Le site sur lequel était située la petite ville, car Abydos

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Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905).

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LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--38e LIV. Nº 38.--23 Septembre 1905.

[Illustration: Le lac sacré d'Osiris, situé au sud-est de son temple,

qui a été détruit.--D'après une photographie.]

ABYDOS

DANS LES TEMPS ANCIENS ET DANS LES TEMPS MODERNES

Par M. E. AMÉLINEAU.

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à

l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur spoliation. -- Ses

habitants actuels et leurs moeurs.

[Illustration: Séti Ier présentant des offrandes de pain, légumes,

etc.--D'après une photographie.]

Je dois tout d'abord un souvenir reconnaissant à la petite ville qui

m'a abrité pendant quatre ans de ma vie, et qui m'a fourni des

monuments considérables dont l'importance a découvert, tout à coup,

aux yeux les moins clairvoyants, une époque jusqu'alors inconnue,

maintenant tout à fait indéniable. C'est donc par la ville d'Abydos

que je commencerai l'exposé des souvenirs qui me sont restés de cette

époque de ma vie, et qui peuvent être utiles au lecteur.

S'il y a de par le monde une ville dont la tradition et l'histoire

remontent jusqu'aux temps primitifs où la pensée de l'homme-enfant

essaya de bégayer les premiers essais qu'elle tenta vers la

civilisation, cette ville est Abydos. Cinq mille ans au moins avant

notre ère, elle comptait déjà assez d'existence pour posséder la

plupart des arts qui concourent à embellir la vie de l'homme, et déjà

aussi ils étaient parvenus à une rare et excellente perfection. Dès

cette époque si reculée, de saints pèlerinages, à une époque fixe de

l'année correspondant au solstice de l'hiver, lui amenaient en foule

des hommes qu'elle ignorait et qui venaient implorer le secours du

Dieu bienfaisant qu'elle possédait, ou le remercier des grâces

accordées, car, comme toutes les villes les plus anciennes et au même

titre qu'elles, Abydos avait consacré presque tout son passé dans la

légende d'Osiris si connue pour le gros des événements, mais si

inconnue pour les détails.

D'après la légende, à une certaine époque impossible à préciser,

régnait sur l'Égypte une famille dont le chef était Seb et la mère

Nout; plus tard, les Égyptiens devaient faire de Seb le dieu-terre et

de Nout la déesse-ciel. En ce temps-là, les devoirs de la royauté

laissaient bien des loisirs et n'empêchaient pas plus que de nos jours

de penser aux soins et aux plaisirs de la propagation humaine. Seb et

Nout eurent quatre enfants: deux fils et deux filles qui, selon

l'usage, devaient s'unir l'un à l'autre, Osiris à Isis, Set à

Nephthys; mais ces unions furent malheureuses, et il en résulta des

guerres civiles qui devaient durer longtemps, et causer des massacres

lamentables.

[Illustration: Une rue d'Abydos.--D'après une photographie.]

Osiris et Set sont, en effet, les représentants de deux systèmes

différents de royauté. Osiris, c'est le Dieu civilisateur par les

moyens de douceur, par la pratique de l'agriculture, avec ce qu'elle

comporte d'art et de science; c'est l'opposé de la violence, des

inventions dures et guerrières, l'adversaire de Set, que les Grecs

nommèrent Typhon pour montrer son rôle malfaisant. Osiris, c'est

l'Abel; Set, le Caïn, et en même temps le Tubalcaïn de l'Égypte, le

Dieu des guerriers, des inventions métallurgiques et de toutes les

industries qui ont su faire chèrement payer à l'homme les services

qu'elles lui ont rendus. Deux natures aussi diverses, deux génies

aussi remplis de contrastes ne pouvaient manquer d'être adversaires.

