IX

Les mouvements de vivacité reprochés à l’Empereur ne dépassent

certainement pas la moyenne des inégalités d’humeur qu’on a le devoir,

en bonne justice, d’excuser chez un homme en proie à toutes les

préoccupations accablantes qui pesaient sur le cerveau de Napoléon. A

l’intérieur, établir un ordre social nouveau sur les ruines d’une

administration vieille de dix siècles; à l’extérieur, écraser des

coalitions sans cesse renaissantes, être contraint à cet effet de

bouleverser les royaumes, de disloquer les peuples, et, comme

conséquence, assurer et organiser la prépondérance de son pays sur

l’Europe entière: tels étaient les plans qu’il avait conçus et qu’il

exécutait à travers des résistances, des défaillances et des difficultés

qui eussent justifié, à la rigueur, un état permanent de défiance et

d’irritation.

Si l’on considère enfin qu’il ne se contentait pas, dans ces projets, de

la partie méditative, mais qu’il était le premier artisan de leur

réalisation, on aura bien quelques raisons d’admettre qu’il n’avait

peut-être pas toujours l’esprit assez libre pour amortir l’effet de son

impatience, ni pour rechercher les formes exquises d’une impeccable

urbanité.

Cependant, parmi les gens qui se sont plaints de ne pas avoir trouvé

l’Empereur assez onctueux, à de certains moments, combien, à sa place,

condamnés comme lui à cette tension extrême du cerveau, auraient pu

montrer autant de calme, autant de retenue?

Combien, mis à un rang où l’on peut se croire tout permis, auraient,

comme lui, pesé les conséquences de leurs paroles, au point de ne pas

oser faire un reproche mérité?

C’est ainsi qu’au lieu de prendre son monde à la gorge, nous allons voir

Napoléon éprouver, par un sentiment bien humain, un certain embarras

quand il a des observations délicates à formuler. Voulant éviter dans

ces circonstances l’effet trop blessant des paroles directes du

souverain, c’est un tiers qu’il charge de transmettre les avertissements

pénibles.

Un jour, il écrit au prince Eugène: «Dites confidentiellement à Marmont

que les affaires de comptabilité sont revues ici avec la plus grande

rigueur; que tout désordre pourrait le perdre, lui et ses amis... qu’il

a une réputation d’intégrité à conserver...» Quand, en 1807, Fouché,

voulant activer le divorce impérial, se livrait à des manœuvres qui

déplaisaient à l’Empereur, celui-ci s’adressa à Maret et lui dit: «J’ai

écrit fortement là-dessus au ministre de la police... Il ne serait pas

hors de propos que, sans paraître en avoir mission de moi, vous lui en

parliez... Je lui ai témoigné mon sentiment là-dessus à Fontainebleau et

dans une lettre que je lui ai écrite depuis. Il me semble que de

pareilles choses ne doivent pas se dire deux fois...»

Avant de prendre lui-même Lebrun à partie, comme nous l’avons vu,

n’avait-il pas déjà écrit à Cambacérès l’année précédente:

«... M. Lebrun fait mettre dans les journaux de Gênes des lettres qui

sont assez ridicules... Cela est peu digne; faites-le-lui comprendre de

vous-même ou par M. de Marbois, comme l’ayant appris vaguement par

plusieurs personnes. Je désire qu’il ne se doute pas que cela puisse

venir de moi, ce qui lui ferait trop de peine...»

Quel contraste entre ce Napoléon sujet à des timidités dont il nous est

difficile à tous de nous affranchir, et le tigre écumant, toujours prêt

à bondir, griffes et crocs aiguisés, sur quiconque le gêne!

Bien que nous nous efforcions de prouver que l’Empereur était doué

d’autant d’humanité, au moins, que beaucoup de ses détracteurs, notre

intention serait trahie, si nous arrivions, par hasard, à le faire

passer pour un homme indécis, doucereux, veule, cauteleux, flattant tout

le monde parce qu’il avait besoin de tout le monde. Ce serait dénaturer

singulièrement la vérité, car la dominante de son caractère était, au

contraire, de n’avoir peur de personne, de se préoccuper fort peu de ce

qu’on penserait de sa manière d’agir, et de conformer celle-ci, autant

pour les éloges que pour les blâmes, aux nécessités des opérations

militaires ou gouvernementales.

