L'OUBLI.

Je suis l'Oubli. Silence,

Mer! apaise ton flot

Comme un lointain sanglot

Qui soupire en cadence.

C'est l'ordre de là-haut.

Envolez-vous, nuages,

Bise, remonte au Nord;

Sombre esprit des naufrages,

Que ton souffle de mort

Se disperse. Ravages,

Disparaissez. Toi, mer,

Prends ces corps aux yeux caves;

Engloutis tes épaves

Au fond du gouffre amer.

Voici l'Oubli qui passe:

Que la plus faible trace

Se dissipe et s'efface

Au jour qui va venir.

Couvrons de mon mystère

La divine colère.

Qu'il n'en reste à la terre

Pas même un souvenir.

J'entends, près de la plage,

Deux voix s'entremêler.

Est-ce un couple volage,

Sur le bord du rivage,

Échangeant un baiser?

Tous deux vont oublier,

S'ils sont sur mon passage.

Mais je n'entends plus rien

Qu'une timide plainte.

C'est la voix presque éteinte

D'un sylphe aérien.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 92 / 212 题