XIII

Quelle apparence recueillie

Offre à l'oeil ce parc ténébreux!

A voir ces vieux troncs vigoureux,

On sent bien la mélancolie

D'une antique forêt vieillie

Dans le voisinage sacré

D'un vaste et puissant prieuré.

Ces bois ont un parfum mystique.

La vieille cloche au bruit d'airain

Y trouve un écho sympathique,

Et, ce lieu désert est empreint

D'une tristesse monastique.

Ces pins droits et silencieux

Disposent à la rêverie.

Leur ombrage est sombre et pieux,

Comme pour dire: «Ici l'on prie.»

Et les grands tilleuls tortueux

Ont, dans leur air majestueux,

Je ne sais quoi de vertueux,

De respectable et d'immobile

Qui donne à ce séjour tranquille

La solennité des saints lieux.

On dirait des religieux

Rêvant au néant de la vie.

Ce bois triste et mystérieux,

C'est le jardin de l'abbaye.

Rien n'est changé dans le couvent.

Les arbres sont verts comme avant,

Et les nonnes du monastère,

Ainsi qu'autrefois, vers le soir,

Viennent promener et s'asseoir

Sous leur ombrage solitaire.

Pourtant, derrière ce décor,

Est un jardin plus sombre encor,

Où jamais la fraîche églantine

N'accroche, le long des sentiers,

Aux branches des verts noisetiers

Sa tige odorante et mutine.

Là, de vieux arbres en lambeaux

Protégent les pâles tombeaux

Contre le vent et la froidure;

Ce sont des ifs et des cyprès.

La rivière qui passe auprès

Reflète leur sombre verdure.

Là, dans un éternel sommeil,

Dort plus d'un front jeune et vermeil,

Plus d'une par la mort blémie.

Sous un pin au feuillage épais,

Dans le silence et dans la paix,

C'est là qu'est Léone endormie.

Elle dort. Le temps passera,

Et toujours elle dormira

Sous la pierre, immobile et douce,

Et de sa divine beauté,

Hélas! hélas! rien n'est resté

Qu'une tombe où verdit la mousse.

Ce marbre, où nul ne doit venir,

Gardera seul le souvenir

De cette figure angélique.

Et seul, dans les tristes échos,

Le vent bercera son repos

D'une plainte mélancolique.

Ainsi fut, et non autrement,

L'héroïne de ce roman,

Qui n'ont jamais qu'un seul amant.

Et depuis lors le jeune évêque,

En proie au chagrin le plus noir,

Par amour devint ... archevêque,

Et cardinal ... de désespoir.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 49 / 212 题