La paix régna d'abord, mais quand Osiris, au retour des conquêtes

merveilleuses qu'il avait faites, grâce à l'enseignement de

l'agriculture et des arts qui adoucissent l'âme humaine, fut fêté et

acclamé, la discorde éclata funeste. Pendant un festin qu'il donna à

ses frère et soeurs, au milieu d'une assemblée nombreuse de dieux

pacifiques et de dieux guerriers, Set, cachant ses noirs desseins,

apparut avec un coffre à la fabrication duquel il avait appliqué tout

son art; il proposa aux dieux émerveillés de le donner à celui qui le

remplirait exactement. Les dieux s'essayèrent tour à tour, mais aucun

ne réussit. Quand le tour d'Osiris fut venu, il s'allongea dans le

coffre, et, chose étonnante, il le remplit tout entier. Déjà, il s'en

voyait le maître; mais Set, le rusé et le vindicatif, mit aussitôt le

couvercle sur le coffre, et le ferma. Osiris fut étouffé. C'est ce

qu'avait prévu et ce qu'avait voulu son frère Set, car il ne pouvait

supporter de voir Osiris protéger les mortels, leur apprendre les

moyens qui font la vie joyeuse; il voulait, au contraire, la guerre et

la destruction; il avait inventé tous les moyens d'arriver à son but

et cherchait à occuper la première place dans la pensée reconnaissante

et la vie des hommes. Il réussit, et depuis lors l'homme, trop fidèle

à cette première folie et à ce premier crime, n'a que trop bien suivi

ses leçons. Les arts de la paix ont été, sinon abandonnés, du moins

subordonnés aux arts de la guerre; la vie a été soumise à la

destruction, et de tous les côtés le bruit des marteaux forgeant des

chaînes, domptant le fer qui doit détruire, a couvert cent fois le

bruit pacifique du laboureur qui fait fructifier la terre et qui

nourrit l'humanité; partout résonne le chant de guerre, à peine si le

chant de la paix ose faire entendre de timides et plaintifs accents.

Mais Osiris laissait après lui sa soeur et sa femme, Isis, qui devait

le venger. Isis, de n'avoir pas conçu de son mari quelque fils qui pût

assurer sa vengeance, se donna comme devoir de rechercher le corps

d'Osiris et de le retrouver afin de pouvoir le faire revivre, et

concevoir de ses oeuvres. Set, après s'être rendu frauduleusement

maître de son compétiteur, avait jeté le coffre dans le Nil, aux

applaudissements de ses sectateurs que l'on appela _les Rieurs_; le

Nil avait emporté cette nacelle d'un nouveau genre à la mer, et les

flots l'avaient rejetée sur le rivage de Byblos, où un arbre avait crû

et l'avait entourée complètement en la faisant entrer dans sa tige.

Isis, à la recherche du cadavre de son mari, arriva à Byblos, réussit

à devenir maîtresse du coffre qu'elle cherchait, rentra en Égypte avec

ce fardeau précieux; mais un soir que Set chassait au clair de lune,

il découvrit le coffre dans les roseaux de la Basse-Égypte, s'en

empara, et, pour empêcher Isis de le posséder à nouveau, découpa le

cadavre de son frère et en dispersa les morceaux à travers les nomes

de l'Égypte. Isis les retrouva, ensevelit chacun des quatorze

fragments au lieu où elle le rencontrait, après les avoir ajustés les

uns aux autres. Sur chaque fragment du corps sacré, elle élevait un

tombeau; et Abydos se glorifiait d'avoir en partage le chef divin, si

bien que pour signifier le nom de la ville, on employait la châsse

renfermant la tête d'Osiris.

[Illustration: Maison d'Abydos habitée par l'auteur, pendant les trois

premières années.--D'après une photographie.]

