Ma mère m’avait prise avec elle pour rapporter un col de dentelle chez
une dame. Le petit garçon de la dame voulait m’embrasser. Je refusais
obstinément: j’avais entendu dire par des grandes qu’on ne pouvait pas
embrasser les garçons. Je poussais cela jusqu’à ne plus embrasser mes
petits frères. Quelques gifles m’en guérirent.
* * * * *
--Je ne les trouve plus!
Ma mère fouilla fiévreusement tous les tiroirs.
--Mes beaux rubans bleus!... C’est toi, Keetje, qui les a troqués contre
des chiffons pour tes poupées! De qui tiens-tu la loque dont tu habilles
ta poupée?
--De la demoiselle d’en bas.
--Tu vois, tu lui as donné mes rubans en échange, avoue!
--Mais non, ce n’est pas moi.
--Si, c’est toi! si, c’est toi!
Et je reçus une bonne raclée.
Cette injustice ne m’est jamais sortie de la mémoire: c’est la première
rancune qui a aigri mon âme d’enfant.