III

Ce qui lui manquait, à vrai dire,

Ce n'était pas les amoureux;

Vous savez qu'avec un sourire

On en a plus qu'on n'en désire,

Et son sourire en valait deux.

Mais, bien qu'on fit queue à sa porte,

Tous ceux qui lui faisaient la cour

En étaient pour leurs frais d'amour.

La chronique du temps rapporte

Que Léone, en les égarant

Avec son sourire enivrant,

Les tenait tous au même rang.

Hélas! la vertu d'une fille

Est comme le pur diamant:

L'acier s'émousse vainement

Pour mordre le caillou qui brille;

Rien ne l'entame. Seulement,

S'il tombe, adieu le diamant!

Quand on est vierge et qu'on est belle,

Surtout à l'âge de la belle,

A l'amour on est peu rebelle.

Vierge et danseuse! Par ma foi!

C'était un vrai gibier de roi.

Et, chose rare et curieuse,

Bien qu'elle eût, au gré de son coeur,

A choisir plus d'un grand seigneur,

Ce ne fut pas un bel acteur

Qui rendit Léone amoureuse.

Parmi tous les beaux jeunes gens

Qui se faisaient les assiégeants

De cette belle créature,

Il en était un qu'on nommait

Patrice, et qui se renommait

Par plus d'une étrange aventure.

C'était un charmant cavalier,

Très-digne d'avoir pour collier

Les plus jolis bras de la terre;

Et, comme il ne lui manquait rien,

Le ciel, qui lui voulait du bien,

Ne savait plus trop comment faire.

Dieu, par un fait sans précédents,

L'avait fait noble, en même temps,

De coeur, de race et de visage.

Il pouvait avoir vingt-sept ans,

Et, pour attendre le printemps,

Il menait très-grand équipage.

En somme, c'était un dandy;

Mais, comme la chanson le dit,

Il était franc, fier et hardi.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 41 / 212 题