En parlant avec un apprenti tonnelier de nos voisins, il me raconta que
son patron perdait beaucoup de clients parce que les transports se
faisaient maintenant surtout par sac. J’en fus très inquiète: je me
figurais déjà le voisin affamé par le manque de commandes. Et, chaque
fois que je passais par chez lui, je regardais avec angoisse, je me
penchais vers la cave pour voir s’il y avait beaucoup de tonneaux et,
quand il se démenait en marchant en rond et en tapant le cercle autour
des douves, j’étais contente ou je soupirais: «Ah! Dieu, bientôt il
n’aura plus à taper, et il sera assis tristement sur l’un des tonneaux
qu’il n’aura pas vendus, et chaque personne qui entrera dans sa cave, il
la prendra pour un client, et il jurera ou se lamentera quand ce sera
pour autre chose que pour commander ou acheter des tonneaux...» Et ma
gorge se serrait d’émotion.
Un jour, nous avions fait réparer notre petit seau de bois. L’apprenti
le rapporte avec, dessus, la couleur verte encore mouillée. Mon père le
prend et a les mains remplies de couleur.
--Enlève ce seau ou je le jette dans le canal, et rapporte-le quand il
sera sec.
L’apprenti le reprend, effrayé.
--Oh! père, le voisin l’a fait rapporter mouillé pour avoir plus vite
l’argent, parce qu’il n’a presque plus de commandes.
J’allai chez le tonnelier dire de revenir avec le seau aussitôt qu’il
serait sec.
--Père a mal à la tête et l’odeur de couleur le dérange.
C’est moi que l’odeur de couleur dérangeait, mais je voulais excuser mon
père.
Porter des petites bouteilles couvertes, au bouchon, d’un papier doré,
et des petites boîtes rouges, bleues, pourpres, dans un coquet panier,
pour ne pas casser les bouteilles, c’est un joli travail. Quand j’aurai
remis les médicaments chez les clients, je devrai garder un peu la
petite fille de deux ans. Elle est jolie, la petite fille: heureusement,
car les enfants laids, non, je ne peux pas...
Je serai très polie. Après avoir sonné, j’attendrai longtemps avant de
sonner une seconde fois, si l’on n’ouvre pas. Quand la servante ouvrira,
je dirai: «_Vryster_[1], avec les compliments du pharmacien, j’apporte
une bouteille... ou une boîte...» Oui, ce sera bien: «avec les
compliments», et «_Vryster_» sera bien aussi. J’entends toujours les
bouchers dire cela aux servantes, et elles rient: donc c’est bien...
[1] Bonne amie.
Et je serai employée dans une grande maison. Il est vrai que c’est au
Zeedyk, mais près du Nieuwe Markt: les «boîtes» sont beaucoup plus loin.
Il y a un aide-pharmacien; je dois l’appeler Monsieur: alors ce n’est
pas un domestique, comme les deux servantes. Voyez un peu: deux
servantes, et moi, le trottin... Puis il y a huit enfants: six garçons
et deux petites filles. L’aîné des garçons a vingt-deux ans et est
étudiant, donc tout à fait un Monsieur, et la plus petite fille a deux
ans; l’autre, quatre. Le deuxième grand fils est à l’Ecole militaire:
aussi un Monsieur. Encore un autre apprend la pharmacie; puis trois plus
jeunes.
Bette, la cuisinière, nous a raconté tout cela, pendant que mère et moi,
nous attendions le retour de «Madame», le jour où je suis allée
m’engager. «Madame», parfaitement: c’est une «madame», la femme d’un
pharmacien, et non une «mademoiselle», comme la femme de l’épicier d’à
côté.
Je dois être là à huit heures du matin. J’aurai soixante «cents» par
semaine, une tartine à midi, et j’aurai fini à quatre heures. Huhu! ce
n’est pas si mal pour commencer: j’ai déjà douze ans, c’est vrai...
En m’y rendant, un mouvement à l’intérieur du corps me parcourait depuis
les cheveux jusqu’aux orteils et me rendait toute frissonnante. Il me
fallut de suite porter une assez grande bouteille tout près, au
_Kloveniersburgwal_, à côté du _Trippenhuis_.
--C’est pour l’appartement, me dit l’aide-pharmacien.
Je sonnai à la porte qui me semblait être celle de l’appartement.
--_Vryster_, c’est pour Mlle X..., fis-je.
--C’est à l’autre porte pour l’appartement: ici, c’est la maison.
Et la _Vryster_ me claque la porte au nez.
Je sonne de l’autre côté. D’en haut, l’on tire le cordon. Une dame
furibonde me crie:
--Tu as encore sonné à la maison. C’est ainsi chaque fois qu’on vient de
chez l’apothicaire. Dis-lui que, si cela arrive encore, je me fournirai
ailleurs... Quel besoin ont les voisins de savoir qu’on m’apporte des
médicaments? Dépose la bouteille sur l’escalier et dis bien que je
changerai d’apothicaire s’il ne peut m’envoyer des gens capables de
distinguer la maison de l’appartement.
