LE POËTE.

L'étoile à disparu. La mouette effarée

S'est enfuie en poussant de lamentables cris.

Le vaisseau s'est perdu dans l'obscure nuée:

Je crois qu'il a sombré, car ma vue égarée,

Aux lueurs des éclairs, sur l'onde tourmentée,

Aperçoit par moments de sinistres débris.

Qui que tu sois, fantôme ou vivant qui m'appelles!

Ta voix est douce et grave, et mon coeur te bénit.

Mais il est des douleurs profondes et cruelles,

Qui ne guérissent plus au contact d'un ami.

Que viens-tu faire ici, par cette nuit obscure?

Si c'est pour moi, retourne et fuis-moi désormais.

J'aurais voulu t'aimer, car ta parole est pure:

Mais je garde en mon coeur une telle blessure,

Que, jusque dans la mort, le mal qui me torture

Fera saigner mon âme et ne mourra jamais.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 86 / 212 题