des choses. La doctrine de ce que nos devanciers

avaient appelé « l’art pour l’art » avait eu beau changer de nom, au

cours des années : elle continuait à nous apparaître comme la première,

l’unique vérité. Sans aller peut-être jusqu’à approuver les joyeux

paradoxes d’immoralité que quelques-uns d’entre nous s’amusaient, dès ce

temps, à développer sur la scène ou dans le roman, — préludant par là

au triomphe prochain de la littérature « rosse », — nous ne souffrions

pas que l’artiste, et en particulier l’homme de lettres, eût jamais à se

préoccuper de la portée morale de son œuvre ni de ses conséquences dans

la vie pratique. Cette vie pratique, d’ailleurs, nous inspirait

unanimement le plus parfait mépris. Nous l’entrevoyions si bas

au-dessous de notre horizon accoutumé que l’idée ne nous serait même pas

venue d’une Influence possible de la « pensée » sur elle : sauf à

considérer une telle influence, si d’aventure quelque preuve certaine

nous l’avait révélée, comme un simple accident dénué d’importance, et

tout à fait indigne de nous émouvoir. Nous estimions que le seul devoir

du philosophe et du poète, de l’auteur dramatique et du romancier, était

de tâcher à exprimer pleinement ses idées, ses sentiments, les résultats

de son observation ou de sa fantaisie, sans se troubler des vaines et

stupides alarmes de l’aveugle troupeau des « moralistes » de toute

provenance et de tout habit. Ignorant encore, ou du moins ne connaissant

que d’une manière assez vague, le défi lancé par l’infortuné Nietzsche à

l’antique distinction du bien et du mal, déjà nous étions prêts à lui

faire l’accueil qu’avaient reçu de nous, avant lui, les théories

« amorales » de Taine et de Renan ou cette captivante doctrine du

« culte du moi » qui venait alors de nous être prêchée par M. Barrès

avec un mélange délicieux de passion poétique et de détachement. Tout

cela nous plaisait surtout parce que nous y découvrions autant de hardis

et heureux efforts à élargir l’abime creusé depuis longtemps déjà entre

la libre vie de l’esprit, telle que nous nous enorgueillissions d’être

admis à la vivre, et les médiocres « contingences » de la vie réelle. Et

bien que M. Bourget, ainsi qu’il seyait à un poète, se fût contenté

jusque-là d’assister en témoin à ces tentatives, tout en les éclairant

pour nous de la fine et pénétrante lumière de son analyse, chacun de

nous avait l’impression que l’auteur des audacieuses études sur

_Flaubert_, _Renan_ et _Leconte de Liste_, l’ironiste désabusé de la

_Physiologie de l’Amour moderne_, s’accordait avec nous dans cette fière

indifférence à l’égard d’une réalité bassement « bourgeoise », bonne

tout au plus à inquiéter l’âme prosaïque d’un Sarcey, ou encore à

devenir une arme de combat, contre une école littéraire trop bruyamment

fêtée, entre les mains hargneuses d’un « pion » de génie tel que

Brunetière!

Or, voici que dans l’été de 1889, précisément au lendemain de sa

piquante _Physiologie de l’Amour moderne_, M. Bourget nous donnait un

roman qui, sans l’ombre de réserve, se mettait au service d’une doctrine

« morale », et proclamait ouvertement l’étroite liaison intime de la vie

de l’esprit et de la vie réelle, un roman où le philosophe, l’artiste,

étaient solennellement accusés d’exercer une action pernicieuse sur de

jeunes cerveaux, un roman où ces êtres que nous supposions d’une race

surnaturelle étaient solennellement déclarés responsables de toute

mauvaise action commise, — à leur insu, parmi l’obscure foule anonyme

s’agitant à leurs pieds, sous l’inspiration de l’une de leurs idées ou

de l’un de leurs rêves! Dans un récit d’une vérité et d’une puissance

tragique singulières, laissant bien loin dernière soi tous les _Essais

de Psychologie_ et toutes les Cruelles Enigmes, voici que le poète

d’_Edel_ attaquait de front l’unique opinion qui nous tînt au cœur :

notre vaniteuse conscience d’habiter un monde distinct de celui du

« bourgeois », et supérieur à lui. Impossible d’imaginer notre surprise,

ni tout ce que nous y avons mêlé d’irritation sourde, sous l’apparent

dédain avec lequel nous affections de railler cet étrange caprice

passager du charmant et sceptique analyste des passions mondaines. M.

Bourget se fût-il même avisé de nous offrir, au lieu de ce malencontreux

_Disciple_, une grosse farce « naturaliste » du genre te _Pot-bouille_

ou de l’immortel _A Vau-l’eau_, combien le plus « délicat » d’entre nous

aurait eu moins de peine à lui pardonner!

Le fait est que, se produisant à cette date, — qui était aussi, sauf

erreur, celle de l’_Homme Libre_ de M. Barrès et de la _Thais_ de M.