Na! si ç’avait été dans mon quartier, comme je vous l’aurais engueulée,
cette vieille tuméfiée... S’il vous faut toujours des médicaments, c’est
que vous êtes pourrie...
Je ne répondis pas et eus soin de ne rien dire à la pharmacie non plus.
La porte de l’appartement était mal placée, mais c’est égal, c’est moi
qu’on aurait accusée. J’étais toute défrisée.
En rentrant, je dus aller dans une ruelle du Nieuwendyk, chez un boucher
de viande jeune, acheter trois livres de poitrine de veau. Trois livres!
on verra bien que je ne suis pas employée dans une petite maison... Chez
ce boucher, il y n’avait que de pauvres gens des ruelles environnantes,
qui achetaient quelques ragotons de viande gélatineuse, et je fis
parfaitement l’effet que j’avais escompté, et tous les jours je
produisis ce même effet. Eh bien, je devais, moi qui en étais fière,
aller chercher cette viande, parce que Bette, la cuisinière, avec sa
robe d’indienne empesée, son tablier blanc et sa cornette finement
plissée, n’osait entrer chez ce boucher de viande jeune, de peu
d’apparence: j’ai su cela plus tard. Tout le reste, elle l’achetait
elle-même, parce qu’elle chipait des «cents» sur chaque article; elle
m’avait même recommandé de retenir cinq «cents» sur la viande: nous les
aurions partagés. Mais, me regardant bien dans les yeux, elle avait
ajouté:
--J’ai dit cela pour rire, car tu l’avouerais si Madame t’interrogeait.
Lina, la bonne d’enfant, était dans la maison depuis cinq ans. Elle ne
sortait pas de la chambre d’enfants au second: elle surveillait là les
deux petites filles, pendant que je portais les bouteilles, raccommodait
continuellement le linge et repassait le linge lavé à la campagne, qui
était rendu sans être repassé. Elle ne descendait qu’aux heures des
repas, et alors c’était des récriminations contre les patrons, les fils,
l’excès de travail, et contre l’aide-pharmacien qui, lui, mangeait à
table et recevait de tout.
--Dans la semaine, au déjeuner du matin, il doit manger des tartines,
mais le dimanche il reçoit tout de même des petits pains, du boudin de
foie et du pain d’épice. Nous n’avons jamais que de grosses tartines de
pain blanc et de pain noir. A midi, il reçoit aussi de tout, et nous
seulement du fromage: allez donc avec ça jusqu’au dîner de cinq
heures... et pour ce qu’il descend alors de viande! et ces éternelles
pommes de terre étuvées aux oignons... j’en ai le ventre comme un
tambour.
--Mais moi, à midi, je n’ai même pas de fromage, fis-je.
--Oh! toi, tu n’es que le trottin: tu n’es pas de la maison et il ne te
revient pas plus.
Je devais souvent jouer avec les petites filles à l’entresol, là où se
tenait la famille. Madame était presque toujours occupée à une broderie
pour les robes des petites. Elles n’étaient jamais qu’en blanc et Madame
confectionnait elle-même ces robes d’enfant; elle tricotait aussi des
chaussettes blanches ou bleues, très fines, que les fillettes portaient
dans des petits souliers laqués, blancs ou bleus. Moi, pendant que je
promenais la plus jeune sur mes bras, je regardais travailler les mains
de Madame: comment faisait-elle ces trous de broderie?... J’aurais donné
tout au monde rien que pour pouvoir essayer de broder. Seulement Madame
me disait tout le temps de m’occuper de l’enfant.
Mais ma joie, mon extase, dans cette chambre, était une des deux alcôves
à double battant, remplie de rayons avec des livres, et aussi un monceau
de livres jetés pêle-mêle à terre. C’étaient des livres pour les jeunes
garçons: des livres d’étude, auxquels je ne comprenais rien, mais
surtout des livres à images et pour la jeunesse, qui me délectaient
chaque fois que Madame quittait la chambre, quand une visite l’appelait
au salon ou qu’elle allait arranger les tiroirs et les armoires de sa
chambre à coucher. Alors Willem, un des fils, qui avait onze ans, me
laissait lire et faisait «ssst!» dès qu’il entendait revenir sa mère.
--Si tu me laisses t’embrasser, tu peux lire tous les livres, et je
t’expliquerai.
Na! m’embrasser, il le pouvait pour rien, parce qu’il avait de beaux
cheveux blonds en touffe sur la tête, et une peau propre et rose, et une
voix claire, comme tous les enfants riches...
«Joost van den Vondel», lisais-je sur le dos d’un livre.
--Qui est-ce ça? demandai-je. Est-ce lui qui a fait le Vondelpark?
