UN DRAME DANS UN BOULET

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C'est ici le moment de compléter les explications sommaires fournies par

Jonathan Farenheit sur le départ de Sharp.

Chose bizarre, car les citoyens du Nouveau-Monde sont doués d'un sens

pratique qui les met généralement en garde contre les escrocs, Jonathan

Farenheit n'avait tiré aucun enseignement des déclarations, fort nettes

cependant, faites par Mickhaïl Ossipoff à l'observatoire de Nice,

touchant son ancien collègue de l'Institut des sciences de Pétersbourg.

Il eût dû pourtant avoir son attention mise en éveil et surveiller d'un

peu près l'homme auquel il abandonnait trop légèrement la manipulation

de quelques millions de dollars.

«Qui a bu boira» dit la sagesse des nations; et il y a

quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent à parier que celui qui a volé le

lundi, fera de même le mardi.

Mais, outre que Jonathan Farenheit avait eu le grand tort de ne pas

prendre pour sérieuses les révélations du savant russe qu'il considérait

sur le moment comme un déséquilibré du cerveau, il avait, lui, sa

cervelle si à l'envers à l'idée qu'il allait partir pour la lune que,

lui eût-on montré Fédor Sharp la main dans le sac, il eût douté encore.

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Songez donc! aller dans la lune!

Quelle chose extraordinaire! et combien un voyage si prodigieux

l'élèverait, lui ancien éleveur de porcs, enrichi dans le commerce des

suifs, au-dessus de la masse de ses concitoyens.

C'était là un premier point, propre à son caractère vaniteux, qui avait

contribué à l'aveugler, non pas sur les mérites de Sharp,--cet homme

était un savant, lui aussi, et un audacieux--mais sur sa probité et sa

bonne foi.

Secondement, en homme pratique, il envisageait ce voyage comme devant

lui rapporter une ample moisson de dollars; ébloui par les promesses

mirifiques de Sharp, il n'avait pas hésité à mettre dans cette affaire

la plus grande partie de sa fortune, comptant que les mines aurifères et

diamantifères de la lune rendraient au centuple les capitaux engagés par

lui et par les actionnaires.

Enfin, depuis plusieurs années, il faisait partie d'un cercle de

New-York dont le titre seul «l'Excentric Club» indique le but.

Pour être reçu membre de ce club, il fallait avoir à son actif une de

ces excentricités qui font sortir un homme du banal de la vie; un de ces

actes grâce auxquels, dans les rues de New-York, on vous désigne en

disant: «C'est un original.»

Aventures extraordinaires d'un savant russe; I. La lune · 第 39 / 59 题