18 juin 1915. (7e carnet, page 20).

Une fois de plus l’ingéniosité de Dieu. Il a trouvé moyen de m’accorder

cette occasion de me réhabiliter que je lui avais si instamment

demandée[20], et en même temps de conserver tous les avantages qu’il

avait obtenus en moi par ma première humiliation, bien mieux, de les

renforcer, de les consolider. Je reconnais là sa manière sublime et

inimitable, cette exploitation maximum de chaque événement, cet art d’en

tirer à la fois des effets contraires, cette _économie_, dans tous les

sens du mot, qui, une fois qu’on a les yeux ouverts, vous frappe à

chaque instant dans ses œuvres. Avec quelle simplicité il trouve moyen

de me satisfaire, de suivre mes désirs et mes prières, de m’accorder ce

à quoi il voyait bien que j’avais droit, et pourtant de le faire servir

à la même œuvre que l’humiliation même que je voulais par là effacer! Il

m’exauce et il n’abandonne rien de ce qu’il voulait sur moi. Il enlève

un peu ce que mes remords avaient d’empoisonnant, mais il laisse ce

qu’ils avaient d’utile à l’entretien de mon humilité; bien mieux: il la

consomme en moi du même coup.

[20] Son évasion.

Je ne sais pas comment exprimer dignement sa bonté. Les infidèles ne

peuvent pas la voir, ayant les yeux rivés sur leur petit bonheur

immédiat, qui a tout le temps des accidents et des maladies. Mais moi je

regarde mon bonheur véritable, celui de mon âme, et je vois Dieu s’y

appliquer avec une patience, une ressource, une infaillibilité

incroyables. Je le vois m’aimer dans tout ce qu’il entreprend sur moi,

je sens son amour dans chaque souffrance qu’il me donne, dans chaque

exercice qu’il me propose. Comme il connaît bien la mesure de ce que je

puis supporter! Comme il sait bien s’arrêter sitôt que l’épreuve va

devenir trop dure pour mes faibles forces et risque de m’induire en

désespoir. Cela a été plusieurs fois sensible en cellule. Au moment où

les ennuis que je subissais menaçaient de me tourner sur le cœur et de

m’empoisonner, ils s’arrêtaient, par je ne sais quel drôle de miracle.

Et j’ai constaté que c’était toutes les fois que j’en acceptais la

menace dans de bonnes dispositions, avec un cœur soumis, aimant,

espérant. Cela semblait les intimider. Dieu se contentait alors

d’indiquer l’épreuve; il la retirait aussitôt; il m’en tenait quitte.

Il faut être déjà chrétien pour comprendre combien Dieu peut se faire

aimer en nous faisant souffrir; car son amour paraît d’une façon

peut-être encore plus sensible quand il nous travaille. Exactement le

contraire de: «faire quelque chose méchamment.»

A la trace de Dieu · 第 103 / 151 题