--Oh! non, dit Willem, c’est notre plus grand poète. Ce livre raconte sa
vie. Tu peux le lire, ou veux-tu que je te le raconte?
--Oui, raconte, je ne pourrai quand même pas le lire en entier.
--Eh bien, Joost van den Vondel vivait de 1500 à 1600: tu vois, il y a
trois cents ans. Il était né à Cologne, mais habitait ici dans la
Warmoesstraat, où il avait un commerce de bas. Il faisait surtout des
vers et des pièces de théâtre en vers: _Ghysbrecht van Amstel_,
_Lucifer_, _Adam en Eva_. Son commerce de bas périclitait, mais c’était
plus fort que lui, il aimait avant tout écrire des vers.
--Il habitait la Warmoesstraat? Tu ne sais pas dans quelle maison?
j’irais voir...
--Oh! elle n’existe certes plus. Amsterdam alors n’était pas comme
maintenant. La Kalverstraat et le Nieuwendyk avaient des maisons de
bois, goudronnées comme les barques: elles étaient habitées par des
bateliers et des pêcheurs, dont les filets séchaient à la porte.
--Allons, voyons, la Kalverstraat, des maisons de bois goudronnées?
C’est la plus belle rue d’Amsterdam. Tu te moques de moi, je ne te crois
pas.
--C’est vraiment vrai. Regarde les images. Il n’y a que le Palais du
Roi, sur le Dam, qu’on a bâti alors au milieu de tout cela, mais comme
hôtel de ville.
--Na! ce que tu me dis...
--Et Vondel et ses amis étaient habillés à peu près comme nos pêcheurs
de l’île de Marken.
--Allons! d’une culotte à harengs?
--Oui, d’une culotte à harengs. Et les femmes et les petites filles
portaient beaucoup de longs jupons et trois ou quatre bonnets... Et
l’orphelinat bourgeois, tu sais bien, dans la Kalverstraat?
--Oui.
--Eh bien, à cette époque, les enfants sans parents étaient abandonnés.
Alors une dame Haesje Klaesd, prise de pitié, en a ramené six, je crois:
elle les a habillés comme les orphelins le sont encore aujourd’hui et
les a fait élever: c’est le commencement de l’Orphelinat bourgeois de la
Kalverstraat.
--Mais ce que tu me racontes... dis-tu vrai? Ah! que c’est beau...
--Voilà maman. Je t’embrasserai tantôt sur l’escalier, quand nous
descendrons pour la table de café... Tiens, maman n’entre pas...
Il ouvrit la porte pour voir. Elle était montée.
--Alors, laisse-moi t’embrasser maintenant... ici, derrière la porte de
l’alcôve, où l’on ne nous verra pas de la rue.
Il me prit le bébé qu’il déposa dans sa chaise, mit ses deux bras autour
de mon cou, et m’embrassa toute la figure, en mordillant mes joues et
mon menton. Moi également, je l’embrassai sur toute la figure: ce qu’il
sentait bon le savon!...
J’allai reprendre le bébé et m’assis devant la fenêtre pour faire
semblant de rien.
* * * * *
Le soir, dans mon lit, je repensais à Amsterdam qui n’avait que des
maisons de bois. Je cherchais dans la Warmoesstraat la maison de Joost
van den Vondel, qui avait laissé des pièces qu’on jouait encore au grand
théâtre de la Leidsche Plein... Un théâtre, comment est-ce fait? Je ne
connais que la _Poppenkast_[2] qui joue le soir sur le Nieuwe Markt...
Je voyais les hommes fumant sur le seuil de leurs maisons... Mais oui,
elles étaient en bois goudronné, et les femmes étaient assises sur les
bancs, à raccommoder des bas et des filets. Ah! voilà un magasin de bas:
des bas jusqu’aux genoux, comme les pêcheurs de Marken en portent. Je
regardais par la petite fenêtre et apercevais, assis sur un tabouret de
bois, un paysan à la large culotte, avec un grand chapeau. Serait-ce
lui, Joost? Il écrivait et ne tournait pas la tête. J’allais par le Nes;
il y avait, sur une petite place, beaucoup de paniers remplis de
poissons à grosses écailles, et des pêcheurs sortaient de dessous un
passage noir, avec des paniers de poisson pendus au bras. Puis je
traversais le pont du Rokin--ce pont était comme maintenant--et
j’entrais dans la Kalverstraat. Oh! qu’il y faisait noir, qu’il y
faisait sale, et que cela sentait le poisson et le goudron...
[2] Théâtre de marionnettes.
Les femmes et les hommes me regardaient et demandaient quelle était
cette petite fille négligée, sans bonnet et à jupe courte.
--Elle va mourir de froid.
Les enfants me suivaient, portant des petits moulins à vent en papier,
qui tournaient quand ils couraient.
