Je suis l'Oubli. Silence,
Mer! apaise ton flot
Comme un lointain sanglot
Qui soupire en cadence.
C'est l'ordre de là-haut.
Envolez-vous, nuages,
Bise, remonte au Nord;
Sombre esprit des naufrages,
Que ton souffle de mort
Se disperse. Ravages,
Disparaissez. Toi, mer,
Prends ces corps aux yeux caves;
Engloutis tes épaves
Au fond du gouffre amer.
Voici l'Oubli qui passe:
Que la plus faible trace
Se dissipe et s'efface
Au jour qui va venir.
Couvrons de mon mystère
La divine colère.
Qu'il n'en reste à la terre
Pas même un souvenir.
J'entends, près de la plage,
Deux voix s'entremêler.
Est-ce un couple volage,
Sur le bord du rivage,
Échangeant un baiser?
Tous deux vont oublier,
S'ils sont sur mon passage.
Mais je n'entends plus rien
Qu'une timide plainte.
C'est la voix presque éteinte
D'un sylphe aérien.