Le site sur lequel était située la petite ville, car Abydos fut

toujours une mince localité, ne devait pas beaucoup différer de celui

sur lequel se trouvent aujourd'hui les pauvres villages qui se sont

formés sur les ruines de la cité antique. Le Nil coulait assez loin

du tombeau d'Osiris, la chaîne arabique avait dès lors toutes ses

préférences, et il s'éloignait, autant qu'il le pouvait, des montagnes

libyques; il en est toujours ainsi, et la nature du terrain semble

l'exiger. Du fleuve à la ville sainte d'Osiris, une large plaine

s'étendait déjà, coupée par des canaux peu nombreux, verdoyante à

l'extrême pendant cinq ou six mois de l'année, embaumée par les

senteurs qui s'exhalent des champs de _bersim_, de fèves, de lentilles

et de toutes les autres plantes qu'on y cultivait déjà, animée par les

migrations annuelles des animaux et des hommes qui, dès que le sol a

produit des plantes suffisamment nourricières, se hâtent d'aller

construire en pleins champs ces _ezbehs_ primitives dans lesquelles

ils logent indifféremment côte à côte, sans qu'il soit possible de

dire qui des deux, de l'homme ou de l'animal, jouit avec plus de

délices de cette vie passée en plein air, au milieu de l'abondance

relative, aux rayons bienfaisants du soleil, à ne rien faire autre

chose que d'aspirer la chaleur, se nourrir des produits de la terre et

des parfums qui s'en dégagent, à ne penser à rien qu'aux jeux et aux

ris, à vivre en un mot de la même vie que le muet animal, avec cette

différence que le _fellah_ est doué du langage. Encore ce langage est

si simple, si primitif, il n'use que d'un si petit nombre de mots,

qu'on serait tenté de préférer le silence de la bête qui, au moins,

garde pour elle les belles choses qu'elle pense.

Près des villages, la campagne se revêt d'arbres et d'arbustes,

d'acacias, de tamarises, de palmiers, de tous les arbres fruitiers que

les habitants retardataires ont appris à connaître. Derrière un rideau

de ces arbres, tout enveloppée de leur frondaison, Abydos, autrefois

comme aujourd'hui, devait apparaître avec ses maisons en briques crues

ou en terre, élevées sur des collines de décombres, dès lors comme à

présent de pauvre apparence et de richesse médiocre, à l'ouest du Nil,

tout près de la montagne infertile, toujours fréquentée par des bandes

de pillards qui ne demandent qu'à tomber sur un endroit où ils ne sont

pas attendus. Telle fut peut-être l'origine de la population assise de

la _ville sainte_; les pillards nomades, sans abandonner les plaisirs

du vol et du brigandage, auront voulu goûter les joies de la vie

sédentaire; ils se seront rendus maîtres des malheureux fellahs qui

cultivaient la vallée, et Set aura de nouveau vaincu son frère Osiris

en ce lieu particulier. Cela paraîtra d'autant plus vraisemblable qu'à

toutes les époques de l'histoire, depuis les plus anciens temps

jusqu'à nos jours, les habitants de la _ville sainte_ ont toujours

résisté à la plus élémentaire morale des sociétés: ils n'ont jamais eu

qu'une médiocre estime de la propriété, ont toujours pensé que le bien

d'autrui avait des charmes engageants, et ne se sont jamais fait faute

de se l'approprier quand ils l'ont pu. Pour eux, un homme n'est

véritablement homme que s'il est voleur; le vol est la pierre de

touche de l'honorabilité, et celui-là seulement est un brave homme,

qui a fait ses preuves en faisant passer en ses mains ce qui était en

celles de son voisin. Aussi comprend-on aisément que la déesse Isis

ait pensé que ce n'était pas trop du chef d'Osiris, pour inculquer à

ces sauvages quelques-unes des notions qui font les sociétés

civilisées. Si l'on ne veut pas croire que la grande et divine mère

Isis ait eu pareille pensée, il faut alors se rejeter sur les

créateurs de la légende, sur les prêtres qui attirèrent à eux les

bénéfices de la superstition humaine, en faisant servir cette même

superstition au progrès général de la société.