Quand un intérêt supérieur est en jeu, si son affection ou sa

reconnaissance ne prennent pas le dessus, peu lui importent les

conséquences de sa franchise; ce qu’il a à dire, il le dit net et ferme,

sans périphrases, élevant la voix, s’époumonant pour prévenir que

désormais, suivant ses propres expressions, «il ne criera plus, il

punira enfin». Toutefois, ceux qui reçoivent ses reproches, ses

punitions, peuvent, s’ils le veulent, se vexer, renoncer aux fonctions

publiques, quitter la Cour, la France au besoin, l’Empereur n’en a cure.

Mais ils tablaient tous sur la bonté du souverain, et savaient, par des

exemples nombreux, que bientôt ils seraient l’objet de nouvelles

faveurs.

Au plus grand honneur de Napoléon, on va pouvoir constater que le

général d’Italie et d’Égypte qui aurait dû, pour servir son ambition,

chercher à rallier tous les concours par de bons procédés, fut plus

sévère, plus cassant peut-être, envers les généraux et les soldats, que

l’Empereur indépendant, maître absolu, ayant tout à donner, et rien à

demander. Nos contradicteurs sont les premiers à dire qu’en 1796, «ce

petit b... de général faisait peur à des gens comme Augereau, Masséna et

Decrès».

Voici comment il parlait aux généraux ou fonctionnaires importants,

quand il jugeait indispensable de les ramener à une meilleure

observation de leurs devoirs.

En 1797, au général Despinois, venu pour lui faire sa cour, Bonaparte

dit: «Général, votre commandement de la Lombardie m’avait bien fait

connaître votre peu de probité et votre amour pour l’argent, mais

j’ignorais que vous fussiez un lâche. Quittez l’armée et ne paraissez

plus devant moi.»

«Écrivez au général Gardanne, mande Napoléon à Berthier, qu’il m’est

venu beaucoup de plaintes sur les vexations qu’il exerce envers les

habitants du pays; qu’il ait à se comporter d’une manière digne de

l’armée et à ne faire entendre désormais aucune plainte.»

A l’amiral Truguet:

«Je ne puis qu’être mécontent de l’escadre qui est sous vos ordres... Ce

ne sont point des phrases et des promesses que j’ai le droit d’attendre

de vous, ce sont des faits.»

Junot, son ami de jeunesse, est repris à chaque bévue avec la même

rigueur:

«Je n’ai pu voir qu’avec la plus grande peine votre conduite. Vous avez

traité un préfet comme vous auriez pu faire d’un caporal de votre

garnison. Il y a là un défaut de tact et un oubli de vous-même qui me

paraît inconcevable. Ce que vous avez fait est sans exemple...» Une

autre fois au même général: «Je ne puis qu’être mécontent de ce que vous

n’obéissez pas à mes ordres... Je me flatte que désormais vous remplirez

plus exactement mes intentions et ne regarderez pas ce que je dis comme

des sornettes... Vous vous faites une étrange idée de vos devoirs et du

service militaire. Je ne vous reconnais plus.»

A l’amiral Decrès: «... Je ne vous demande une réponse que dans un mois;

mais pendant ce temps, recueillez des matériaux tels qu’il n’y ait pas

de _mais_, de _si_, de _car_...» Cet amiral, prolixe sans doute

d’habitude, s’attire, sept ans plus tard, un autre reproche tout aussi

vif: «Il ne s’agit pas de m’écrire, il s’agit de faire partir. Marchez

de l’avant, tout cela devrait être fait.»

D’ordinaire, dans l’infortune, on est moins hardi, on ménage les gens,

on cherche des appuis, on évite, quand la défection se met dans tous les

rangs, ce qui pourrait éloigner les derniers serviteurs fidèles.

