A CINQ ANS

Ma mère m’avait prise avec elle pour rapporter un col de dentelle chez

une dame. Le petit garçon de la dame voulait m’embrasser. Je refusais

obstinément: j’avais entendu dire par des grandes qu’on ne pouvait pas

embrasser les garçons. Je poussais cela jusqu’à ne plus embrasser mes

petits frères. Quelques gifles m’en guérirent.

* * * * *

--Je ne les trouve plus!

Ma mère fouilla fiévreusement tous les tiroirs.

--Mes beaux rubans bleus!... C’est toi, Keetje, qui les a troqués contre

des chiffons pour tes poupées! De qui tiens-tu la loque dont tu habilles

ta poupée?

--De la demoiselle d’en bas.

--Tu vois, tu lui as donné mes rubans en échange, avoue!

--Mais non, ce n’est pas moi.

--Si, c’est toi! si, c’est toi!

Et je reçus une bonne raclée.

Cette injustice ne m’est jamais sortie de la mémoire: c’est la première

rancune qui a aigri mon âme d’enfant.

Keetje Trottin · 第 8 / 21 题