Anatole France, celle des premières études françaises sur la personne et

l’œuvre du créateur de _Zarathoustra_, — le magnifique roman qu’on va

lire a été un phénomène infiniment imprévu et curieux de notre histoire

littéraire. Nous étions si loin de la thèse qu’il affirmait, si mal

préparés à l’entendre, — et à l’entendre de l’élégante voix de poète et

d’artiste qui nous la criait, — que je crois bien que nous n’en avons

pas aperçu tout de suite l’éminente portée; et peut-être n’y a-t-il pas

jusqu’à l’auteur du _Disciple_ qui, d’abord, ne se soit trouvé hors

d’état de l’apercevoir, ou tout au moins de deviner combien peu de temps

s’écoulerait avant que, sous l’influence d’un travail secret, issu en

partie de ce roman même, une révolution profonde s’accomplît aussi bien

dans ses propres croyances esthétiques et philosophiques que dans celles

de l’immense majorité des lecteurs français?

Car assurément l’on ne trouverait plus aujourd’hui ce que nous y avons

mêlé d’irritation sourde, sous l’apparent dédain avec lequel nous

affections de railler cet étrange caprice passager du charmant et

sceptique analyste des passions mondaines. M. Bourget se fût-il même

avisé de nous offrir, au lieu de ce malencontreux Disciple, une grosse

farce « naturaliste » du genre de Pot-bouille ou de l’immortel A

Vau-l’eau, combien le plus « délicat » d’entre nous aurait eu moins de

peine à lui pardonner!

Le fait est que, se produisant à cette date, — qui était aussi, sauf

erreur, celle de l’Homme Libre de M. Barrés et de la Thais de M. Anatole

France, celle des premières études françaises sur la personne et l’œuvre

du créateur de Zarathoustra, — le magnifique roman qu’on va lire a été

un phénomène infiniment imprévu et curieux de notre histoire littéraire.

Nous étions si loin de la thèse qu’il affirmait, si mal préparés à

l’entendre, — et à l’entendre de l’élégante voix de poète et d’artiste

qui nous la criait, — que je crois bien que nous n’en avons pas aperçu

tout de suite l’éminente portée; et peut-être n’y a-t-il pas jusqu’à

l’auteur du Disciple qui, d’abord, ne se soit trouvé hors d’état de

l’apercevoir, ou tout au moins de deviner combien peu de temps

s’écoulerait avant que, sous l’influence d’un travail secret, issu en

partie de ce roman même, une révolution profonde s’accomplît aussi bien

dans ses propres croyances esthétiques et philosophiques que dans celles

de l’immense majorité des lecteurs français?

