A MON AMI PAUL E.. G..

Paul, as-tu quelquefois, dans tes jours de tristesse,

Senti passer en toi quelque gai souvenir?

Et n'as-tu pas alors, à travers ta détresse,

Songé combien le charme en est doux à sentir?

Moi j'y pensais ce soir, laissant mon feu mourir;

J'errais dans ce passé qui me revient sans cesse.

Je songeais qu'il est loin, et, sans qu'il y paraisse,

Que voilà plus d'un an que tu m'as vu partir.

Puis je rêvais encore, et dans la cheminée

Suivant des yeux la bûche à demi consumée,

Je comparais ma vie à ce feu pâlissant.

Et je songeais, mon cher, à notre douce vie,

A ce qu'un souvenir a de mélancolie,

Et qu'il est doux aussi de vieillir en s'aimant.

Alger, mardi soir, 25 février 1862.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 68 / 212 题