--Quelle est cette petite fille? Oh! ce sera une petite orpheline. Nous
allons la conduire à l’Orphelinat bourgeois.
--Non, non! mère est à la maison! criais-je.
Je me mettais à courir, j’avais très peur et ne me tranquillisais que
sur le Dam, en reconnaissant le Palais du Roi, tel qu’il est encore
aujourd’hui...
* * * * *
--Keetje, qu’as-tu à gémir? me demanda ma mère.
--Je pensais, mère, à Amsterdam, quand la ville était encore en bois:
elle était noire et obscure, et les gens voulaient me faire entrer à
l’Orphelinat bourgeois.
--Grand Dieu! qu’est-ce que c’est que ce galimatias?
--Willem, un des fils, m’a raconté des histoires de la ville et de Joost
van den Vondel, et m’a montré les images.
--Et toi, créature enfantine, tu te donnes la chair de poule à remuer
tout cela... Allons, dors et laisse-moi dormir!
J’étais là depuis quelques jours. Une petite cousine était venue jouer
avec les fillettes. Je monte à l’entresol et ne trouve personne. Mais
l’autre alcôve était ouverte. J’y regarde et je vois la petite Betsy et
sa cousine, assises à terre, entourées de poupées. Comment ont-elles
tant de poupées? et je ne les avais pas encore vues... Il y en avait
d’énormes, assises dans de petits fauteuils, vêtues comme des dames;
d’autres couchées tout habillées dans des voiturettes, et encore des
petites, déshabillées, dans des boîtes sous verre, avec leurs vêtements
pliés dans des casiers. A terre, il y en avait à tête de bois, de
caoutchouc, de porcelaine, sur des corps de coton rose remplis de son;
d’autres en chemise, jetées dans des coins, avec une grande chevelure
brune, les yeux à demi-fermés.
Le bébé se réveilla. Je le pris hors de sa berce, j’enjambai l’alcôve
et, assise par terre, le bébé entre mes jambes, à qui je donnai une
poupée de caoutchouc, je déshabillai plusieurs poupées, que je passais
aux petites pour les rhabiller. Puis je commençai à attifer une grande
poupée.
J’étais si absorbée que je n’entendis pas entrer Monsieur et Madame.
Quand je les vis, je lâchai la poupée.
--Du moment que les enfants s’amusent, tu peux t’amuser aussi, Keetje,
dit Madame... Quel dommage! ajouta-t-elle.
--Oui, quel dommage! fit Monsieur.
Depuis ce jour, ce fut mon grand truc, pour tenir les enfants
tranquilles, de m’asseoir avec eux dans l’alcôve aux poupées, d’en
dévêtir une demi-douzaine et de les leur donner à rhabiller. Alors je
pouvais, à mon aise, parer de costumes différents une grande poupée qui
était ma favorite...
Na, ce Willem! Quand sa petite cousine de huit ans est à la maison, il
ne me demande pas si je veux lire, il ne me regarde seulement pas. Il
l’embrasse, l’embrasse tout le temps et devant tout le monde. Avec moi,
il se cache: pourquoi? Parce que je ne suis pas sa cousine, ou parce que
je ne suis pas aussi bien habillée et lavée, ou parce que je suis le
trottin... Si j’avais sa belle robe et ses beaux souliers, je serais
bien plus jolie qu’elle: mes dents sont bien rangées, et l’une pas plus
grande que l’autre, tandis qu’elle a de grandes dents qui poussent en
avant, avec un cercle d’or qui doit les remettre en place, m’a dit
Willem. Elle a des cheveux bruns, de grands yeux bruns, des joues
rouges... Elle est jolie quand même, et c’est sa cousine... donc il peut
l’embrasser...
Gerrit, celui qui a treize ans, était hier chez l’épicier d’à côté, avec
le jeune Monsieur qui est aussi grand que lui et qui va à la même école.
Ils me regardaient, en parlant de moi. Gerrit disait:
--C’est un canari aussi quand elle chante. Maman dit que l’organe est
superbe.
Ils aiment donc bien que je chante. Alors j’ai chanté toute la matinée,
à la cuisine, de beaux chants que j’avais écoutés le dimanche, au
Plantagie, devant les jardins où des dames, la poitrine et les bras nus,
viennent chanter sur une estrade:
_Martha! Martha!_ et _Si tu crois à la parole sainte, ne parle pas,
Rosa... ne parle pas._ Sur les cours, les repasseuses et le cordonnier
se penchaient hors des fenêtres et me criaient que c’était beau. Mais
dans la maison, Eudore, le fils qui est étudiant, et Frans, celui qui
est à l’Ecole militaire, marchaient de long en large au salon, où ils
travaillent à côté de la cuisine--ils lisent et écrivent: ils appellent
cela travailler. Puis ils sont montés, disant que c’était intenable.