Abydos ne fut donc jamais une grande ville: les restes de l'ancienne

ville encore en partie occupés par les villages modernes, le

démontrent amplement. Elle s'étendait en longueur, du nord au sud, le

long de la bande sablonneuse qui côtoie la montagne et la suit dans

ses retraits et ses retours, pendant une distance d'un kilomètre ou un

kilomètre et demi environ, sur une profondeur qui n'excède pas 300 ou

400 mètres. Elle avait ceci de particulier, à savoir que la ville des

vivants se mélangeait à la ville des morts. Les maisons, petites,

construites en briques crues ou en terre, se pressaient les unes

contre les autres, semblant s'envier réciproquement la lumière, et

n'ayant d'autre but que d'éviter la chaleur. Quelques rares jardins,

avec leurs palmiers montant vers le ciel et les autres arbres connus

dans le pays, étaient la propriété des heureux favoris du Pharaon

régnant. Dans la ville d'Abydos, comme dans toutes les villes

égyptiennes, il y avait une noblesse à titres sonores, porte-ombrelle

à la droite du roi, grands prophètes des divers dieux honorés dans la

ville et dans la capitale du nome, c'est-à-dire à Thinis; des chefs de

tous les travaux du Pharaon, des orfèvres royaux, des ciseleurs et des

sculpteurs qui disaient avoir de grands mérites, etc; mais tous ces

titres ne comportaient pas une richesse correspondante, et les gens

d'Abydos vivaient comme ils pouvaient, principalement de vol. Quoique

parfois la destruction et fréquemment la spoliation de presque tous

les monuments qu'a construits et ornés l'art égyptien, aient été une

maladie endémique à toutes les époques et dans tous les lieux,

cependant aucune autre localité ne peut se vanter d'avoir primé Abydos

sur ce point. La nécropole est là pour le prouver: les spoliateurs à

toutes les époques ont enlevé ce que les générations précédentes y

avaient caché avec le plus grand soin, et cela du haut en bas de

l'échelle sociale. De grands officiers du roi, des prêtres d'Osiris

n'avaient pas reculé devant l'expropriation des morts au profit de

leurs besoins, et tel tombeau a servi deux ou trois fois pour des

familles différentes; ou, si l'on portait la délicatesse de la

conscience à un degré vraiment extraordinaire, on prenait les pierres,

on les changeait de côté, et l'on en était quitte pour graver sur la

face laissée libre, les titres que l'on se croyait à la faveur de la

postérité. Si aux Enfers, par-devant le tribunal sacré d'Osiris, les

quarante-deux assesseurs du Dieu et le Dieu lui-même se sont montrés

inexorables pour quiconque avait commis le crime de spolier les

sépultures, bien peu d'habitants de la _ville sainte_ auront trouvé

grâce devant le _Seigneur universel_, à moins qu'ils n'aient eu le

moyen de corrompre l'Incorruptible, ce qui ne devrait pas étonner dans

la vallée du Nil.

[Illustration: Le prêtre-roi rendant hommage à Séti Ier (chambre

annexe de la deuxième salle d'Osiris).--D'après une photographie.]

Les grands édifices religieux qu'avait élevés à Abydos la piété des

grands Pharaons, comme le temple d'Osiris, ceux de Séti Ier, de Ramsès

II, pour ne citer que les plus célèbres, ne furent pas eux-mêmes à

l'abri de ces spoliations endémiques, et, chose qui semblera d'abord

surprenante, mais qui ne doit pas étonner en définitive, ceux qui

furent les premiers à donner l'exemple furent les successeurs mêmes

des pharaons constructeurs. Le temple de Séti Ier, par exemple, fut en

partie spolié par Ramsès II, le propre fils de Séti; et, comme il

n'avait pas suffisamment achevé l'ouvrage, son successeur et d'autres

firent comme il avait fait, si bien que le temple, qui ne fut jamais

achevé, porte les cartouches de trois ou quatre rois qui s'arrogèrent

l'un après l'autre l'honneur de ne l'avoir jamais terminé. Dès les

années qui suivirent, les cérémonies du culte n'étant plus pratiquées

qu'en partie, les prêtres trouvèrent bon de s'approcher de plus près

de l'endroit où ils exerçaient leur ministère, de se loger dans le

temple saint, et c'est dans le lieu saint lui-même que les trouvèrent

les moines fanatiques du christianisme égyptien, alors qu'ils

ruinèrent l'édifice royal et sacré et qu'ils ensevelirent vingt-trois

prêtres sous les ruines. Il n'est pas surprenant dès lors que la

population de bas étage, suivant l'exemple donné par le sacerdoce, se

soit emparée de tous les temples, y ait construit ses habitations de

terre, ait profané les lieux saints de toutes les immondices

imaginables, si bien que les merveilleux édifices n'ont échappé à la

ruine complète, que par la saleté débordante des habitants. Aussi,

quand Mariette entreprit vers 1859 le déblaiement des édifices

d'Abydos, il dut d'abord exproprier les habitants qui s'y logeaient de

temps immémorial; et encore n'a-t-il pas fait tout ce qui était à

faire, car la première salle hypèthre du grand temple de Séti Ier est

encore sous les décombres, occupée par les habitations qu'on y a

construites.

[Illustration: Thot présentant le signe de la vie aux narines du roi

Séti Ier (chambre annexe de la deuxième salle d'Osiris).--D'après une

photographie.]

