LE POËTE.

Une brise plus fraîche a dissipé la nue;

Comme un essaim troublé, l'ouragan s'est enfui;

La lune, encor voilée, apparaît, demi-nue.

C'est étrange. On dirait qu'une force inconnue

A dispersé soudain les horreurs de la nuit.

Quel est ce bruit qui vient de réveiller la grève?

Une voix inconnue a traversé les airs:

Qui donc, à pareille heure, est en ces lieux déserts?

Mais non, je me trompais. Nul accent ne s'élève.

Personne.... Je suis seul au bord des flots amers,

C'est une vision qui passe comme un rêve.

Pourtant, qu'entends-je encore? On parle cette fois.

Je ne distingue rien, malgré le clair de lune;

Mais la brise de nuit, qui souffle de la dune,

M'apporte jusqu'ici l'écho de cette voix.

Ce n'est point là le son d'une parole humaine;

Elle est impérieuse et douce en même temps.

A travers quelques mots que je distingue à peine,

J'entends confusément que cette voix lointaine,

D'un timbre doux et clair, commande aux éléments.

Sitôt qu'elle a passé, partout naît le silence.

Pourtant, de ce côté je crois qu'elle s'avance:

Quel est-il, ce Génie errant, dont les baisers

Rassérènent les flots, par son aile apaisés?

Si c'est une ombre encor, ce n'est plus l'Espérance,

Sa voix était moins brève.--Ange mystérieux,

Qui descends sur la terre à l'heure où tout repose,

Toi de qui la parole ordonne à toute chose!

Dis-moi ton nom avant de remonter aux cieux.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 93 / 212 题