Quand je suis montée à mon tour, en chantant, à l’entresol, tous m’ont
regardée comme si j’avais cassé une glace, mais ils ne disaient rien. Je
voulais encore chanter en me promenant avec la petite. Alors les fils
sont descendus au galop et Madame m’a demandé si je n’étais pas encore
fatiguée, puisque j’avais chanté déjà toute la matinée, que les vitres
en tintaient et la tête lui en tournait.
Ah! c’est ça leur tête... Na! lorsqu’elle chante en tapant sur le piano,
c’est comme une poule qui glousse. Pour ces riches, tout ce que nous
faisons est laid, et tout ce qu’eux font est joli...
Quand Willem rentra de l’école, je lui demandai s’il trouvait aussi que
mon chant était laid.
--Non, et maman dit que tu as une jolie voix, et que c’est bien dommage
que tu ne pourras pas la cultiver.
--Cultiver? mais je n’ai pas besoin de la cultiver: elle est là, ma
voix. Ce que tu dis pour des bêtises... On ne peut pas apprendre à
chanter, dit mon père;--lui aussi chante et ne l’a pas appris--on doit
le faire naturellement.
--Mais, Keetje, si... on...
--Non, non, c’est comme ta cousine: elle n’aura jamais de belles dents,
malgré son cercle d’or.
--Mais, Keetje...
Je sortis, claquant la porte, et me réfugiai au grenier, où je restai à
bouder pendant plus d’une heure.
Enfin, ils ont tout de même été gentils, et Madame n’a presque rien dit.
Mais je ne chanterai plus: je croyais leur faire plaisir, et voilà... on
prend toujours mal tout ce que je fais et tout ce que je dis.
Ainsi, cultiver ma voix! comme si elle n’était pas assez jolie et comme
si je leur avais scié les oreilles. Ce n’est jamais bien, jamais bien...
Encore l’autre jour, quand j’ai apporté un petit moulin de papier pour
le bébé, Bette disait que je jetais un goujon pour pêcher un
cabillaud... Mina croyait que je ne voulais pas donner mon sale ruban à
Naatje, par avarice. Si l’on fait un cadeau, il doit être beau, et ce
ruban était sale et vieux... Et ce petit garçon qui traînait avec une
ficelle un petit chariot de fer-blanc. La ficelle se casse sans qu’il
s’en aperçoive, et le joujou reste derrière lui; je le ramasse pour le
lui remettre, et voilà qu’une femme crie par la fenêtre:
--Vilaine fille, veux-tu bien ne pas voler le joujou de cet enfant!
Voilà! voler le joujou, quand je voulais le lui rendre.
Personne ne comprendra ce que je veux. J’aime mieux être seule, toute
seule... ou lire, toujours lire...
Quel beau livre Willem m’a fait lire hier... Cette reine Esther, qu’on
avait frottée pendant un an avec des huiles parfumées, avant de la
marier... de l’eau de reine, sans doute, et de l’huile de coco... Dieu,
qu’elle devait sentir bon! Puis on lui a mis de très beaux habits, et,
le jour de son mariage, elle s’est évanouie, de peur du roi Assuérus,
son mari... Hou! je comprends cela: sur l’image, il avait de gros yeux
ronds... Puis après, elle sauve tout son peuple, prisonnier et
misérable. Oh! ça, je l’aurais fait aussi... Si je pouvais, par ma bonne
conduite, rendre riches nos enfants et père et mère! Père aurait des
chevaux; mère, un métier à dentelles; j’habillerais les enfants comme
les deux petites ici; aux garçons, je donnerais des chevaux de bois.
Moi, j’aurais douze belles robes, vingt-quatre poupées et une alcôve
remplie de livres, comme Willem et Gerrit.
La reine Esther, elle était juive: c’est pour ça qu’elle s’appelait
Esther. Moi, je serais la reine Keetje... Keetje? non, cela ne va pas
pour une reine. Kee, Kee... Keetelina. Voilà! la reine Keetelina...
J’aurais une couronne et une traîne, et, avec Mardochée mon oncle, nous
irions voir pendre Aman, ce sale bougre...
--Keetjou! Keetjou!
C’est Line qui m’appelle.
--Vite, descends!
En bas, on me remit tout un panier de bouteilles et de boîtes à porter
chez des malades.
Line et Bette, assises à la table de café, mangeaient leurs tartines au
fromage et buvaient du café. Moi, à distance sur un tabouret, je
mangeais ma tartine à sec: je n’étais pas de la maison.
Line bêchait:
--Oui, elle dit des vers en société: ce que ça doit être gracieux, cette
femme de quarante-huit ans, déclamant des vers, les yeux levés au ciel
et les mains sur le cœur.
--Comment sais-tu qu’on lève les yeux au ciel et qu’on met les mains sur
le cœur pour dire des vers? demandai-je.
