Tel, dominant le cerf qui brame,
Le vent pleure dans les bouleaux:
Tel le tumulte de mon âme,
Pareil à celui de ces flots,
M'agite, et le fracas des lames
Couvre le bruit de mes sanglots.
Mer, toi dont le charme est sévère
Comme sévère ta splendeur,
J'aime ta beauté large et fière
Qui se mesure à la grandeur
De ton calme au chant séducteur,
Comme à celle de ta colère.
J'aime ton orgueil de géant
Et ta puissance révoltée,
Et ton désespoir effrayant
De te voir soudain arrêtée:
Toi qui semblais illimitée,--
Contre qui nul frein n'est puissant.
Déferlez, vagues bondissantes!
J'aime vos clameurs menaçantes;
Roulez sous le vent qui vous tord.
Votre voix, comme un bruit de mort,
Domine, à travers la tourmente,
La foudre qui gronde moins fort.
J'aime à voir vos houleuses crêtes
Que l'ouragan roule et blanchit.
Ainsi l'on doit voir dans la nuit,
Surpris dans ses nocturnes fêtes,
S'enfuir au souffle des tempêtes
Un troupeau sinistre et maudit.
Je me berce à vos cris de rage,
O flots tumultueux et fiers;
Soit que vous alliez sur la plage
Rejaillir en flocons amers,
Ou sur des rocs noirs et déserts
Vous briser loin de tout rivage.
Pleure sur les écueils, ô flot!
Ta souffrance est le seul écho
Dont le cri réponde à la mienne.
Ton chant me berce dans ma peine
Et mon âme en désordre est pleine
De ton tumultueux sanglot.
Ta voix est d'autant plus puissante,
Ta colère, plus menaçante,
Et ton cri, plus terrible encor
Qu'il meurt de son suprême effort:
Et ta vague, qui se lamente,
Jette, en pleurant, son cri de mort.
Mer, ta grandeur est éternelle,
Mais ton flot meurt quand il gémit.
Tel mon coeur tremblant, qui frémit
Avec une angoisse mortelle
Mourra, comme ce flot rebelle,
Du cri qu'il jette dans sa nuit.