ADIEU

Adieu! mon âme t'a suivie,

Pareille à la fleur endormie

Qu'en passant cueille le zéphir.

Avec toi, j'ai senti partir

Encor un lambeau de ma vie.

Adieu, toi qui crois en partant

Qu'un déchirement d'un instant

N'a pas de mortelles alarmes;

Toi dont les yeux remplis de larmes

Étaient si doux en me quittant.

Adieu, toi qui dans la nuit sombre,

Sur ce lit, vide maintenant,

A travers nos baisers sans nombre

Murmurais follement dans l'ombre

Ces mots que le coeur seul entend!

Adieu, toi dont l'épaule nue

A tant de fois caché mes pleurs!

Je verrai toujours tes pâleurs

Devant ma tristesse inconnue.

Tu t'en souviens, du mal sans nom

Dont tu t'effrayais sans raison,

Lorsqu'il me prenait sur ta couche;

Ces accès-là me reviendront,

Et les pleurs qu'ils me coûteront

Ne s'éteindront plus sur ta bouche.

Quel est donc ce frisson subit

D'une fièvre incompréhensible?

Que me veut cet être invisible

Qui vient s'asseoir près de mon lit?

Quelle est cette voix qui m'appelle

Et qui me fait pâlir d'effroi?

D'où vient-elle? que me veut-elle?

Pourquoi cette pâleur mortelle

Dès que je l'entends près de moi?

Pourquoi suis-je sous son empire?

Pourquoi sans cesse? Ah! malheureux!

C'est quand je ne veux plus maudire:

Soudain, au milieu d'un sourire,

Je sens mon coeur qui se déchire

Sous l'étreinte d'un mal affreux.

Et si, pour tromper cette fièvre,

J'étreignais ton corps adoré,

A peine l'avais-je effleuré

Que sur ton front décoloré

Je sentais se glacer ma lèvre.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 74 / 212 题