Cette idée de Dostoïevsky sur l’expiation, sur la fécondité de la faute;
qu’elle est profonde, qu’elle est admirable! Quelles immenses régions on
découvre, sitôt dépassée la zone de la vanité, sitôt perdue la
considération de l’effet qu’on peut produire aux autres, sitôt qu’on ne
pense plus qu’à ce qu’on a fait, qu’à ce qu’on fait, qu’à la valeur, à
l’importance que peuvent avoir nos actions en elles-mêmes.
Aujourd’hui, à la corvée, au milieu de tous ces Russes poussant les
wagonnets, dans cet immense paysage de lande et de neige, je pensais à
Dostoïevsky dans la maison des morts. Puissé-je profiter comme lui de ma
captivité! Puisse mon âme ici se rompre, s’ouvrir à la charité, comme la
sienne! Puissé-je pourrir pour germer! Puissent tous les petits
compartiments soigneux entre lesquels je suis partagé, céder, craquer,
faire place à une parfaite bouillie!
Puissé-je apprendre la charité, comme j’ai peut-être appris la patience!