--De quoi te mêles-tu, morveuse? Mais je veux bien t’expliquer comment
je le sais. Le dimanche, quand je sors, je vais avec ma famille au
Palais de Cristal: il y a là des représentations où l’on chante et où
l’on déclame. Eh bien, on lève toujours les yeux et l’on met ses deux
mains sur son cœur quand on parle d’amour, et dans tous les vers on
parle d’amour... Je dis que pour une femme de l’âge de Madame, et abîmée
par les enfants, c’est grotesque.
--Peuh! fit Bette, chez les riches, les femmes croient qu’elles restent
jeunes. Quand nous nous marions, nous donnons nos robes claires et nos
rubans à nos jeunes sœurs, parce que ce n’est plus de mise quand on est
marié: notre fortune est faite. Mais elles commencent seulement alors à
s’habiller de rose et de bleu, et ainsi jusqu’à cinquante ans. Aux plus
vieilles, aux plus folles... As-tu remarqué hier soir ce décolletage et
ce cou de vieux dindon?
--Oh! oui, et l’autre jour encore... ils avaient oublié un parapluie.
Monsieur accourt me dire de le porter à Madame, parce qu’il devait
monter chercher des cigares. Elle attendait sur le petit pont de bois de
l’Achterburgwal, la robe retroussée, montrant ses maigres jambes. Quand
on va en soirée, l’on prend des voitures.
--Oh! leur budget ne le leur permet pas, avec tous ces enfants. A cause
de cela, elle est toujours en bisbille avec sa sœur qui, elle, va en
voiture: mais elle n’a que deux enfants, et son mari est courtier.
--Cependant cette pharmacie rapporte ferme!
--Oui, mais tous ces enfants qu’on élève comme des princes: un docteur,
un officier, un pharmacien... Gerrit veut être avocat. N’y-a-t-il pas
jusqu’au petit Willem qui parle de devenir chirurgien? Puis la musique,
les langues, le dessin, tout l’argent qu’ils donnent à des livres. Ce
n’est pas leurs servantes qu’ils payeront trop! Je suis entrée, il y a
cinq ans, à cinquante florins par an; depuis deux ans, j’en ai
cinquante-cinq, et maintenant elle me laissera partir plutôt que de me
donner les soixante florins que je réclame. Du reste, il vaut mieux que
je parte: cela m’agace trop de manger tous les jours leurs pommes de
terre aux oignons et leur viande gélatineuse, et de devoir monter tout
le temps des paquets de livres pour lesquels on gâche de l’argent.
--Na! Line, fis-je, des livres, j’en achèterais aussi, si je mangeais
comme vous tous les jours de la viande.
--Toi, tu es comme eux, j’ai de suite senti cela... Une gamine qui se
laisse appeler trois à quatre fois pour manger sa tartine avant de
lâcher son livre, doit être comme eux. Si j’étais ta mère, je
t’implanterais d’autres idées: tu serais mieux lavée, et je t’en
donnerais de la tignasse sur le dos, et au premier livre que tu
prendrais dans les mains, je t’en ferais passer le goût du coup.
--Mais, Line, fit Bette, Keetje ne te fait rien: pourquoi t’acharnes-tu
ainsi sur elle?
--Elle ne me sert à rien quand elle est en haut. L’autre jour, elle a
laissé tomber la petite sur la tête, que je croyais que c’était un fer à
repasser. Elle lisait quelque chose de Rembrandt. Je ne l’ai pas dit à
Madame, parce qu’on l’aurait renvoyée, et j’aurais été encore une fois
seule pour la besogne. Et quand je me plains à Madame qu’elle lit
toujours, elle me répond: «Oui, c’est bien dommage pour cette enfant
qu’elle ne puisse étudier: je n’ai jamais vu une rage de la lecture
comme la sienne.» Voilà, c’est dommage pour l’enfant... Pour moi, ce
n’est pas dommage que je m’anémie et me casse ici depuis six heures du
matin jusqu’à minuit, tous les jours! Tiens, ne me parle pas de ces
gens, ni de cette gamine...
Elle se leva, jeta sa chaise en arrière et sortit.
Bette me dit, en ramassant la chaise:
--Quels embarras, et tout cela parce qu’on ne veut pas l’augmenter de
cinq florins par an!
Et c’est sur moi qu’elle passe sa rage... Moi aussi, je pourrais me
plaindre. Au lieu de partir à quatre heures, je ne pars qu’à sept, et je
reste tout le temps sans manger. Mais quand je lis, je n’y pense pas.
Elle peut dire ce qu’elle veut: je lirai tout de même!
Je montai à l’entresol. Le docteur, un ami de la maison, était là:
c’était le parrain de Willem; il lui apportait souvent des livres.
Alors, un livre sur la table et Willem entre ses jambes, ils le
parcouraient ensemble. C’était presque toujours des livres à insectes ou
à poissons, magnifiquement coloriés. Aujourd’hui, il lui avait apporté
un livre avec des poissons.