Abydos présida, sans le moindre doute, à la première éclosion

historique de l'empire égyptien; mais avant cette époque reculée

d'environ soixante siècles avant notre ère, elle était déjà peuplée,

ainsi que je l'ai dit, et fort avancée dans les voies du progrès

civilisateur. On ne peut en douter aujourd'hui après les travaux que

j'y ai faits et que d'autres ont faits après moi. Si l'on ne sait rien

des événements qui eurent lieu à cette époque, laquelle peut remonter

de quinze à vingt siècles plus haut que la date précédente, en

revanche on sait déjà beaucoup de choses sur les habitudes pacifiques

ou guerrières des populations qui vivaient en Abydos. Les arts y

étaient cultivés avec un succès merveilleux, l'industrie y faisait des

progrès magnifiques: les objets fournis par les fouilles sont là pour

le prouver et montrer que dès cette époque on avait trouvé l'écriture

hiéroglyphique. La même incertitude règne sur les événements qu'on

appelle historiques, pendant les premières dynasties; on sait

cependant que déjà le culte d'Osiris y était établi et pratiqué, qu'on

avait dû construire une grande citadelle rectangulaire qui existe

toujours et qu'on nomme aujourd'hui la _Schounet Ez-Zebib_.

Il faut aller toutefois jusqu'à la VIe dynastie pour trouver dans

l'histoire d'Abydos des noms qui soient parvenus jusqu'à nous et qui

aient conquis une place éminente dans ce qu'on appelle l'histoire

humaine. C'est grâce aux nombreuses stèles que Mariette découvrit dans

ses fouilles, que nous connaissons certains événements de l'histoire

d'Abydos et certaines hautes fonctions qui étaient échues à

quelques-uns de ses habitants. La nombreuse bureaucratie égyptienne

s'y était développée comme partout ailleurs, et l'on y alliait déjà

les charges civiles aux charges religieuses, comme si les bons dévots

de ce temps-là eussent déjà pensé que servir Dieu est bien quelque

chose, mais que servir le Pharaon, image visible du dieu invisible,

descendant authentique du dieu retombé dans le néant du temps, c'était

beaucoup mieux, car l'un ne pouvait rien donner et l'autre donnait au

contraire beaucoup, puisque les temples, quoiqu'ils dussent être déjà

bien dotés et fournis de biens temporels, relevaient du Pharaon. Sous

la VIe dynastie, l'un des habitants d'Abydos, nommé Ouna, parti

presque des échelons les plus bas de l'échelle des honneurs, sut

s'élever à la plus haute charge qu'on eût jusqu'alors confiée à un

simple mortel. Parmi les faits les plus saillants de sa carrière

administrative, cet heureux mortel, qui devint premier ministre,

raconte que l'un des Pépi de la VIe dynastie lui donna l'ordre de

rassembler et de former une armée dont il reçut le commandement, pour

aller combattre des peuplades déjà sédentaires, ayant des villes, des

champs couverts de moissons, des jardins avec des vignes et des

oliviers. Ouna, à la tête de son armée, s'avança dans le pays des

_Maîtres du sable_, Hérouschaïtou, le ravagea, détruisit les villes et

les labeurs des hommes, coupa les figuiers et les vignes, brûla ce

qu'il ne pouvait autrement ravager, enleva les hommes, les femmes et

les enfants, «ce qui fut plus agréable à son maître que toute autre

chose»; et, dans le véritable chant de triomphe qu'il fit graver sur

sa stèle, tous les malheurs qu'il avait fait pleuvoir sur la peuplade

indocile et rebelle, deviennent autant de bonheurs pour lui, ce qu'il

exprime en disant: «Cette armée alla en paix», et elle brûla, elle

ravagea, elle tua et emmena en esclavage tout ce qui était resté du

fer et du feu.

Pour récompense de tant de bonheur et de succès, le victorieux Ouna

fut créé gouverneur de la Haute-Égypte et eut l'insigne honneur de

pouvoir paraître devant le Pharaon en conservant ses sandales aux

pieds. Il avait donné son temps et sa peine sans compter, exposé sa

vie en cent occasions, et se jugeait suffisamment récompensé!

Évidemment si les hommes de nos jours ne recevaient que cet honneur

pour récompense, ils ne se donneraient pas tant de peine que le vieil

Ouna.

[Illustration: Le dieu Thot purifiant le roi Séti Ier (chambre annexe

de la deuxième salle d'Osiris, mur sud).--D'après une photographie.]