L’Empereur ne connaît pas ces petitesses; il exprime sa pensée avec

autant, avec plus de liberté qu’à l’époque de sa toute-puissance.

En 1814, pendant la campagne de France, c’est au ministre de la police

qu’il écrit: «Dans ce moment, il nous faut des choses réelles et

sérieuses, et non pas de l’esprit en prose et en vers. Les cheveux me

dressent sur la tête des crimes commis par les ennemis, et la police ne

pense pas à recueillir un seul de ces faits. En vérité, je n’ai jamais

été plus mal servi.» C’est au même ministre que, cinq jours après, il

dit encore: «Pourquoi donc avez-vous la tête si dure? Pourquoi ne pas

vouloir me comprendre?» Au ministre de l’intérieur, Napoléon écrit: «Je

ne suis plus obéi. Vous avez tous plus d’esprit que moi, et sans cesse

on m’oppose de la résistance en m’objectant des _si_, des _mais_, des

_car_...»

Faut-il rappeler ici que l’Empereur, à tort ou à raison, sut mettre à

l’écart un de ses meilleurs généraux, Macdonald, que celui-ci resta six

ans en disgrâce, de 1801 à 1807; que le général Dupont fut, quoi que

l’on pût faire, traduit en conseil de guerre, pour avoir capitulé à

Baylen; que le maréchal Bernadotte, prince de l’Empire, fut, en 1810,

flétri par un ordre du jour impérial qui signalait son incurie doublée

d’une imposture, lors de la bataille de Wagram; qu’il fut révoqué de son

commandement? Faut-il rappeler les destitutions ou plutôt les disgrâces

momentanées de Lucien Bonaparte comme ministre de l’intérieur; de

Bourrienne, le secrétaire particulier; de Barbé-Marbois, le ministre du

Trésor public; de Fouché, le ministre de la police; de Talleyrand, le

ministre des affaires étrangères; le renvoi de Portalis, chassé

honteusement du Conseil d’État pour avoir méconnu les ordres du

souverain?

Si l’Empereur a joui parmi ses troupes d’une popularité incontestée, il

ne l’a certainement pas acquise en transigeant avec les lois de la

discipline. Il ne craignait pas de prendre publiquement des mesures qui

étaient plus propres à lui aliéner qu’à lui attirer les sympathies et

les dévouements des officiers et des soldats, car tous pouvaient se

sentir menacés de traitements équivalents à ceux que nous allons

raconter.

En Égypte, en 1798, des soldats ont volé dans un jardin des grappes de

dattes: «Ils seront promenés deux fois dans un jour dans le camp, la

garde assemblée, au milieu d’un détachement; ils porteront

ostensiblement les grappes de dattes, leur habit retourné, et portant

sur la poitrine un écriteau sur lequel sera écrit: _Maraudeur._»

Le chirurgien Boyer a été assez poltron pour refuser de donner des

secours à des blessés supposés atteints de maladie contagieuse: «Il est

indigne de la qualité de citoyen français. Il sera habillé en femme,

promené sur un âne dans les rues d’Alexandrie, avec un écriteau sur le

dos portant: _Indigne d’être citoyen français; il craint de mourir._»

Après le général en chef, voici le Premier Consul indigné d’avoir vu des

soldats pénétrer tumultueusement dans la citadelle de Turin, au mépris

de leur consigne et de la discipline: «Les 16e, 17e, 18e, 19e et 20e

compagnies du 1er régiment d’artillerie sont cassées... les officiers

sont provisoirement suspendus de leurs fonctions... Il sera fait au

gouvernement un rapport sur chacun d’eux... Le drapeau de ce régiment

sera déposé au temple de Mars et couvert d’un crêpe noir.»

X

Plus on avance dans cette étude, plus on va de surprise en surprise; à

chaque pas, on rencontre des traits de bonté, et, au lieu d’une humeur

acariâtre et présomptueuse, on trouve une cordialité ouverte, avenante,

plus voisine du _bon garçonisme bourgeois_, si l’on ose s’exprimer

ainsi, que de la morgue des souverains.