--Des poissons vulgaires, disait-il: «vulgaires» ici veut dire qu’il y
en a beaucoup. Mais vois ces couleurs copiées de la nature: elles ne
sont pas vulgaires. Voilà des harengs: on dirait de l’argent verdâtre et
bleuâtre; ils sont aussi beaux que bons. Dans l’eau, ils doivent être
superbes, mais nous les apprécions le mieux dans la poêle: rien de
meilleur que des harengs frais, bien entaillés, tournés dans de la
farine et rissolés, tout croustillants, dans de l’huile. Quel dommage
qu’on ne puisse les conserver pour l’hiver! J’en parle souvent avec ma
sœur, mais elle me dit que c’est impossible. Cependant si on les mettait
tout à fait préparés dans des cruches, en laquant bien les bouchons?
--Mais on ne saurait faire entrer la tête par le goulot, fis-je.
Il me regarda.
--Eïe, eïe, tu dis quelque chose...
--Si on les mettait en rond dans des verres ou des pots, avec un papier
dessus ou une vessie, comme la confiture.
Je montrai un pot de confiture dans le buffet.
--Eïe, eïe, une vessie... tu dis quelque chose, répéta-t-il, en me
regardant par-dessus ses lunettes. Je vais en parler à ma sœur. Je
donnerais beaucoup pour avoir en hiver des harengs rissolés, et, si cela
réussit, je t’inviterai à venir en manger... Viens donc, un de ces
jours, voir les tulipes de ma sœur, elles sont justement en fleurs, et
nos canaris... pour ce qui est de chanter, tu n’auras jamais entendu
cela!
--Ne parlez pas de chanter devant Keetje: elle s’y mettrait, et cela
empêche Eudore de travailler son examen.
J’en avais le sang à la tête.
--Je puis aller voir les tulipes et les oiseaux, Willem, fis-je, en me
laissant embrasser derrière le battant de l’alcôve aux livres.
* * * * *
J’y fus deux jours après. C’était, à l’Oudezydsachterburgwal, une maison
à un étage, à large fenêtre à guillotine et à petits carreaux. On
montait un perron de face, de deux marches, flanqué de bancs. La porte
brillait comme un miroir. La servante ouvrit la moitié du haut.
--Je puis venir voir les tulipes et les canaris.
Alors elle me fit entrer et me conduisit par le long corridor, sur un
beau tapis moelleux, jusqu’à la porte du jardin, et me dit d’attendre,
qu’elle allait appeler Mademoiselle.
Une vieille dame vint, à large crinoline, les manches bouffantes, une
collerette plate, en dentelle, autour de son cou nu et ridé, des
bandeaux collés sur ses oreilles, et une coiffure de dentelles blanches,
à rubans lilas.
--Tu viens voir mes tulipes?
Elle ouvrit la porte du jardin.
--Oh! fis-je.
Dans un tout petit jardin, dont les murs étaient entièrement couverts de
lierre, il y avait deux corbeilles de tulipes, et, autour du jardin, une
bande également de tulipes. Dans une des corbeilles se trouvaient des
mélangées, surtout des mauves et des pourpres; dans l’autre, seulement
des rouges à rainure orange, et les tulipes autour du jardin étaient
jaunes, rien que jaunes, comme de l’or: le soleil donnait droit dessus.
Je ne pus rien dire. Elle crut que je n’aimais pas ses tulipes.
--Tu ne les trouves pas belles?
--Oh! Mademoiselle, fis-je, en levant les yeux vers elle.
--Ah, je vois, tu es saisie... tu n’as jamais vu ça, n’est-ce pas? Il
m’est impossible d’en couper, cela ferait un vide; puis les tulipes de
cette corbeille-là sont toutes des premiers prix.
Elle me montra la corbeille de mauves et de pourpres.
--Mais tu peux revenir les regarder, puisqu’elles t’impressionnent tant.
Viens maintenant voir les canaris.
Dans mon émoi, je n’avais pas aperçu la grande cage de canaris sur le
haut du perron du jardin. J’avais déjà vu un ou deux canaris dans une
cage, mais ici il y en avait vingt-cinq, me disait la dame. Ils étaient
tous jaune-clair et avaient le chant doux.
--Je ne puis supporter le chant aigu, cela m’étourdit.
Je regardai en extase les oiseaux voltiger, ou s’ébouriffer les plumes,
ou s’arrêter sur le bâton, se gonfler la gorge, ou chanter de joie, ou
gazouiller comme s’ils se parlaient, se parlaient... Puis, il y en avait
qui se trempaient dans un petit bac d’eau.
J’étais très intimidée, parce que je ne savais comment expliquer à la
demoiselle que, si j’avais habité la maison, j’aurais passé les journées
assise sur un petit banc entre les fleurs et les oiseaux. Je me sentais
impolie de ne pouvoir rien dire et ne savais comment partir.