Après cet excès d'honneur pour un habitant d'Abydos, le silence se

fait encore une fois pour l'histoire de la ville d'Osiris, et il faut

passer jusqu'à la XIIe dynastie, sous le moyen empire égyptien, pour

trouver à nouveau la ville d'Abydos dans un état florissant. À cette

époque, le sentiment de la famille avait pris un immense

développement; un besoin de justice et d'égalité semblait s'être

emparé de tous les coeurs les mieux placés. De fait, les habitants

d'Abydos, dès lors comme encore aujourd'hui, formaient de vastes clans

que le chef de famille gouvernait avec autorité, avec amour, mais

faisant en sorte que cet amour ne dépassât pas les limites de sa

demeure, et animé, envers les autres familles de la société

abydénienne, des sentiments que Robert Macaire avait en son pays pour

les hommes de son temps. Sous le moyen empire, pendant la XIIe et la

XIIIe dynastie, Abydos avait donc reconquis la richesse et un rang

éminent. On le voyait facilement, il y a encore quarante ans, lorsque

la nécropole étalait aux regards ses _mastabas_ surmontés de petites

pyramides blanches comme les tentes de l'armée de la mort qui avait

élu domicile près de la ville d'Osiris.

[Illustration: Vue intérieure du temple de Ramsès II.--D'après une

photographie.]

Il faut passer jusqu'à la XIXe dynastie pour retrouver Abydos

fortunée. Ce n'est pas à dire qu'avant Séti Ier Abydos ne compta pas

de temples ou d'autres grands monuments: il y en avait sans doute. Le

temple d'Osiris, maître d'Abydos, existait déjà près de la colline,

comme aujourd'hui, sous le nom de _Kom-es-Soultân_, c'est-à-dire la

Colline du Sultan, ce qui signifie pour moi la Colline du Maître

d'Abydos, Osiris. Mais ces temples n'étaient sans doute pas construits

en pierres: les pierres capables d'être employées dans les

constructions architecturales sont rares dans la montagne d'Abydos, il

n'y a guère que du grès peu consistant, se prêtant ainsi mal à la

décoration, et, pour faire venir de bien loin d'autres matériaux, il

fallait être animé de plus que de bienveillance pour la cité

abydénienne. En effet, toutes les constructions que l'on peut

attribuer en Abydos à l'ancien ou au moyen empire, sont en briques.

Séti Ier fut celui qui, le premier, y a su construire un temple entier

tout en grès ou en pierre calcaire. L'édifice qu'il éleva en l'honneur

des dieux et des hommes qui l'avaient précédé sur le double trône de

la double Égypte, est non seulement une merveille de construction et

d'architecture, mais encore de l'art le plus raffiné sous toutes ses

formes.

[Illustration: Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de

Séti Ier.--D'après une photographie.]

[Illustration: Temple de Séti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle

due à Ramsès II.--D'après une photographie.]

