28 avril 1916. (9e carnet, page 36).

La façon--exaspérante!--dont les causes naturelles sont toujours à la

rigueur suffisantes. Là est le grand obstacle à la foi et la grande

pierre d’achoppement dans les conversions intellectuelles.

Il faudrait se placer sur ce terrain-là, parce que c’est le seul d’où

l’on puisse expliquer à la fois pourquoi il faut croire et pourquoi l’on

ne croit pas.

Se placer sans cesse là où l’explicable a besoin d’être expliqué.

* * * * *

Refuser toujours de _justifier_ les procédés divins, les données

générales du problème religieux, et se servir de la bizarrerie même de

ces données (grâce--élection--inégalité des lumières, etc...) comme

d’une preuve. Faire toujours sentir une matière d’expérience, dont la

réalité est prouvée par toutes les choses qu’on voudrait bien y changer

si on pouvait, qu’on y aurait certainement changé si on avait pu. Mais

c’est comme ça.

* * * * *

Le refus de certains croyants d’examiner les objections soulevées contre

la foi, est parfaitement justifiable. Justement parce que la vérité

surnaturelle est posée _sur l’autre_ comme un duvet que le moindre

souffle peut faire évanouir. Elle s’ajoute à la vérité naturelle, elle

est tout entière supplémentaire et gratuite (car tout peut s’expliquer

sans elle).

Mais cela ne veut pas dire qu’elle soit douteuse. Car elle a en

elle-même son évidence, ses raisons d’être crue. Il est très naturel de

vouloir préserver celles-ci de tout contact avec les autres, de vouloir

les maintenir pures, et sous l’aspect, dans le jour où elles se sont

présentées. Si à ce moment-là elles ont exercé leur ascendant, porté la

conviction, pourquoi permettre qu’elles soient réduites, défigurées,

suspendues par d’autres?

* * * * *

Ce n’est pas de l’insuffisance des causes naturelles qu’il faut conclure

à la réalité des surnaturelles. Engagée de cette façon, la partie est

perdue d’avance. Car cette insuffisance n’apparaît et n’opère que bien

tard, que trop tard.

Mais il faut tabler sur une insuffisance complète (même si elle ne l’est

pas en réalité) et montrer que ce qui nous importe est là tout de suite,

dès l’abord, comme posé par-dessus, et _peut très bien n’être pas vu_.

Là est la source de cet aveuglement qui étonnait si fort Pascal.

22, 23 et 24 juin 1916. (9e carnet, page 48).

A la trace de Dieu · 第 123 / 151 题