Écoutez l’anecdote rapportée par la duchesse d’Abrantès, née Laure

Permon. On sait que Mme veuve Permon, peu de temps après la mort de son

époux, avait été demandée en mariage par Napoléon. Celui-ci, alors

général, avait vu repousser ses avances. Vexé de ce refus, il avait

interrompu ses visites dans la maison, dont il était naguère l’un des

habitués.

Quand Laure Permon se maria avec le général Junot, ami et aide de camp

du Premier Consul, on fut chez les Permon dans une grande perplexité. On

se demanda comment on s’y prendrait pour inviter le chef de l’État, fort

aimé de Junot, et qui, par sa présence, devait donner un lustre flatteur

au bal de noces offert, selon l’usage d’alors, dans la première

quinzaine qui suivait le mariage. Après bien des tergiversations causées

par le fait qu’il fallait prier Napoléon de venir à ce bal chez Mme

Permon même, il fut décidé que Junot, sa jeune femme et le frère de

celle-ci se rendraient chez le Premier Consul pour lui faire verbalement

l’invitation.

Laissons la duchesse d’Abrantès raconter elle-même cette entrevue aux

Tuileries: «Lorsque la porte du cabinet fut ouverte et que le Premier

Consul m’aperçut: «Oh! oh! dit-il en souriant avec bonne humeur, que

signifie cette députation de famille? Il n’y manque que Mme Permon?

Est-ce que les Tuileries lui font peur? ou bien serait-ce moi?--Mon

général, dit aussitôt Junot, Mme Permon voulait se joindre à nous; mais

vous savez combien elle est souffrante, et il lui a été de toute

impossibilité de vous demander une faveur à laquelle elle tient

infiniment. Ma femme est chargée par elle de vous en adresser la demande

en forme.»

«Le Premier Consul se tourna vers moi, et, me regardant en souriant:

«--Eh bien! voyons, j’écoute. Que me voulez-vous?»--Il est difficile ou

plutôt impossible de rendre le charme de sa physionomie lorsqu’il

souriait avec une pensée douce.

«Je dis au général Bonaparte ce dont nous étions convenus entre nous

trois. A peine eus-je terminé ma harangue, qu’il me prit les deux mains

et me dit: «--Eh bien! sans doute j’irai à ce bal. Pourquoi donc

aviez-vous l’air de croire que je refuserais? J’irai, et très volontiers

encore.»--Puis il ajouta une phrase que depuis il m’a bien souvent

répétée: «--Et cependant, je vais me trouver là au milieu de mes

ennemis, car le salon de votre mère en est, dit-on, rempli.»--Junot nous

fit signe, à Albert et à moi, qu’il était temps de prendre congé: Nous

saluâmes, et le Premier Consul, après avoir serré la main de mon frère

avec la même cordialité que si nous avions été encore dans la maison de

mon père, nous dit:

«--A propos, et quel jour est ce bal?»

La date primitivement fixée était le 10 novembre. Napoléon, empêché ce

jour-là, demanda que l’on prît une autre date. «La chose fut aussitôt

résolue, dit la duchesse d’Abrantès. Il prit heureusement de lui-même le

12 novembre. Cela arrangeait tout.

«--Avez-vous vu Joséphine? me demanda-t-il.--Je lui répondis

affirmativement; je lui dis que Mme Bonaparte avait accepté pour elle et

pour sa fille l’invitation que ma mère, à son grand regret, n’avait pu

venir lui faire elle-même.

«--Oh! je crois bien que Mme Permon est souffrante, dit le Premier

Consul, mais il y a de la paresse, et puis autre chose que je ne veux

pas dire. N’est-ce pas, madame Loulou (c’est le nom que dans l’enfance

il donnait à Mme Junot)?--Et il me tirait l’oreille et les cheveux à me

faire pleurer.