Le Pharaon y avait prodigué tous les trésors de l'Égypte, trésors

artistiques comme trésors matériels; non seulement l'or éblouissait la

vue, répandu à profusion dans cette _salle de l'or_ dont les murs, les

colonnes, le plafond se renvoyaient les uns aux autres l'éclat mat du

métal précieux, mais encore tout l'édifice resplendissait,

merveilleusement orné de ces bas-reliefs qui recouvrent toutes les

murailles et qui sont restés le dernier mot de l'art décoratif en

Égypte. Il est peu probable que les habitants d'Abydos aient jamais

compris l'honneur insigne octroyé à leur cité par le Pharaon Séti Ier

en faisant construire ce temple sur leur territoire: ce qu'ils y

virent de plus clair, c'est le profit qu'ils feraient avec les

pèlerins que cette merveille attirerait en leur ville, dans les fêtes

pompeuses dont le riche édifice serait le théâtre. D'ailleurs, quand

la pensée directrice, qui avait veillé aux destinées du temple, se fut

éteinte avec la vie de Séti Ier, le temple n'était pas achevé. Ramsès

II fut le premier, comme je l'ai dit, à spolier l'oeuvre de son père,

à la gâter autant qu'il le pouvait sans trop de honte, à la laisser

inachevée dans les parties qui ne se voyaient pas de prime abord, et

dans lesquelles ne pouvaient pénétrer que les grands personnages du

culte et de la cour, ce qui était souvent tout un. Aussi peut-on voir

encore de nos jours, dans les parties de l'édifice situées à l'ouest

du temple, des salles entières qui n'ont reçu d'autre décoration que

les dessins au trait qu'il fallait ensuite faire sortir de la pierre,

en creusant tout le champ dont ils se détachaient naturellement. Dans

d'autres salles encore, il n'y a nul vestige de décoration autre que

les prétentieuses dédicaces que certains Pharaons, comme Méneptah Ier,

Ramsès III et un autre Ramsès firent graver à l'envi, comme s'ils

eussent eu le désir de participer à l'oeuvre artistique de Séti Ier et

de se l'approprier subrepticement. Mais l'art en leur temps était dans

une trop misérable époque de décadence pour qu'il leur fût possible de

réussir dans leur dessein chimérique: ils n'ont réussi qu'à montrer à

ceux qui veulent voir, combien leurs prétentions étaient vaines et

leur art détestable.

Le temple de Séti Ier n'est pas le seul qui existe en Abydos: Ramsès

II ne pouvait manquer d'y donner cours à sa manie de construction. Il

y a en effet construit un temple qui porte son nom et qui, malgré les

scènes historiques qui en décorent les murs, est un témoignage

éclatant de l'infériorité des artistes qui furent employés à le

décorer. Il ne borna pas seulement son ambition à cette pâle imitation

de l'édifice paternel, il fit reconstruire au sud du Kom-es-Soultân un

second temple à l'ouest du temple d'Osiris; mais il eut le grand tort

de faire exécuter ces deux constructions en pierre calcaire, car il

n'en reste presque plus rien, les chaufourniers ayant trouvé en elles

ample matière à leur industrie. Plus encore, il bâtit en Abydos une

petite chapelle, tout près de la montagne occidentale, au milieu de la

nécropole, et dont il ne reste plus rien que le socle brisé d'un

colosse de Nékhao. Abydos, au point de vue des monuments, n'est donc

nullement comparable à certaines autres villes, comme Thèbes, par

exemple, puisque Memphis est détruite; sous ce rapport, on ne saurait

nullement la mettre en rivalité avec les deux capitales de l'Égypte

ancienne; mais comme art décoratif, comme art intime, plus fait pour

parler au coeur que pour confondre l'esprit, Abydos est sans rivale

dans l'Égypte entière, et tous les voyageurs qui ont visité le temple

de Séti Ier en sortent sous le charme, emportant en leur coeur le

souvenir le plus vivant de leur voyage en Égypte.

[Illustration: Temple de Séti Ier, mur est, montrant des scènes

diverses du culte.--D'après une photographie.]

Mais ce qu'il y avait de plus admirable en Abydos, c'était son immense

nécropole, qui a plus de deux lieues en longueur, sur une largeur

moyenne de 1 kilomètre environ. C'est là que sont allées se coucher,

les unes après les autres, toutes les générations qui ont vécu en

Abydos, depuis que la ville existe. Mariette l'a fouillée pendant

dix-neuf ans; il s'arrêta, dégoûté de ce travail, précisément à la

limite où elle devenait extraordinairement intéressante; mais elle lui

avait fourni près de quinze cents stèles qui, à leur manière,

contenaient l'histoire de la ville. Et cependant ce que Mariette

trouva pendant les dix-neuf ans qu'ont duré ses fouilles, ajouté à ce

que l'on a trouvé dernièrement, n'est qu'une infime et misérable

partie des richesses qu'elle conservait en son sein. Les indigènes,

depuis l'ancien empire jusqu'à nos jours, ont été les plus grands

destructeurs des monuments: il n'y a pas un seul tombeau dans cette

immense nécropole qui n'ait pas été violé, quand il ne l'a pas été

deux fois.

Mais il n'est que juste d'ajouter à cette première cause de désolation

universelle qui frappe d'abord pour peu qu'on visite la nécropole

d'Abydos, une seconde cause tout aussi brutale, tout aussi ignorante et

superstitieuse, je veux dire le fanatisme des chrétiens, et, parmi les

chrétiens, de ceux qui, aspirant à une vie plus parfaite que le reste

des mortels, aspiraient par là même à des actions éclatantes qui d'un

coup les missent aussi haut au-dessus du vulgaire que leurs actes

d'adoration et de mortification. Ce que les moines chrétiens ont fait de

mal en Égypte et surtout à Abydos est incalculable, et j'entends

seulement parler des spoliations, des destructions de monuments

grandioses légués par le génie de l'antique Égypte à l'admiration de la

postérité. Leur fureur imbécile s'est surtout portée contre les grandes

images des grands dieux, comme si les oeuvres d'art eussent pu faire

trembler sur son trône le dieu nouveau auquel ils croyaient apparemment.

