VII

Où sont-ils?--_Le Méandre_ est parti pour la France.

Le flot, de son sillage a gardé la nuance

Dont la nacre s'efface. On peut encor le voir

Au tournant des rochers. «Adieu climats étranges

Où j'ai souffert! Adieu golfe aux mourantes franges

Que l'aube diamante et qu'argente le soir!

Je ne vous verrai plus, beaux lieux de ma souffrance,

Bords témoins de ma honte et de mon désespoir.»

... Il glisse, il fuit toujours. L'onde qui le balance

N'a jamais au soleil étalé plus d'azur.

Adieu!--Stello!--Rosette!--Espérance! Espérance!

Enfants! la vie est longue et l'horizon si pur.

L'horizon peut trahir et la mort nous surprendre.

Sur la proue appuyés, seuls et silencieux,

Deux jeunes gens sondaient cette mer et ces cieux

Qu'ils quittaient pour jamais, ne pouvant se défendre

D'une tristesse éparse à travers leur bonheur.

Les passagers, voyant deux âmes tant unies,

Se racontaient tout bas qu'après mille folies

De débauche et de luxe, _il_ s'était pris de coeur

Pour _elle_ qu'il avait enlevée et ravie,

Et qu'il s'en revenait avec elle à Paris

Pour fuir les lieux témoins de son ancienne vie,

De ses jours sans ardeur plus pâles que ses nuits.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 34 / 212 题