«Le soir du bal venu, Junot avait été aux Tuileries à neuf heures moins

un quart, pour être prêt à suivre le Premier Consul et l’accompagner

chez ma mère. Mais il fit dire que les affaires l’accablaient à un tel

point qu’il ne pouvait répondre de l’heure à laquelle il serait libre;

qu’en conséquence, il demandait en grâce à ma mère de ne pas l’attendre

pour faire danser la première contredanse, mais qu’il donnait sa parole

de venir à n’importe quelle heure...

«A onze heures moins quelques minutes, on entendit le bruit des chevaux

de l’escorte du Premier Consul; bientôt après, la voiture entra

rapidement sous la porte, et presque aussitôt lui-même parut à la porte

de la première pièce avec Junot et mon frère, qui s’étaient trouvés à

son arrivée. Ma mère s’avança vers lui et lui fit une de ses plus

gracieuses révérences. Mais lui, se mettant à sourire: «--Eh bien!

madame Permon, est-ce comme cela que vous recevez un ancien ami?»--Et il

lui tendit la main. Ma mère lui donna la sienne, et ils rentrèrent ainsi

dans la salle de bal. Il y faisait une chaleur étouffante, le Premier

Consul le remarqua (cela n’empêchait pas qu’il ne gardât sa redingote

grise tout le temps du bal).

«--Faites donc recommencer la danse, madame Permon, dit-il à ma mère; il

faut que la jeunesse s’amuse, et la danse est le passe-temps qu’elle

aime le mieux. On dit, à propos de cela, que votre fille danse comme

Mlle Chameroi; il faudra que je voie cela. Si vous voulez, nous

danserons la _Monaco_; c’est la seule danse que je sache.

«--Il y a trente ans que je ne danse plus, répondit ma mère.

«--Allons donc! vous plaisantez. Vous avez l’air, ce soir, de la sœur de

votre fille.»

N’est-il pas charmant, ce croquis de Napoléon dans le monde, alors que

déjà il était le chef acclamé et incontesté de toute la France?

Bien que les Mémoires de la duchesse d’Abrantès ne soient rien moins

qu’un panégyrique de Napoléon, et bien qu’ils méritent certainement plus

de créance que ceux d’autres femmes suspectes à plusieurs titres, nous

aurions hésité à reproduire ce petit tableau, si nous n’avions rencontré

d’autres documents similaires:

«A Malmaison, dit Constant, la société, dont la plupart des membres

étaient jeunes, et qui souvent était fort nombreuse, se livrait souvent

à des exercices qui rappelaient les récréations de collège; enfin, un

des grands divertissements de Malmaison était de jouer aux barres...

C’était ordinairement après le dîner que Bonaparte, MM. de Lauriston,

Didelot, de Luçay, de Bourrienne, Eugène, Rapp, Isabey, Mme Bonaparte et

Mlle Hortense se divisaient en deux camps, où des prisonniers faits et

échangés rappelaient au Premier Consul le grand jeu auquel il donnait la

préférence.

«Dans ces parties de barres, les coureurs les plus agiles étaient M.

Eugène, M. Isabey et Mlle Hortense; quant au général Bonaparte, il

tombait souvent, mais il se relevait en riant aux éclats...»

Fidèle à notre méthode, nous allons demander à un document officiel de

contrôler l’authenticité de ces bruits empruntés aux coulisses de

l’histoire.

Dans une lettre datée de 1806, entre Austerlitz et Iéna, l’Empereur

écrivait au prince Eugène: «J’ai passé ces deux jours-ci chez le

maréchal Bessières; nous avons joué comme des enfants de quinze ans...»

Ces deux lignes, en coïncidence parfaite avec les récits des

contemporains, sont comme le coup de pinceau final qui anime le tableau

de l’artiste. Désormais l’Empereur, débarrassé du fardeau des affaires

de l’État, apparaît bien en relief, bien vivant il redevient le camarade

de ses lieutenants, il se livre à tous leurs jeux avec un bonheur

juvénile. Pour ces réunions amicales, exquis ressouvenirs de la

jeunesse, il a mis la pourpre impériale au vestiaire, ainsi que, jadis,

il déposait sa capote râpée en entrant chez Justat, où l’on mangeait la

portion à six sous!

Napoléon intime · 第 68 / 111 题