Jusqu'au VIe siècle de notre ère, Abydos était restée presque indemne du

zèle chrétien: quoique ses monuments n'eussent pas été achevés, quoique

personne ne prît garde à leur décadence, quoique les indigènes à bout

d'argent ou d'or, les familles jalouses les unes des autres eussent

détruit tout ce qu'ils pouvaient détruire, cependant les temples,

notamment celui de Séti Ier, avaient conservé leur culte et une partie

de leur magnificence; les étrangers venaient de toutes parts visiter ces

merveilles, et, pour preuve de leur admiration, ne trouvaient d'autre

moyen que de dégrader ce qu'ils admiraient, en écrivant sur les murs,

sur les représentations des dieux, dans les chapelles même les plus

mystérieuses, leurs noms obscurs et prétentieux, témoignage éclatant de

leur parfaite imbécillité. Malgré cette végétation parasite qui allait

toujours en augmentant, le temple de Séti Ier était encore le théâtre du

culte pharaonique, je veux dire du culte que l'Égypte entière rendait à

ses plus grands rois, et ici notamment au père de Ramsès II; et ce culte

avait encore un personnel considérable, lorsque, vers les premières

années du VIe siècle, un moine, qui avait bâti son couvent au nord-ouest

de la ville, Moïse, pour le flétrir en le désignant par son nom,

entreprit de ruiner d'un seul coup et le culte que l'on rendait aux

anciens rois de l'Égypte et l'influence que conservaient encore les

membres du clergé attaché au temple. Ce fut une lutte grandiose et le

moine fanatique réussit à s'assurer la victoire: un jour, jour

d'horreur, de sang et d'incendie, l'hypocrite Moïse se mit en prières,

appela la colère de son dieu sur le temple et les prêtres du temple, un

tremblement de terre secoua l'édifice jusque dans ses profondeurs et

tout s'écroula, ensevelissant sous les ruines vingt-trois prêtres et

sept hiérodules. La chose ainsi racontée tient du miracle; mais la

réalité, qu'on voit encore écrite par le spectacle de la furieuse

démolition, est tout autre. Les moines, guidés par leur chef Moïse,

arrivèrent du côté du nord-ouest, ils ouvrirent une brèche, ce qui était

relativement facile, et, armés de puissantes barres de fer, leur troupe,

fort nombreuse, recrutée de tout ce qu'il y avait dans la ville

d'adeptes de la nouvelle religion, au moyen de l'incendie qui ne pouvait

presque rien sur les pierres énormes de la construction, mais qui

trouvait un aliment naturel dans les couleurs faisant resplendir les

murs, essaya de détruire tout ce qu'elle pouvait détruire. Mais ils

rencontrèrent des résistances, et si la terrible mort surprit leurs

adversaires, elle dut aussi coucher à terre quelques hommes de la horde

fanatique. Encore, si l'on pouvait croire que cette destruction eut lieu

en un jour de colère et de folie populaires! Mais la démolition dura

longtemps, la colère était tombée et le fanatisme seul survivait. Tout

le temple devint le théâtre des forfaits de ces destructeurs impies; ils

essayèrent de déplacer et d'enlever d'énormes pierres, et ne réussirent

qu'à leur faire prendre une position à peine différente de celle

qu'elles avaient d'abord; leur fureur s'attaqua surtout à certaines

représentations des dieux, à celle d'Amon-Générateur, principalement:

ils en martelèrent la figure et les mains, inscrivirent victorieusement

le nom du _Seigneur_ où avaient été les noms et les images des antiques

dieux de leur pays. Et afin que nous ne puissions révoquer en doute leur

misérable conduite, ils ont pris soin de graver sur les murs, au sommet

des colonnes, le nom de leur chef, _apa Moïse_, Moïse le saint, le béni,

et le jour même où eut lieu cette sauvage destruction. La postérité sait

ainsi à qui s'en prendre.

[Illustration: Table des rois Séti Ier et Ramsès II, faisant des

offrandes aux rois leurs prédécesseurs.--D'après une photographie.]

Le Tour du Monde; Abydos Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 5 段