Elle me donna deux caramels en me conduisant à la porte.
--Alors, Mademoiselle, je puis revenir? risquai-je.
--Oui, et bientôt, car les tulipes en ont encore pour huit ou dix jours.
--Je peux aussi revenir pour les canaris?
--Oui, aussi pour les canaris.
Elle ferma la porte en me souriant.
Oh! je dois dire ça à mère. Oh! que c’était beau, et je puis revenir...
Le surlendemain, Willem avait été à la table de café chez son parrain.
Je demandai comment étaient les tulipes, maintenant qu’il avait plu, et
si les oiseaux se trouvaient encore dehors.
--Non, ce n’est que lorsqu’il y a du soleil qu’on les met sur la
terrasse... Marraine m’a dit que tu es une sensitive...
--C’est mal ça, Willem?
--Non, mais elle dit que c’est malheureux, que tu souffriras beaucoup, à
moins que tu ne t’abrutisses...
--M’abrutir, moi? Pourquoi? pourquoi?
--Ah! je ne sais pas...
_Vie de Rembrandt van Ryn._
--Est-ce beau, Willem?
--Oui, tu l’aimeras. Rembrandt est notre plus grand peintre, comme Joost
van den Vondel est notre plus grand poète.
--Qu’est-ce qu’il peignait, Willem?
--Oh! des portraits, des tableaux avec des Juifs de la Bible, des leçons
d’anatomie; il a aussi peint une _Ronde de Nuit_ à travers la ville, et
il a fait des eaux-fortes, beaucoup d’eaux-fortes.
--Des eaux-fortes, qu’est-ce que c’est?
--Je ne sais pas très bien comment cela se fait. Je demanderai à
parrain; après, je te l’expliquerai... Voilà une eau-forte; elle est
justement de Rembrandt: _La Fuite en Egypte_. Tu sais ce que c’est, la
fuite en Egypte?
--Mais oui: de la Bible... Ah! voilà l’âne, et Marie et l’enfant Jésus
dessus, et, à côté, Joseph... Ah! c’est une eau-forte?... Ce sont des
images enfin, mais noires...
--Images... oui... mais il y a de l’art... Je ne sais pas encore bien;
il faut entendre Eudore quand il en parle!
--J’aime surtout l’âne: il porte si docilement la Vierge et Jésus. Tu ne
trouves pas que c’est un chéri d’âne?
--Oui, mais on ne doit pas juger ainsi. Eudore sait comment on doit en
parler... Rembrandt habitait dans la Jodenbreestraat.
--Ici, dans le quartier juif?
--Oui, près du pont.
--Etait-il Juif?
--Non, mais Eudore dit que, s’il a peint les Juifs comme il l’a fait,
c’est parce qu’il les voyait tous les jours.
--J’irai regarder la maison.
--Puis il a eu de la misère et il a dû aller au Canal des Fleurs, dans
le Jordaan.
--Ah! il a eu de la misère, et on écrit des livres là-dessus? Je vais
lire celui-ci. Et que sont devenus ces portraits et ces images?
--Ils sont, pour la plupart, au _Trippenhuis_.
--Willem, Willem, vite, arrive, il est temps pour l’école!
Willem fila. Je descendis et pris mon panier rempli de bouteilles et de
boîtes.
J’irai d’abord à la maison de Rembrandt... Quand j’eus passé le pont, je
la vis tout de suite, à droite. C’était écrit dessus: _Maison de
Rembrandt_. Je n’y remarquai rien, à cette maison; elle était comme les
autres, mais je fus émue qu’un homme qui avait vécu il y a si longtemps
et qui avait eu de la misère, eût monté et descendu ce perron et qu’il
eût regardé, par ses fenêtres, les Juifs, pour les peindre.
Peindre ces Juifs sales, aux yeux malades, comment était-ce possible? Il
les aimait sans doute parce qu’ils étaient pauvres? Moi, je les aime
bien également: ils sont si bons... Il m’aurait peinte aussi peut-être,
car je ne suis pas mieux habillée qu’eux... Je vais voir au
_Trippenhuis_. Père doit souvent y conduire des étrangers: il dit aussi
que, quand la porte s’ouvre, on aperçoit des tableaux avec des gens
habillés comme il y a des siècles.
Je portai vite toutes mes commissions, en gardant, pour la dernière,
celle de la dame à côté du _Trippenhuis_. Puis je montai le grand perron
et voulus entrer. Un monsieur, assis sur un tabouret, me retint de la
main.
--Que viens-tu faire ici?
--Je veux voir les tableaux et les images de Rembrandt.
--Toi? Déguerpis, n’est-ce pas, ou je te «Rembrandterai». Allons file,
et plus vite que ça, ou peux-tu payer plusieurs «dubbeltjes»?