Un an passé, mère, qu'un beau matin,
Enfant par l'âge et vieux par la tristesse,
Malade, usé, las de vivre sans cesse
Et de trouver l'ennui sur mon chemin,
En souriant à mon nouveau destin,
Je vins ici chercher dans ta tendresse
Pour mon coeur froid la chaleur de ta main,
Dans ton amour l'abri de ma faiblesse;
C'est près de toi, pour la première fois,
Que j'ai connu la douceur de sa voix,
Que le bonheur a passé sur ma route.
Je vais partir. Qu'importe? j'ai vécu.
Qu'il soit béni, malgré ce qu'il en coûte
Pour le pleurer après l'avoir perdu!
Alger, 5 février 1862.