Vous me demandez si j'approuve la pensée qui a présidé à l'élaboration,
des _Aventures extraordinaires d'un Savant russe_, c'est-à-dire à la
mise au jour d'un roman scientifique, tout entier basé sur l'Astronomie.
Non seulement je l'approuve, mais encore, je vous félicite sincèrement
de la voie que vous avez choisie.
Maintenant, en effet, l'Astronomie n'est plus une science qui reste
inaccessible ou indifférente. Elle sort du chiffre pour devenir vivante.
C'est elle qui nous touche de plus près; sans elle, nous vivrions en
aveugles au milieu d'un Univers inconnu.
Nul être intelligent, nul esprit cultivé ne peut, aujourd'hui, demeurer
étranger aux découvertes splendides de l'Astronomie, découvertes qui
nous font vivre au sein des grandioses spectacles de la nature et nous
mettent en communication directe avec les sublimes réalités de la
création.
Ce n'est pas la première fois qu'on essaie d'écrire un voyage à travers
l'espace. Lucien de Samosate nous a ouvert le chemin, il y a près de
deux mille ans, et Cyrano de Bergerac nous a tous transportés dans ses
ingénieux voyages célestes, écrits il y a deux siècles, au sein des
«États et empires de la Lune et du Soleil.»
Plus récemment encore, Edgard Poë nous a raconté les aventures d'un
bourgeois de Rotterdam, s'élevant en ballon jusqu'à notre satellite, et
envoyant de ses nouvelles à sa bonne ville natale par un Sélénite
complaisant. D'autres écrivains, très nombreux, ont suivi la même voie.
Mais, c'était l'imagination qui jouait le plus grand rôle--presque le
seul--dans ces excursions idéales. Désormais, la science, plus avancée,
peut servir de base solide pour de telles compositions, et, en encadrant
sous une affabulation ingénieuse, les faits révélés par les
merveilleuses découvertes télescopiques de notre temps, vous offrirez
aux intelligences de tout âge des lectures incomparablement plus
attachantes, plus instructives, plus séduisantes même, que ces romans
alambiqués, cette littérature vide et malsaine jetée chaque jour en
pâture à des esprits dévoyés, et qui ne laisse après elle ni vérité, ni
lumière, ni satisfaction.
C'est que l'étude de l'univers exerce d'elle-même, sur tous ceux qui
l'entreprennent, un charme profond et captivant. C'est qu'on éprouve
d'intenses jouissances à s'élancer, sur les ailes de l'imagination, vers
ces mondes qui gravitent, de concert avec nous, dans l'immensité des
cieux, vers ces comètes, mystérieuses messagères de l'infini, vers ces
étoiles scintillant radieuses à notre zénith.
Que de questions à résoudre dans ce parcours à travers les immensités
béantes de l'espace!
Quelles sont les causes des changements produits à la surface de la
Lune? Qu'est-ce que cette tache rouge, plus large que la terre, apparue
sur Jupiter? Et ces canaux reliant toutes les Méditerranées de Mars
entre elles, qui les a creusés? Quelle est la constitution physique de
ces pâles nébuleuses, perdues au fond des cieux, et de la transparente
queue des comètes? Quels mondes, quelles humanités éclairent les soleils
de rubis, d'émeraude et de saphir qui constituent les systèmes d'étoiles
doubles?
Que de points à élucider encore!
Que les personnes, donc, qui veulent se rendre compte, sans fatigue, de
la constitution générale de l'Univers et comprendre ce que notre terre
et ses habitants sont dans l'espace, vous suivent dans votre audacieuse
et féconde tentative, ô vous qui avez choisi pour mission de les
transporter à travers les magnifiques panoramas des Cieux. Il est doux
de vivre dans la contemplation des beautés de la nature; il est agréable
de planer dans les hauteurs éthérées, dans la sphère de l'esprit,
d'oublier quelquefois les choses vulgaires de la vie, pour voyager
quelques instants parmi les inénarrables merveilles de cet Infini dont
le centre est partout, la circonférence nulle part.