La façon--exaspérante!--dont les causes naturelles sont toujours à la
rigueur suffisantes. Là est le grand obstacle à la foi et la grande
pierre d’achoppement dans les conversions intellectuelles.
Il faudrait se placer sur ce terrain-là, parce que c’est le seul d’où
l’on puisse expliquer à la fois pourquoi il faut croire et pourquoi l’on
ne croit pas.
Se placer sans cesse là où l’explicable a besoin d’être expliqué.
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Refuser toujours de _justifier_ les procédés divins, les données
générales du problème religieux, et se servir de la bizarrerie même de
ces données (grâce--élection--inégalité des lumières, etc...) comme
d’une preuve. Faire toujours sentir une matière d’expérience, dont la
réalité est prouvée par toutes les choses qu’on voudrait bien y changer
si on pouvait, qu’on y aurait certainement changé si on avait pu. Mais
c’est comme ça.
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Le refus de certains croyants d’examiner les objections soulevées contre
la foi, est parfaitement justifiable. Justement parce que la vérité
surnaturelle est posée _sur l’autre_ comme un duvet que le moindre
souffle peut faire évanouir. Elle s’ajoute à la vérité naturelle, elle
est tout entière supplémentaire et gratuite (car tout peut s’expliquer
sans elle).
Mais cela ne veut pas dire qu’elle soit douteuse. Car elle a en
elle-même son évidence, ses raisons d’être crue. Il est très naturel de
vouloir préserver celles-ci de tout contact avec les autres, de vouloir
les maintenir pures, et sous l’aspect, dans le jour où elles se sont
présentées. Si à ce moment-là elles ont exercé leur ascendant, porté la
conviction, pourquoi permettre qu’elles soient réduites, défigurées,
suspendues par d’autres?
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Ce n’est pas de l’insuffisance des causes naturelles qu’il faut conclure
à la réalité des surnaturelles. Engagée de cette façon, la partie est
perdue d’avance. Car cette insuffisance n’apparaît et n’opère que bien
tard, que trop tard.
Mais il faut tabler sur une insuffisance complète (même si elle ne l’est
pas en réalité) et montrer que ce qui nous importe est là tout de suite,
dès l’abord, comme posé par-dessus, et _peut très bien n’être pas vu_.
Là est la source de cet aveuglement qui étonnait si fort Pascal.
22, 23 et 24 juin 1916. (9e carnet, page 48).