XIV

Vous qui, d'une mignonne main,

Feuilletez ces pages légères,

Et qui les oublirez demain,

O vous, lectrices passagères,

Dont la joue au sang de carmin

N'a point de roses mensongères;

Si jamais vous avez pleuré,

Si jamais vous avez aimé,

Si jamais vous avez rêvé:

Parfois, dans la triste soirée,

A l'heure où la lune éplorée,

Viendra, par la vitre nacrée,

Pencher sur nous son front tremblant,

Plaignez la nonne en voile blanc

Par la mort tout ensommeillée,

Qui repose au sein de l'oubli,

Là-bas, parmi l'herbe mouillée,

Printemps céleste, enseveli

Sous la campagne défeuillée.

Le monde est un juge banal;

On trouve, en ouvrant un journal,

Des nouvelles du cardinal.

Mais Léone? qui parle d'elle?

C'est pourtant un rare modèle

Qu'une amante à jamais fidèle.

1865.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 50 / 212 题