Car assurément l’on ne trouverait plus aujourd’hui personne de chez nous

qui, de gré ou de force, n’en fût venu à tenir pour vraie la thèse du

_Disciple_. Je lisais dans les journaux, l’autre jour encore, qu’un

groupe de collégiens d’une sous-préfecture s’étaient constitués en

authentique association de voleurs et d’escrocs, sous le nom très

inattendu de : « la bande des Nick Carter ». Ce « Nick Carter » est un

détective américain dont les vertueux exploits sont racontés aux quatre

coins du monde, chaque semaine, en des livraisons populaires d’une

langue pitoyable et d’une illustration tout à fait hideuse; et sans

doute les collégiens susdits ne semblaient guère avoir compris la

signification réelle d’histoires où le personnage qu’ils s’étaient

choisi pour patron ne se fatigue pas d’envoyer au bagne les

représentants de la profession qu’ils avaient, eux-mêmes, vaillamment

adoptée : mais, après cela, rien ne nous prouve que le jeune Robert

Greslou, lui aussi, n’ait pas échoué à saisir exactement toutes les

nuances de l’abstruse doctrine philosophique qui l’a conduit à vouloir

« instituer » une « expérience » criminelle sur ses aptitudes de

conquête amoureuse. Ou bien, si l’on préfère un exemple d’ordre plus

relevé, je rappellerai l’aventure, également toute fraîche, d’un ouvrier

saxon de Leipzig qui, après s’être nourri d’une publication intitulée

les _Annales de Psychologie_, s’est tout à coup rendu compte de

l’impossibilité, pour lui, de « satisfaire pleinement les aspirations

naturelles et légitimes de son être » au moyen de son humble salaire, et

s’en est allé acheter un marteau, s’est adressé à soi-même un semblant

de lettre chargée, et a assommé un malheureux facteur au moment où

celui-ci pénétrait dans sa chambre. Voilà deux « cas » récents que le

hasard me jette sous la main : mais combien d’autres preuves plus

saisissantes chacun de nous trouverait à citer, tirées de son

observation personnelle ou de la lecture des journaux de la veille, en

faveur de la théorie contre laquelle se révoltaient jadis, à la suite de

l’austère Adrien Sixte, la plupart des hommes de lettres et savants,

philosophes et artistes de ma génération? Est-ce-que nous ne sentons pas

que toute notre conception présente de nos devoirs comme de nos droits

s’est principalement formée en nous sous l’empire de nos émotions

esthétiques ou intellectuelles, et que l’action de celles-ci sur nous a

été d’autant plus intense qu’elles nous sont apparues entourées de plus

de beauté, — avivées par l’exquise musique d’une strophe de Verlaine ou

de Baudelaire, enflammées par l’élan fiévreux de la pensée et du rythme

dans un chapitre de Nietzsche, illuminées de l’inoubliable sourire que

nous voyions flotter doucement autour des lèvres amères de l’auteur de

l’_Antechrist_ et de _l’Abbesse de Jouarre_? Et qui donc s’attendrait

encore, désormais, à mettre en doute l’énorme part qui revient au roman,

au théâtre, à toute notre littérature de ce dernier demi-siècle, dans la

brusque déchéance des vénérables notions séculaires de l’honneur et de

la dignité individuelle, dans la rupture à peu près totale des antiques

liens familiaux, pour ne rien dire de la diffusion universelle de cette

incrédulité quasi-animale qui, enlevant aux âmes la foi religieuse sans

lui substituer aucune autre croyance, les vide en même temps de toute

chaleur comme de tout espoir? Ah! l’aveugle et stupide troupeau que nous

étions, lorsqu’il y a vingt ans nous applaudissions aux faciles

« rosseries » du Théâtre-Libre, lorsque nous nous divertissions des

audaces « super-humaines » de nos maîtres d’alors, sans songer que

bientôt des fils nous naîtraient qui puiseraient dans ces amusants

paradoxes, respirés dès l’enfance, des germes pernicieux d’abrutissement

et de dépravation!

Du moins nos yeux ont-ils fini par s’ouvrir, devant une évidence tous

les jours plus frappante. Ce qui naguère nous indignait comme un

attentat sacrilège à la souveraineté éternelle de la pensée et de l’art,

nous nous accordons tous aujourd’hui à le proclamer, et peu s’en faut

que nous ne nous figurions même l’avoir admis de tout temps. Mais non :

c’est au _Disciple_ de M. Bourget qu’appartient le mérite de nous

l’avoir enseigné, avec une autorité morale et un noble courage et un

attrait merveilleux d’évocation dramatique qui suffiraient à lui valoir

une place de choix, au premier rang des œuvres véritablement vivantes et

belles de notre littérature contemporaine. Et peut-être, ainsi que je

disais tout à l’heure, l’auteur lui-même de ce livre admirable ne

s’est-il pas, tout d’abord, rendu compte de la gravité exceptionnelle de

la doctrine qu’il nous apportait? Profondément ému du spectacle de

certaines tragédies récentes, et sans doute un peu troublé, aussi, par

la témérité inattendue de certaines idées qui commençaient alors à

s’énoncer autour de lui avec l’irrésistible séduction d’une éloquence à

la fols infiniment spirituelle et pathétique, peut-être n’a-t-il obéi,

en effet, qu’à une impulsion passagère, après quoi il lui aura semblé

que rien ne l’empêchait de reprendre l’attachante série de ses propres

expériences d’analyse psychologique, unies à la peinture de ces milieux

parisiens que personne, de nos jours, n’a su mieux comprendre et décrire

que lui? Mais inconsciemment son _Disciple_ survivait et agissait en

lui, pendant les années qui avaient suivi sa publication; et un moment

est venu où, — tout de même que nos yeux en partie grâce à lui, — ses

yeux se sont décidément ouverts à l’importance du rôle que lui

imposaient son talent et sa renommée. Tout de même qu’autrefois

l’aventure symbolique de Robert Greslou avait succédé, dans son œuvre, à

_Un Crime d’Amour_ et à _Cruelle Enigme_, de nouveau nous l’avons vu

s’interrompre dans la création de romans purement « littéraires », une

_Cosmopolis_ ou une _Duchesse bleue_, pour aborder les problèmes les

plus brûlants de l’heure présente, et non plus en simple spectateur mais

en philosophe et en moraliste, s’efforçant d’opposer aux doctrines

funestes des continuateurs d’Adrien Sixte la seule doctrine religieuse

et sociale qui lui parût capable de sauver son pays. La haute valeur de

ces romans de sa dernière « manière », la grandeur de leur inspiration

et l’heureux contre-coup de celle-ci jusque sur la qualité, toute

professionnelle, du relief des caractères et de l’ardente et harmonieuse

élégance du style, je n’ai pas à les louer ici, et chacun, d’ailleurs,

les connaît assez : mais il n’y a pas une de ces précieuses vertus de

l’_Étape_, de _l’Émigré_, ni de la _Barricade_ qui ne résultent

expressément d’une révolution commencée dans l’âme de M. Bourget voilà

vingt et un ans, lorsqu’un concours providentiel de hasards lui a

suggéré le caprice d’entremêler à ses subtiles explorations du cœur

féminin le simple récit de l’expérience instituée dans un château de

l’Auvergne, au prix de l’honneur et de la vie d’une jeune fille, par

l’élève docile de l’austère et vénérable Adrien Sixte.

Le disciple · 第 3 / 12 题